Livre
d’Esdras
Henri Rossier
Introduction
En la troisième ou quatrième année
1 de Jehoïakim, roi de Juda, et en la première année de
Nebucadnetsar, roi de Babylone, ce dernier était monté contre Jérusalem, l’avait
assiégée (Dan. 1:1), s’était emparé de Jehoïakim et l’avait lié avec des chaînes
d’airain pour l’emmener à Babylone (2 Chr. 36:6). À cette occasion, il avait
emporté une partie des ustensiles de la maison de l’Éternel, pour en orner le
temple de son dieu (2 Chr. 36:7; Esdras 1:7; Dan. 1:2). Il avait aussi
transporté à Babylone un certain nombre de jeunes gens appartenant soit à la
famille royale soit à la noblesse (Dan. 1:3).
1
Voyez Dan. 1:1; Jér. 25:1. L’Ancien Testament nous offre fréquemment ces
différences de supputation, un fragment d’année étant souvent compté pour une
année entière.
Le monarque chaldéen semble avoir
ensuite changé de dispositions envers le roi captif, car on voit ce dernier
rétabli sur son trône à Jérusalem où il règne onze ans (2 Chr. 36:5; 2 Rois
23:36). Mais trois ans après avoir été réintégré dans son royaume, Jehoïakim se
révolta contre Nebucadnetsar. Celui-ci, occupé ailleurs, ne monta pas
personnellement contre lui, mais, jusqu’à la fin de son règne, à l’instigation
du roi de Babylone, Jehoïakim fut harcelé par les bandes ennemies des Chaldéens,
des Syriens, de Moab et des fils d’Ammon. Selon la prophétie de Jérémie,
Jehoïakim mourut de mort violente et son cadavre, traîné et jeté dehors par delà
les murs de Jérusalem, de jour à la chaleur et de nuit à la gelée, fut «enseveli
de l’ensevelissement d’un âne» (Jér. 22:19; 36:30). Il est dit cependant qu’il
«s’endormit avec ses pères», terme qui semblerait impliquer qu’il eut d’abord sa
place dans les sépulcres des rois.
Jehoïakin (ou Jéconias) succéda à
son père Jehoïakim, mais ne régna que trois mois à Jérusalem. Ce fut sur lui et
sur son peuple que Nebucadnetsar, fit tomber la colère amassée dans son cœur par
la conduite fausse et déloyale de Jehoïakim. Les serviteurs du roi de Babylone
«montèrent contre Jérusalem et la ville fut assiégée. Et Nebucadnetsar, roi de
Babylone, vint contre la ville pendant que ses serviteurs l’assiégeaient. Et
Jehoïakin, roi de Juda, sortit vers le roi de Babylone, lui, et sa mère, et ses
serviteurs, et ses chefs, et ses eunuques; et le roi de Babylone le prit, la
huitième année de son règne. Et il emporta de là tous les trésors de la maison
de l’Éternel et les trésors de la maison du roi, et mit en pièces tous les
ustensiles d’or, que Salomon, roi d’Israël, avait faits dans le temple de
l’Éternel, comme l’Éternel l’avait dit. Et il transporta tout Jérusalem, et tous
les chefs, et tous les hommes forts et vaillants, dix mille captifs, et tous les
charpentiers et les forgerons; et il ne demeura rien de reste que le peuple
pauvre du pays, et il transporta Jehoïakin à Babylone…» (2 Rois 24:10-15). Plus
tard, Évil-Mérodac, fils et successeur de Nebucadnetsar, l’année où il commença
de régner, tira Jehoïakin de prison, mit son trône au-dessus de celui des rois
qui étaient avec lui à Babylone, et l’entretint à sa cour tous les jours de sa
vie (2 Rois 25:27-30).
Après que Jehoïakin eut été emmené
en captivité, Sédécias, son oncle, établi par Nebucadnetsar qui lui avait fait
«jurer par Dieu» de lui rester fidèle, profana le nom de l’Éternel en violant
son serment et se révolta contre le roi de Babylone. Ce dernier vint contre
Jérusalem avec toute son armée et s’en empara après deux ans d’un siège terrible
qui réduisit à la famine les habitants de la ville. Sédécias fut pris, ses fils
furent égorgés sous ses yeux, et lui, les yeux crevés, chargé de chaînes
d’airain, fut emmené à Babylone. Sacrificateurs, gardiens du temple, hommes de
guerre, furent massacrés; le temple, le palais du roi, toutes les maisons de
Jérusalem brûlés; les murailles de la ville abattues. On emporta tout l’or,
l’argent et l’airain de la maison de l’Éternel. «Le reste du peuple qui était
demeuré de reste dans la ville, et les transfuges qui s’étaient rendus au roi de
Babylone, et le reste de la multitude, Nebuzaradan, chef des gardes, les
transporta; mais, des pauvres du pays, le chef des gardes en laissa pour être
vignerons et laboureurs» (2 Rois 25:11-12).
Ce que nous venons d’exposer,
d’après les récits bibliques, prouve que la captivité de Babylone eut lieu à
trois époques différentes, la première, au commencement du règne de Jehoïakim,
la seconde, pendant la courte période du règne de Jehoïakin (ou Jéconias), la
troisième enfin, en la onzième année de Sédécias. Les deux dernières époques
furent les plus terribles, mais c’est de la première que datent les 70 années de
captivité prédites par Jérémie le prophète (2 Chr. 36:21; Dan. 9:12; Jér. 25:1,
11-12; 29:10, où 70 ans sont «accomplis pour Babylone», c’est-à-dire dès la
première année de Nebucadnetsar; cf. Jér. 25:1).
Cette première captivité avait un
caractère tout particulier, non pas comme la seconde et la troisième par les
dévastations et la quantité des hommes transportés, mais par la spoliation du
temple de l’Éternel, privé des objets précieux qui
servaient au culte (Dan. 1:1-2; Esdras 1:7; 2 Chr. 36:7). Au moment de la
restauration de Juda, tous ces objets lui furent rendus, au nombre de 5400
(Esdras 1:9-11), et ce fut même le trait le plus caractéristique de cet exode
qui devait ramener dans leur pays les restes du peuple. Le trait dominant du
début de ces 70 années, est que la gloire du temple, celle du culte de
l’Éternel, fut elle-même emmenée en captivité. Peu d’années après, Jehoïakin
étant prisonnier, Ézéchiel vit de plus la gloire de Dieu quitter comme à regret
cette maison dont Il avait voulu faire sa demeure à perpétuité, et peu d’années
encore après cet événement, le temple, dépouillé de ses derniers ornements, fut
brûlé et réduit en un monceau de décombres.
C’est donc de cette première
période que date la captivité. Dieu avait été déshonoré par l’idolâtrie du
peuple et de ses rois: que les objets précieux restassent dans son temple, ou
fussent placés dans un temple d’idoles à Babylone, y avait-il là une si grande
différence? Et c’est dans ce fait qu’il faut trouver le caractère essentiel du
début de la captivité. Jamais rien de pareil n’avait eu lieu auparavant. Lors de
sa révolte contre Sankhérib, Ézéchias lui avait sans doute donné tout l’argent
qui se trouvait dans le temple, et avait dépouillé, pour s’acquitter du tribut,
les portes et les piliers de leur revêtement d’or (2 Rois 18:15-16), mais il
n’avait point touché aux objets du culte. Sous Jehoïakin, Nebucadnetsar fit main
basse, dans une beaucoup plus grande mesure, sur tous
les trésors de la maison de Dieu et mit en pièces les ustensiles faits par
Salomon, selon l’ordre de l’Éternel, mais, je le répète, une profanation sans
précédent: parer tin temple d’idoles avec les objets du culte du vrai Dieu,
n’eut lieu que sous Jehoïakim. L’impie Belshatsar, avec ses grands, ses femmes
et ses concubines, en buvant du vin dans les vases sacrés, à la louange de ses
idoles, avait l’intention de célébrer par là le triomphe des faux dieux sur le
vrai Dieu, et de les opposer publiquement à l’Éternel. En cette même nuit-là,
Dieu lui répondit par le jugement et la mort. Daniel, emmené de Jérusalem avec
ses compagnons, au début des 70 années de captivité, fut le prophète de ce
jugement (Dan. 5). En la première année de Darius, le Mède, il reçut, par la
lecture de Jérémie, l’intelligence que la fin de la captivité était proche.
Alors il s’humilia pour le peuple et fut témoin de la restauration de Juda en la
première année de Cyrus, car il était encore à Babylone en la troisième année de
ce roi (Esdras 1:1; Dan. 10:1).