Le
Cantique des cantiques
Chapitre 6 (v. 13) à 8 (v. 4)
— Témoignage et communion de l’amour
La strophe précédente s’achève sur
une scène d’heureuse communion goûtée par l’épouse avec son époux, dans le
jardin des noisettes.
Ici nous avons deux autres scènes.
Dans la première, l’épouse est présentée aux filles de Jérusalem, revêtue de
magnificence par le roi (6:13 à 7:5). Dans la seconde, l’époux et l’épouse
s’occupent seulement l’un de l’autre (7:6 à 8:4). Restaurée, l’épouse devient un
témoin vivant de l’amour de l’époux.
Le déploiement des beautés morales
de Christ chez un croyant témoigne aussi des fruits de sa restauration. Cet état
heureux ne peut être maintenu que par une marche de communion avec lui. Les
hommes pouvaient discerner, par la conduite des disciples, qu’ils avaient été
avec Jésus (Act. 4:13).
Les filles de Jérusalem (v. 13)
Reviens, reviens,
Sulamithe! reviens, reviens, et que nous te voyions (v. 13).
La scène s’ouvre avec les filles
de Jérusalem. Elles ont déjà entendu des lèvres de l’épouse la belle description
de l’époux, éveillant leurs affections à son sujet; mais apparemment elle les a
quittées pour rejoindre son bien-aimé au jardin des aromates. Maintenant, elles
la prient de revenir, peut-être avec le secret désir d’en apprendre davantage au
sujet de l’époux. Qui, mieux que l’épouse, pourrait en parler?
Pour la première fois, elles lui
donnent le nom de Sulamithe, probablement forme féminine de Salomon,
reconnaissant ainsi sa relation intime avec l’époux.
L’épouse (v. 13)
Que verriez-vous
dans la Sulamithe? (v. 13).
En réponse à leur appel, l’épouse
exprime sa surprise qu’elles désirent la regarder.
Les filles de Jérusalem (v. 13)
Comme la danse de
deux bandes (v. 13).
On pourrait traduire, comme la
danse de Mahanaïm. Allusion possible au jour où Jacob quitta la Mésopotamie pour
aller au pays de la promesse, avec ses femmes, ses enfants, ses serviteurs et
tous ses biens. En chemin «les anges de Dieu le rencontrèrent; et Jacob dit,
quand il les vit: C’est l’armée de Dieu. Et il appela le nom de ce lieu-là
Mahanaïm» (Gen. 32:1-2). C’est-à-dire deux armées ou deux camps. L’armée du ciel
et celle de la terre se rencontrèrent là.
Ainsi que l’a dit un autre: la
danse parle de joie et de victoire (voir Ex. 15:20; 1 Sam. 18:6) et ces deux
armées nous rappellent peut-être aussi les deux royaumes d’Israël si longtemps
divisés, vus ici réunis à nouveau dans une commune joie dans le Seigneur,
célébrant la victoire complète qu’il a remportée sur toute la puissance de
l’Ennemi.
N’oublions pas que le monde
considère notre marche. Nous voit-il marcher dans l’unité et dans la joie devant
le Seigneur, ce qui est le fruit de la paix? C’est une bonne chose si les autres
peuvent reconnaître que nous avons été avec Jésus et en voir les conséquences.
Accédant à leur désir, l’épouse se
présente devant elles dans toute sa beauté, et avec une grande joie, les filles
de Jérusalem décrivent ses charmes.
L’époux (7:1 à 5)
Que tes pieds sont
beaux dans ta chaussure, fille de prince! Les contours de tes hanches sont comme
des joyaux, ouvrage des mains d’un artiste (7:1).
Ton nombril est
une coupe arrondie, où le vin aromatique ne manque pas; ton ventre, un tas de
froment, entouré de lis (v. 2).
Tes deux seins
sont comme deux faons jumeaux d’une gazelle (v. 3).
Ton cou est comme
une tour d’ivoire; tes yeux sont comme les étangs qui sont à Hesbon, vers la
porte de Bath-Rabbim; ton nez est comme la tour du Liban, qui regarde vers Damas
(v. 4);
ta tête, sur toi,
comme le Carmel, et les cheveux de ta tête, comme la pourpre. Un roi est
enchaîné par tes boucles (v. 5).
L’épouse avait déjà, par ses
paroles, rendu un brillant témoignage au roi. Maintenant c’est elle-même qui
constitue un témoignage à toute la beauté dont le roi l’a revêtue. C’est le
témoignage de la vie plutôt que celui des lèvres, de la marche plutôt que des
paroles. Elle a été au jardin des aromates avec le bien-aimé, elle sort de sa
présence portant sa beauté. Elle est saluée comme fille de prince, elle porte le
sceau de la royauté. La grâce et la majesté royale caractérisent sa marche.
Autrefois aussi la face de Moïse
brillait de la gloire de Celui dans la présence duquel il s’était tenu. Ce
jour-là, tout Israël put voir les effets des relations d’un homme avec le ciel.
Plus tard Élisée vit Élie enlevé
au ciel et, à son retour à Jéricho, les fils des prophètes reconnurent aussitôt
que l’esprit d’Élie reposait sur Élisée (2 Rois 2:15). Ils n’avaient pas assisté
à l’enlèvement, mais ils en discernaient les effets sur Élisée. Ils voyaient
dans un homme sur la terre, l’esprit d’un homme qui était monté au ciel.
Étienne, plus tard encore, montra
quelle bénédiction repose sur un homme qui, sur la terre, est en contact avec
l’Homme qui est dans le ciel. «Lui, étant plein de l’Esprit Saint, et ayant les
yeux attachés sur le ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de
Dieu» (Act. 7:55). Les hommes virent les effets d’une si glorieuse vision sur
Étienne, un homme capable de prier pour ses meurtriers, reflétant sur la terre
la grâce de Celui qui avait été élevé dans le ciel.
Ne désirerions-nous pas ressembler
à ces hommes qui, sur la terre, étaient en relation avec le ciel? Nous
poursuivons notre chemin ici-bas; le monde peut-il voir nos visages, comme celui
de Moïse, rayonner de la joie de la présence du Seigneur? Peut-on discerner en
nous l’Esprit de Christ, tout comme Élisée était rempli de l’esprit d’Élie?
Avons-nous, avec l’Homme céleste, cette ressemblance morale qui caractérisait
Étienne?
Nos vies, notre conduite, doivent
proclamer notre haute origine, manifester que nous sommes une sacrificature
royale, un peuple acquis pour refléter les perfections de Celui qui nous a
appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière!
Hélas, nous savons si peu nous
attarder un moment dans le jardin du Seigneur, pour y jouir de sa communion.
Puis nous sortons de ce lieu sanctifié pour porter devant les autres le parfum
de ses grâces et les caractères du ciel.
Il y a souvent de la légèreté dans
nos manières, de la dureté dans nos paroles, de la brusquerie dans notre
conduite vis-à-vis des autres. Voilà qui trahit combien peu nous avons été
avec Jésus. Trop souvent, notre conduite est réglée
par l’esprit de ce monde plutôt que par la sagesse et la sainteté du ciel.
Il en était autrement pour la
Sulamithe. Elle avait été dans la présence du roi; elle parait, remplie de la
joie que lui a procurée cette rencontre. Elle a été dans les mains d’un ouvrier
habile, elle porte les ornements dont il l’a parée (Éz. 16:11). La beauté du roi
est sur elle.
Les filles de Jérusalem décrivent
l’épouse en se servant d’un langage comparable à celui de l’époux. Mais lui, la
voyant d’en haut, commence par parler de ses yeux; tandis qu’elles, la
considérant depuis la terre, parlent d’abord de ses pieds et achèvent leur
description par les cheveux de sa tête.
Par nature, il n’y a rien de sain
dans l’homme; depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, tout est
blessure et meurtrissure et plaies vives (És. 1:6). Mais considérés selon notre
origine spirituelle et céleste, comme la fille d’un prince, nous sommes «rendus
agréables dans le Bien-aimé» (Éph. 1:6).
L’époux (7:6 à 9)
Que tu es belle,
et que tu es agréable, mon amour, dans tes délices (v. 6)!
Ta taille
ressemble à un palmier, et tes seins à des grappes (v. 7).
J’ai dit: Je
monterai sur le palmier, je saisirai ses rameaux; et que tes seins soient comme
les grappes de la vigne, et le parfum de ton nez comme des pommes (v. 8), et ton
palais comme le bon vin (v. 9).
Les filles de Jérusalem peuvent
contempler l’épouse comme un objet digne d’admiration. Le roi, lui, non
seulement admire, mais possède l’épouse.
Les jeunes filles en la voyant,
s’exclament: «que tes pieds sont beaux». Le roi dit: «que tu es belle», mais il
ajoute: «que tu es agréable, mon amour, dans tes délices!» Les figures employées
traduisent deux pensées différentes. La considérant dans toute sa beauté, il la
compare au palmier, tout à la fois gracieux et majestueux. Quand il pense à elle
comme à un objet de délices, il établit une comparaison avec des grappes de
raisin.
D’autres ne font que contempler et
admirer cette beauté. Mais elle appartient au roi seul. Il trouve chez son
épouse des affections comparables aux grappes de la vigne, des grâces qui
rappellent l’odeur suave des pommes, des joies qui évoquent le bon vin.
Il en sera ainsi de l’épouse
terrestre, dans un jour à venir. D’Israël restauré, Dieu pourra dire: «Je ferai
de vous un nom et une louange parmi tous les peuples de la terre»; mais du
Seigneur lui-même, il est écrit: «Il se réjouira avec joie à ton sujet; il se
reposera dans son amour, il s’égayera en toi avec chant de triomphe» (Soph.
3:20-17). Le monde sera dans l’admiration, mais lui trouvera ses délices dans
son épouse terrestre.
Son épouse céleste aussi sera
manifestée en gloire devant l’univers surpris, mais Christ verra, lui, le fruit
du travail de son âme et sera satisfait.
Bien des personnes peuvent voir et
admirer les effets extérieurs de la restauration d’une âme; mais le Seigneur
seul trouve sa joie dans cette âme. Quand David confesse son péché, il demande:
«Rends-moi la joie de ton salut», et il ajoute: «J’enseignerai tes voies aux
transgresseurs». Mais à la fin du même psaume, il peut dire: «Alors tu prendras
plaisir aux sacrifices de justice, à l’holocauste, et au sacrifice qu’on brûle
tout entier». Il devient une bénédiction pour d’autres, mais, avant tout, un
plaisir pour le Seigneur(Ps. 51:12, 13, 19).
L’épouse (7:9 à 8:4)
Qui coule aisément
pour mon bien-aimé, et qui glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment (v. 9).
Je suis à mon
bien-aimé, et son désir se porte vers moi (v. 10).
L’épouse, quand elle entend
l’époux exprimer les délices qu’il trouve en elle, ne peut garder le silence.
L’époux compare au bon vin la joie qu’il a trouvée en elle; elle ajoute
immédiatement: «il coule aisément pour mon bien-aimé». Dans le passé, ses
affections ont pu s’égarer, mais maintenant restaurée, elle est tout entière à
son bien-aimé. Autrefois elle s’était endormie sur son lit; vaincue par la
paresse, elle s’était montrée incapable de répondre à la voix de son bien-aimé;
mais toute la beauté dont son amour l’a revêtue a réveillé ses affections. Le
bon vin a amené l’épouse, naguère endormie, à parler. Les paroles qu’elle
prononce maintenant sont l’expression de l’expérience la plus élevée de son âme.
À travers tous ses égarements et ses chutes, son cœur, affermi par la grâce,
s’est exprimé avec une ferveur croissante.
Quand pour la première fois ses
désirs à l’égard du bien-aimé se sont éveillés, la soif de son âme était de
posséder l’objet de ses affections. Satisfaite, elle s’écrie: «Mon bien-aimé est
à moi, et je suis à lui» (2:16). Mais plus elle a fait de progrès dans la
connaissance de ses pensées, et plus elle est devenue consciente d’être l’objet
de tout son intérêt. Cette pensée remplit son cœur, et l’amène à dire: «Je suis
à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi» (6:3). Et quand, enfin, ses propres
affections ont été ranimées, elle découvre que Son amour est inchangé. Au lieu
de reproches, elle l’entend seulement exprimer le plaisir qu’il trouve en elle.
Elle réalise pleinement qu’elle appartient à l’époux, objet de toutes ses
affections. Avec ravissement, elle déclare: «Je suis à mon bien-aimé, et son
désir se porte vers moi» (7:10).
Viens, mon
bien-aimé, sortons aux champs, passons la nuit dans les villages (v. 11).
Nous nous lèverons
dès le matin pour aller aux vignes; nous verrons si la vigne bourgeonne, si la
fleur s’ouvre, si les grenadiers s’épanouissent: là je te donnerai mes amours
(v. 12).
Les mandragores
donnent leur parfum; et à nos portes il y a tous les fruits exquis, nouveaux et
anciens: mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi! (v. 13).
Toutes les voies du roi à l’égard
de son épouse ont pour résultat de l’amener à partager ses pensées, ses désirs,
ses affections. Il lui avait dit à plusieurs reprises:
Viens! Elle s’était montrée lente à répondre, mais maintenant elle fait
siennes ses paroles et lui dit: «Viens, mon bien-aimé». Elle souhaite jouir de
sa compagnie pour goûter la communion de l’amour. Elle déclare: «sortons…,
passons…, nous nous lèverons…, nous verrons…». Elle ne voudrait plus jamais être
séparée de lui. Où qu’ils aillent, où qu’ils demeurent, quoi qu’ils fassent,
quoi qu’ils regardent, il faut qu’ils soient ensemble. Elle ajoute: «Je te
donnerai mes amours». Dans le temps passé, ses affections ont pu s’égarer sur
d’autres objets, mais maintenant elles sont uniquement pour lui.
L’apôtre Paul pouvait dire aussi:
«Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils
de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi» (Gal. 2:20).
Oh! que tu fusses
pour moi comme un frère qui ait sucé les mamelles de ma mère! Si je te trouvais
dehors, je t’embrasserais, sans qu’on m’en méprisât (8:1).
Je t’amènerais, je
t’introduirais dans la maison de ma mère; tu m’instruirais; je te ferais boire
du vin aromatisé, du jus de mes grenades (v. 2).
Sa main gauche
serait sous ma tête, et sa droite m’embrasserait! (v. 3).
Il ne suffit pas à l’épouse que
son amour pour le roi s’exprime dans l’intimité. Elle désire que tous le
connaissent. Oh! que tu fusses pour moi comme un frère, dit-elle, que je puisse
manifester mon amour devant tous, sans inconvenance.
Exprimer notre amour pour Christ
dans un monde qui l’a rejeté, ne peut que nous attirer la haine du monde; mais
le moment vient où nous pourrons témoigner publiquement de notre amour pour lui,
sans être méprisés.
Je vous adjure,
filles de Jérusalem, pourquoi éveilleriez-vous, et pourquoi réveilleriez-vous
mon amour, avant qu’elle le veuille! (v. 4).
La strophe s’achève par une
adjuration aux filles de Jérusalem pour qu’elles ne troublent pas l’heureuse
communion de l’amour.