Livre de
l’Exode
C. H.
Mackintosh
«Il les guida dans le
droit chemin». (Ps. 107:7)
Chapitre
1er
Par la grâce de Dieu, nous allons passer maintenant à l’étude du livre de
l’Exode, dont le sujet principal est la
Rédemption.
Les cinq premiers versets rappellent les dernières scènes du livre précédent.
Les objets élus de la faveur de Dieu sont d’abord placés devant nous, après quoi
l’auteur inspiré nous transporte immédiatement au milieu des faits qui forment
le sujet de l’enseignement du livre.
Nous avons vu, en méditant la Genèse, que ce fut la conduite des frères de
Joseph, à l’égard de ce dernier, qui amena la famille de Jacob en Égypte. On
peut envisager ce fait de deux manières; et trouver d’abord dans la conduite
d’Israël à l’égard de Dieu, un solennel enseignement; puis, dans le déploiement
des voies de Dieu envers Israël, une leçon pleine d’encouragement.
En premier lieu donc, pour ce qui regarde la conduite des enfants d’Israël à
l’égard de Dieu, est-il rien de plus solennel que de suivre jusqu’au bout les
résultats de la méchanceté dont ils usèrent envers celui en qui l’œil spirituel
discerne le type frappant du Seigneur Jésus? Sans égard pour l’angoisse dont son
âme est remplie, les fils de Jacob livrent Joseph entre les mains des
incirconcis. Et quelle est, pour eux, la conséquence de cet acte? Ils sont
conduits en Égypte pour y passer par ces profonds et douloureux exercices de
cœur, que dépeignent d’une manière si simple et si touchante les derniers
chapitres de la Genèse. Ce n’est pas tout: un long temps d’épreuve est réservé
encore à leur postérité dans ce même pays où Joseph a trouvé une prison.
Mais Dieu était dans tout cela, aussi bien que l’homme; et c’est la prérogative
de Dieu de tirer le bien du mal. Les frères de Joseph peuvent bien le vendre aux
Ismaélites; ceux-ci peuvent le vendre à Potiphar, et Potiphar peut le jeter en
prison, mais l’Éternel est au-dessus de tout, et il accomplit ses grands et
merveilleux desseins. «La colère de l’homme te louera». (Ps 74:10). Le temps
n’était pas encore venu, où les héritiers seraient prêts pour l’héritage, et
l’héritage pour les héritiers. La postérité d’Abraham devait passer par la dure
école du travail des briques, en Égypte, en attendant que l’iniquité des
Amoréens fût venue à son comble au milieu des «montagnes et des vallées» de la
terre promise. (Voy. Gen. 15:16 et Deut. 11:11).
Tout ceci est intéressant et instructif à un haut degré. Dans le gouvernement de
Dieu, «une roue est au milieu d’une roue». (Éz. 1:16). Dieu se sert de moyens
infiniment variés pour accomplir ses insondables desseins. La femme de Potiphar,
le grand échanson de Pharaon, le songe de Pharaon, Pharaon lui-même, la prison,
le trône les fers, le cachet royal, la famine, tout cela est à sa souveraine
disposition, et Il fait tout concourir à l’accomplissement de ses plans
merveilleux. L’homme spirituel trouve son plaisir à méditer ces choses, il aime
à parcourir en esprit le vaste domaine de la création et de la providence, et à
reconnaître partout cet agencement dont le Dieu Tout-Sage et Tout-Puissant se
sert pour développer les desseins de son amour rédempteur. On découvre, il est
vrai, mainte trace du serpent, mainte empreinte profonde et bien marquée du pied
de l’ennemi de Dieu et de l’homme; nombre de choses que nous ne pouvons
expliquer, ni même comprendre: l’innocence qui souffre et la méchanceté qui
prospère peuvent donner aux raisonnements incrédules des sceptiques une
apparence de fondement de vérité; mais le vrai croyant se repose avec confiance
sur la certitude que «le Juge de toute la terre fera ce qui est juste». (Gen.
18:25). Il sait que l’incrédulité aveugle ne peut qu’errer, et qu’elle scrute en
vain les voies de Celui qui est lui-même son propre interprète.
Bénissons Dieu pour la consolation et l’encouragement que notre âme puise dans
des réflexions de cette nature. Nous en avons sans cesse besoin pendant que nous
traversons ce monde mauvais dans lequel l’Ennemi a introduit un mal et un
désordre si effrayants, dans lequel les convoitises et les passions des hommes
produisent des fruits si amers, et dans lequel le sentier du fidèle disciple est
si raboteux que la nature, réduite à elle-même, ne pourrait jamais s’y
maintenir. La foi sait, d’une manière parfaitement certaine, qu’il y a, derrière
la scène, quelqu’un que le monde ne voit pas et duquel il ne se soucie pas; et
dans cette assurance, elle peut dire avec calme: «tout va bien,» et «tout ira
bien».
Les premières lignes du livre de l’Exode nous ont suggéré les pensées qui
précèdent. «Mon conseil s’accomplira, et je ferai tout mon bon plaisir» (Ésaïe
46:10). L’Ennemi peut résister; mais Dieu se montrera toujours plus fort que
lui, et quant à nous, tout ce dont nous avons besoin, c’est de la simplicité et
de l’esprit d’un petit enfant, qui se repose avec confiance sur Dieu et ses
desseins. L’incrédule regarde plutôt aux efforts que fait l’Ennemi pour
contrecarrer les plans de Dieu, qu’à la puissance de Dieu pour les accomplir. La
foi porte ses regards sur la puissance de Dieu; elle remporte ainsi la victoire,
et jouit d’une paix constante; elle a affaire à Dieu et à sa fidélité qui ne
fait jamais défaut; elle ne s’appuie pas sur le sable mouvant des choses
humaines et des influences terrestres, mais sur le roc immuable de la Parole
éternelle de Dieu. Cette Parole est le saint et sûr asile de la foi; quoi qu’il
arrive, le croyant demeure dans ce sanctuaire de la force. «Joseph mourut, et
tous ses frères et toute cette génération-là». Mais qu’importe? La mort
porterait-elle atteinte aux conseils du Dieu vivant? Non, assurément. Dieu
n’attendait que le moment fixé, le temps convenable, pour faire servir au
développement de ses desseins les influences les plus hostiles.
«Et un nouveau roi se leva sur l’Égypte, qui n’avait point connu Joseph. Et il
dit à son peuple: Voici, le peuple des fils d’Israël est plus nombreux et plus
fort que nous. Allons, soyons prudents à son égard, de peur qu’il ne se
multiplie, et que, s’il arrivait une guerre, il ne se joigne, lui aussi, à nos
ennemis, et ne fasse la guerre contre nous, et ne monte hors du pays». (Vers.
8-10). Tel est le raisonnement d’un cœur qui n’a pas appris à faire entrer Dieu
dans ses calculs. Un cœur irrégénéré ne peut pas tenir compte de Dieu; aussi, du
moment qu’il s’agit de Lui, tous ses raisonnements tombent dans le néant: en
dehors de Dieu ou indépendamment de Lui, ses plans et ses calculs peuvent
paraître fort sages: mais dès que Dieu est introduit sur la scène, leur complète
folie est manifestée.
Pourquoi donc nous laisserions-nous, en aucune manière, influencer par des
raisonnements dont l’apparence de vérité repose sur l’exclusion complète de
Dieu? Faire ainsi, c’est, en principe, de l’athéisme pratique. Pharaon pouvait
juger exactement les diverses éventualités des affaires humaines:
l’accroissement du peuple, la chance d’une guerre, la possibilité que les
Israélites se joignissent à l’ennemi, leur fuite du pays; il pouvait, avec une
pénétration peu commune, mettre toutes ces circonstances dans la balance, mais
il ne lui est jamais venu un instant la pensée que Dieu pouvait avoir quelque
chose à faire dans tout cela. Cette seule pensée, si elle fût montée dans son
cœur, aurait renversé tous les raisonnements et mis à nu la folie de tous ses
plans.
Or il est bon d’être persuadé qu’il en est toujours de même: les raisonnements
de l’esprit incrédule de l’homme excluent Dieu absolument; bien plus, leur
vérité et leur force reposent sur cette exclusion même. L’introduction de Dieu
sur la scène porte le coup mortel à tout scepticisme et à toute incrédulité. Si,
jusqu’à ce que Dieu paraisse, ils peuvent se glorifier en faisant étalage de
leur habileté, du moment que l’œil aperçoit le plus petit reflet du Dieu béni,
ils se voient dépouillés de leur manteau et mis à nu dans toute, leur
difformité.
Pour ce qui regarde le roi d’Égypte, on peut bien dire qu’il «était dans une
grande erreur,» ne connaissant pas Dieu, ni ses conseils immuables. (Comp. Marc
12:24-27). Il ignorait que depuis des siècles, dès avant même qu’il eût respiré
le souffle de la vie, la parole et le serment de Dieu, «ces deux choses
immuables,» avaient assuré la délivrance complète et glorieuse de ce même
peuple, que lui, Pharaon, se proposait d’écraser. Pharaon ne connaissait rien de
tout cela, toutes ses pensées et tous ses plans reposaient sur l’ignorance de
cette grande vérité, fondement de toutes les vérités, savoir que Dieu est. Il
s’imaginait follement que, par sa sagesse et son pouvoir, il pourrait empêcher
l’accroissement de ce peuple, au sujet duquel Dieu avait dit: «Je multiplierai
abondamment ta semence comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur
le bord de la mer» (Gen. 22:17): c’est pourquoi tous ses plans et toute sa
sagesse n’étaient que folie.
L’erreur la plus grande dans laquelle un homme puisse tomber, c’est d’agir sans
tenir compte de Dieu. Tôt ou tard, la pensée de Dieu s’imposera à son esprit, et
alors tous ses plans et tous ses calculs seront anéantis. Tout ce que l’homme
entreprend, indépendamment de Dieu, peut durer tout au plus pendant le temps
présent. Tout ce qui n’est qu’humain, quelque solide, quelque brillant et
attrayant que cela puisse être, est destiné à devenir la proie de la mort et à
tomber en poussière dans les ténèbres et le silence de la tombe. Toute gloire et
toute l’excellence de l’homme seront ensevelies sous les «mottes de la vallée»
(Job 21:33). L’homme porte sur son front le cachet de la mort, et tous ses
projets s’évanouissent, car ils ne sont que passagers. En revanche, tout ce qui
se rapporte à Dieu et repose sur Lui, demeure à jamais. «Son nom sera pour
toujours; son nom se perpétuera devant le soleil». (Ps 72:17).
Quelle n’est donc pas la folie du faible mortel qui s’élève contre le Dieu
éternel, «qui court contre lui, le cou tendu, sous les bosses épaisses de ses
boucliers». (Job 15:26). Le monarque de l’Égypte aurait pu, tout aussi bien,
tenter d’arrêter, de sa faible main, le mouvement des eaux de la mer, que de
vouloir empêcher l’accroissement de ce peuple, objet des desseins éternels de
Dieu. Aussi, lors même qu’il «établit sur le peuple des chefs de corvée pour
l’opprimer par leurs fardeaux» (Vers. 11), «selon qu’ils l’opprimaient. il
multipliait et croissait» (Vers. 12). Il en sera toujours ainsi. «Celui qui
habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera». (Ps. 2:4). Une
confusion éternelle reposera sur toute l’opposition des hommes et des démons.
Cette assurance met le cœur en repos, dans un monde où tout apparaît si
contraire à Dieu et à la foi. Si nous n’avions la ferme confiance que «la colère
de l’homme louera Dieu» (Ps. 76:10), nous serions souvent abattus en présence
des circonstances et des influences au milieu desquelles nous nous trouvons dans
ce monde. Mais, que Dieu en soit béni, nos regards ne sont pas fixés sur les
choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas: car «celles qui ne
se voient pas sont éternelles». (2 Cor. 4:18). Avec cette certitude, nous
pouvons bien dire: «Demeure tranquille, appuyé sur l’Éternel, et attends-toi à
lui. Ne t’irrite pas à cause de celui qui prospère dans son chemin, à cause de
l’homme qui vient à bout de ses desseins». (Ps. 37:7). Comme la vérité de ces
paroles se manifeste clairement dans le récit qui nous occupe, tant pour ce qui
concerne les opprimés, que pour ce qui regarde l’oppresseur! Si Israël regardait
aux choses «qui se voient,» que voyait-il? La colère de Pharaon, des
commissaires d’impôts, un service rigoureux, une rude servitude, du mortier et
des briques. Mais «les choses qui ne se voient pas,» qu’étaient-elles? Le
dessein éternel de Dieu, sa promesse infaillible, l’aurore prochaine d’un jour
de salut, le «brandon de feu» de la délivrance de l’Éternel, Merveilleux
contraste! La foi seule pouvait le saisir, comme aussi ce n’est que par la foi
qu’un pauvre Israélite opprimé pouvait détourner ses regards du four fumant de
l’Égypte, pour les fixer sur les vertes campagnes et les riches vignobles de la
terre de Canaan. La foi seule était capable de reconnaître, dans ces esclaves
opprimés et asservis au rude travail des fours à briques de l’Égypte, les objets
de l’intérêt et de la faveur spéciale du Ciel.
Comme il en était alors, ainsi en est-il maintenant: «Nous marchons par la foi,
non par la vue». (2 Cor. 5:7). «Ce que nous serons n’a pas encore été
manifesté». (1 Jean 3:2). Nous sommes ici «présents dans le corps, absents du
Seigneur». (2 Cor. 5:6). Si, de fait, nous sommes en Égypte, toutefois, en
esprit, nous sommes dans la Canaan céleste. La foi place le cœur dans la
puissance des choses célestes et invisibles, le rendant ainsi capable de
s’élever au-dessus de tout ce qui est d’ici-bas, où règnent les ténèbres de la
mort. Que n’avons-nous cette foi enfantine, qui s’assied près de la source pure
et éternelle de la vérité, s’abreuvant à longs traits à ces eaux
rafraîchissantes qui relèvent l’âme abattue et qui communiquent à l’homme
nouveau la force qu’il lui faut pour avancer dans sa course vers le ciel!
Les derniers versets de ce chapitre nous fournissent, dans la conduite de
Shiphra et de Pua, femmes craignant Dieu, une édifiante leçon. Bravant la colère
du roi, ces deux femmes ne voulurent point faire ce que Pharaon avait ordonné,
«et Dieu leur fit des maisons». «Ceux qui m’honorent, je les honorerai; et ceux
qui me méprisent seront en petite estime». (1 Sam. 2:30). Puissions-nous nous en
souvenir toujours et agir pour Dieu en toutes circonstances!