Le
Cantique des cantiques
Chapitre 3 (v. 6) à 5 (v. 1)
— Communion de l’amour
Les filles de Jérusalem (v. 6)
Qui est celle-ci
qui monte du désert, comme des colonnes de fumée, parfumée de myrrhe et d’encens
et de toutes sortes de poudres des marchands? (3:6).
Dans cette strophe, l’épouse ne se
repose plus sur son lit, ce qui avait nécessité l’activité en grâce de l’époux
pour stimuler son énergie et réveiller ses affections. Elle est plutôt présentée
comme jouissant de l’amour et montant du désert pour partager bientôt les
gloires du roi. Les filles de Jérusalem s’enquièrent: «Qui est celle-ci?» ou
«Qui est-elle?» (autre traduction possible).
Cette scène présente un magnifique
tableau d’Israël. L’Éternel pouvait dire: «J’ai trouvé Israël comme des raisins
dans le désert». Et encore: «Moi, je t’ai connu dans le désert, dans une terre
aride» (Osée 9:10; 13:5). Il les avait tirés «avec des cordes d’homme, avec des
liens d’amour» (Osée 11:4) pour les amener dans un pays ruisselant de lait et de
miel. Mais ils se détournèrent de lui pour aller après des dieux étrangers.
Cependant Dieu mènera à nouveau
Israël au désert et lui parlera au cœur et lui
ouvrira «une porte d’espérance» qui le conduira aux gloires du royaume du vrai
Salomon (Osée 2:14-23).
L’Église aussi poursuit son voyage
dans le désert avant d’atteindre le but, la gloire céleste. Cette admirable
strophe nous présente le déroulement du pèlerinage.
Il n’est pas question ici des
faiblesses ni des échecs. Le trajet est parcouru, en pleine harmonie avec la
pensée de Dieu. Car le désert a ses privilèges aussi bien que ses privations.
Ici, le voyage se fait dans le
palanquin du roi. En outre, les privations deviennent l’occasion de répandre une
odeur agréable, tout comme le sentier de l’épouse est marqué par des colonnes de
fumée, parfumée qu’elle est «de myrrhe et d’encens et de toutes sortes de
poudres des marchands».
On peut voir une signification
spirituelle dans le fait que les poudres des marchands sont préparées avec des
plantes ramassées dans le désert. Les expériences, les épreuves et les
privations de notre voyage dans le désert, si elles sont reçues de la main de
Dieu, deviennent une occasion pour que les grâces de Christ se développent.
Elles peuvent dès maintenant monter en parfum d’agréable odeur, et seront
trouvées «tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de
Jésus Christ» (1 Pier. 1:7).
C’est cet aspect que le Cantique
des cantiques nous présente. Ce n’est pas le désert avec nos infirmités et les
ressources de Dieu, comme dans l’épître aux Hébreux; mais le désert avec ses
épreuves et ses privilèges, comme dans l’épître aux Philippiens.
Paul a connu ces privations, mais
il s’est grandement réjoui dans le Seigneur de ce que ses épreuves soient
devenues l’occasion de produire les effets de la grâce de Dieu dans les saints,
«un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu» (Philip.
4:18).
Nous pouvons, comme Paul, changer
nos privations en privilèges, si nous savons voir dans chaque épreuve une
occasion, donnée de Dieu, pour produire quelque grâce chrétienne.
Hélas, souvent, nos épreuves
produisent seulement quelques fruits détestables de la chair: son irritation et
sa violence, son envie et son orgueil, son impatience et ses murmures. Nous
ouvrons la porte à la chair, laissant les circonstances du désert s’interposer
entre nos âmes et Dieu.
Puissions-nous vraiment voir Dieu
entre les circonstances et notre âme! La foi, l’espérance et l’amour, la douceur
d’esprit, l’humilité, la longanimité et la patience, seront le résultat de nos
épreuves. Notre voyage à travers le désert sera comme parfumé devant Dieu «de
myrrhe et d’encens, et de toutes sortes de poudres des marchands».
Les amis de l’époux (v. 7 à 11)
Voici son lit,
celui de Salomon; soixante hommes forts l’entourent, d’entre les hommes forts
d’Israël; (v. 7)
tous tiennent
l’épée et sont exercés à la guerre, ayant chacun son épée sur sa cuisse à cause
des frayeurs de la nuit (v. 8).
Le lit — la litière — dans lequel
l’épouse voyage à travers le désert est fourni par le roi.
De la même manière, le croyant n’a
pas à voyager selon ses propres pensées, en s’appuyant sur ses propres
ressources, mais avec les ressources que Dieu fournit. Cependant le voyage dans
le désert, tout en développant les grâces chrétiennes, suppose aussi le combat
chrétien. Nous avons besoin «d’hommes forts». Paul exhorte Timothée à se
fortifier «dans la grâce qui est dans le Christ Jésus», mais il lui dit aussi:
«Prends ta part des souffrances comme un bon soldat de Jésus Christ» (2 Tim.
2:1, 3).
Les soldats qui accompagnent la
litière sont bien équipés. «Tous tiennent l’épée»; ils sont «exercés» dans l’art
de s’en servir; et ils sont tous prêts à le faire, «ayant chacun son épée sur sa
cuisse à cause des frayeurs de la nuit».
De même le bon soldat de Jésus
Christ est armé de «l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu» (Éphés. 6:17)
Paul rappelle à Timothée que «toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour
enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice» (2
Tim. 3:16).
Mais avoir l’Écriture ne suffit
pas, il faut être exercé dans la manière de s’en servir. Timothée est exhorté à
avoir «un modèle des saines paroles» et exposer «justement (ou: découpant droit)
la parole de la vérité» (2 Tim. 1:13; 2:15).
Et il ne faut pas seulement être
exercé, mais prêt, «ayant chacun son épée sur sa
cuisse». Il en était ainsi du temps de Néhémie: «ceux qui bâtissaient avaient
chacun leur épée ceinte sur leurs reins» (Néh. 4:18). Il n’est plus temps de la
ceindre au moment de l’attaque. Nous devons être prêts à prêcher la Parole, à
insister en temps et hors de temps (2 Tim. 4:2).
Le roi Salomon
s’est fait un palanquin de bois du Liban (v .9).
Il a fait ses
colonnes d’argent, son dossier d’or, son siège de pourpre, son intérieur pavé
d’amour par les filles de Jérusalem (v. 10).
À la description des hommes forts
succède celle du palanquin qu’ils sont appelés à défendre. Ne voyons-nous pas
dans les détails donnés à son sujet, une figure des grandes vérités
fondamentales de la foi concernant la personne de Christ?
Le bois de cèdre, incorruptible et
parfumé, parle de sa parfaite humanité, les colonnes d’argent, de sa puissance
en rédemption, l’or, de sa justice divine et la pourpre, de sa royauté. Enfin
tout l’intérieur est «pavé d’amour» car s’il y a quelque chose au-delà de l’or,
il n’y a rien au-delà de l’amour.
Telles sont les vérités vitales
auxquelles l’ennemi s’attaque, que
la chrétienté abandonne, mais qu’un bon soldat de Jésus Christ doit défendre
avec énergie.
Sortez, filles de
Sion, et voyez le roi Salomon, avec la couronne dont sa mère l’a couronné au
jour de ses fiançailles, et au jour de la joie de son cœur (v. 11).
Jusqu’ici les filles de Jérusalem
étaient occupées de l’épouse et du cortège nuptial. Elles considèrent maintenant
le roi.
Notre voyage dans le désert, avec
ses épreuves et ses combats, s’achèvera dans les gloires du royaume. Nous avons
connu le Seigneur dans le désert de ce monde, avec la couronne d’épines. Nous
allons bientôt le contempler, au jour des noces, avec la couronne de gloire. Il
se présentera son peuple comme une épouse «glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride,
ni rien de semblable» (Éph. 5:27). Ce sera vraiment le jour de la joie de son
cœur quand «il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait» (És.
53:11).
L’époux (4:1 à 16)
Voici, tu es
belle, mon amie; voici tu es belle! Tes yeux sont des colombes derrière ton
voile; tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres sur les pentes de la
montagne de Galaad (v. 1).
Tes dents sont
comme un troupeau de brebis tondues, qui montent du lavoir, qui toutes ont des
jumeaux, et pas une d’elles n’est stérile (v. 2).
Tes lèvres sont
comme un fil écarlate, et ta bouche est agréable; ta joue est comme un quartier
de grenade derrière ton voile (v. 3).
Ton cou est comme
la tour de David, bâtie pour y suspendre des armures; mille boucliers y sont
suspendus, tous les pavois des vaillants hommes (v. 4).
Tes deux seins
sont comme deux faons jumeaux d’une gazelle, qui paissent parmi les lis (v. 5).
L’épouse trouve son plaisir à
parler aux autres des gloires de l’époux. Lui se plait à insister sur les
beautés et les perfections de son épouse, et à lui révéler ses pensées à son
égard.
Il est précieux de parler aux
autres des gloires de Christ. Mais pour que nos cœurs soient établis dans une
paix et une joie inaltérables, il faut que nous entendions sa voix nous
communiquer ses pensées à l’égard des siens. C’est ce qui donne un caractère
extrêmement précieux à la prière de Jean 17.
Par deux fois le roi répète,
«voici, tu es belle». Mais il ne lui suffit pas de donner une appréciation
d’ordre général au sujet de son épouse. Il s’attarde sur plusieurs traits de sa
beauté.
Pour nous, ces divers traits
mettent en évidence les grâces morales que Christ voit dans son peuple.
(1) Les yeux sont les fenêtres de
l’âme, l’expression de son caractère et de sa condition morale. La comparaison
avec des colombes met en évidence sa douceur, sa pureté et son affection pleine
de dévouement, mais unie à la modestie, car les yeux sont derrière le voile.
(2) Les cheveux sont comparés au
poil noir et lustré des chèvres, tel qu’un grand troupeau sur les pentes de
Galaad peut en présenter le spectacle. L’Écriture se sert des cheveux comme d’un
symbole de la soumission, de la séparation du monde et de la consécration à
Dieu.
(3) Les dents, comparées à des
brebis qui montent du lavoir, indiquent la pureté; les jumeaux, l’harmonie de
l’ensemble. Le fait qu’aucune d’entre elles n’est stérile, donne une idée de
plénitude; autant de qualités que Christ se réjouit de trouver dans les siens.
(4) Les lèvres semblables à un fil
écarlate traduisent la bonne santé du corps, tout comme de saines paroles,
desquelles les lèvres sont un symbole, montrent l’état du cœur, «car de
l’abondance du cœur la bouche parle» (Matt. 12:34).
«La grâce et la vérité vinrent par
Jésus Christ» (Jean 1:17), c’est pourquoi nous lisons à son sujet, «la grâce est
répandue sur tes lèvres» (Ps. 45:2). De l’épouse, le roi peut dire, «ta bouche
est agréable». Si l’amour de Christ étreint notre cœur, sa louange sera sur nos
lèvres, et la même grâce qui est répandue sur ses lèvres trouvera son expression
sur les nôtres.
(5) Les joues et le front sont
dans l’Écriture l’expression de la modestie ou de l’audace. Le prophète disait
d’Israël: «Tu es obstiné... et ton front, d’airain» (És. 48:4). L’Éternel
demande: «Avaient-ils honte, parce qu’ils avaient commis l’abomination?» et la
réponse vient aussitôt: «Ils n’ont eu même aucune honte, ils n’ont même pas
connu la confusion» (Jér. 6:15; 8:12). En contraste, l’épouse est caractérisée
par la modestie. Elle peut rougir de sorte que sa joue devient rouge «comme un
quartier de grenade» mais «c’est derrière son voile». Il y a une réelle modestie
derrière le symbole extérieur de la soumission. Ce n’est pas une soumission
extérieure et une rébellion intérieure.
La modestie, accompagnée de
soumission est une précieuse qualité aux yeux de Dieu (Rom. 12:3; Tite 2:5).
(6) Le roi compare le cou de
l’épouse, orné de pierres précieuses, à la tour de David, ornée, elle, de mille
boucliers qui témoignent des victoires du fils d’Isaï.
Ainsi Christ sera bientôt
«glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru» (2 Thess.
1:10).
(7) Les seins symbolisent les
affections. L’illustration fournie par la gazelle est employée dans le même sens
dans Prov. 5:19 pour montrer ce qui est agréable. Les jeunes faons présentent la
fraîcheur des affections.
Aux yeux de Christ, les siens sont
caractérisés par un amour fidèle et durable.
Jusqu’à ce que
l’aube se lève, et que les ombres fuient, j’irai à la montagne de la myrrhe et à
la colline de l’encens (v. 6).
En attendant le jour où sa joie
sera parfaitement accomplie, l’époux se retire «à la montagne de la myrrhe et à
la colline de l’encens». L’épouse est encore dans le désert. Aussi bénies que
soient les communications de l’amour le long du chemin, le jour des noces est
encore à venir.
Durant notre voyage, c’est la nuit
de l’absence de Christ. Il peut s’entretenir avec nous le long de la route, nous
faire réaliser sa présence d’une manière bénie, mais selon les conseils de Dieu,
il s’est rendu «à la montagne de la myrrhe et à la colline de l’encens» «jusqu’à
ce que l’aube se lève et que les ombres fuient».
Tu es toute belle,
mon amie, et en toi il n’y a point de défaut (v. 7).
Aux yeux du roi, l’épouse est
«toute belle» et sans tache. Le peuple de Dieu aussi, à la lumière du dessein de
Dieu, est saint et irréprochable devant lui en amour.
Viens avec moi du
Liban, ma fiancée, viens du Liban avec moi; regarde du sommet de l’Amana, du
sommet du Senir et de l’Hermon, des tanières des lions, des montagnes des
léopards (v. 8).
Si pour un temps l’épouse est
laissée au désert, si l’époux s’en va vers la montagne de la myrrhe, il désire
être en tout cas l’objet exclusif de ses affections. «Viens avec moi», dit-il,
«regarde du sommet de l’Amana».
De la même façon, nous sommes
appelés à chercher «les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la
droite de Dieu» (Col. 3:1). La terre ne peut offrir de sites plus magnifiques
que ceux du Liban, de l’Amana, du Senir et de l’Hermon, mais des dangers se
dissimulent dans les scènes terrestres les plus resplendissantes. Le lion a sa
tanière, et le léopard rôde, dans les lieux les plus excellents de la terre. La
plaine bien arrosée du Jourdain peut apparaître aussi belle que le jardin de
l’Éternel, mais Sodome et Gomorrhe s’y trouvent. Prenons garde à ne pas regarder
en arrière comme la femme de Lot. Détournons plutôt les yeux de la majesté des
choses créées et portons-les au-delà, afin que nos affections s’attachent aux
choses d’en haut et non à celles de la terre.
Tu m’as ravi le
cœur, ma sœur, ma fiancée; tu m’as ravi le cœur par l’un de tes yeux, par l’un
des colliers de ton cou (v. 9).
Que de charme ont
tes amours, ma sœur, ma fiancée!
Que tes amours
sont meilleures que le vin, et l’odeur de tes parfums plus que tous les
aromates! (v. 10).
Tes lèvres, ma
fiancée, distillent le miel; sous ta langue il y a du miel et du lait, et
l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban (v. 11).
Si l’époux désire les affections
de l’épouse, c’est qu’il peut lui dire en toute vérité, «tu m’as ravi le cœur».
Il le lui répète deux fois.
C’est une bonne chose que nos
affections appartiennent à Christ sans réserve, mais rien n’établit autant le
croyant et ne le remplit d’une joie mêlée d’adoration comme de réaliser la joie
que Christ trouve dans ses rachetés. Nos pensées à l’égard de Christ sont rares
et mesquines, mais nous pouvons dire avec le psalmiste: «Tu as multiplié, toi,
Éternel mon Dieu, tes œuvres merveilleuses et tes pensées envers nous; on ne
peut les arranger devant toi... -elles sont trop nombreuses pour les raconter»
(Ps. 40:5).
Il n’est pas étonnant que nous
soyons ravis par Christ, mais c’est un grand sujet d’émerveillement que lui
puisse l’être par les siens.
Que voyait donc le roi chez
l’épouse qui puisse ainsi le transporter de ravissement? À vue humaine, peu de
chose. Un regard de ses yeux ou un collier de son cou. Mais ce regard était
rempli d’amour et le collier parlait de la parure dont lui-même l’avait revêtue.
«Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier» (1 Jean 4:19). Le
regard des yeux est l’expression de l’amour et le collier au cou proclame que
cet amour est le fruit du sien.
L’épouse avait déjà dit de
l’époux, que ses amours étaient meilleures que le vin et que son nom était un
parfum répandu. Maintenant l’époux se sert de la même figure, avec
plus de force encore, pour exprimer les délices qu’il trouve dans l’amour de
l’épouse.
Pour Christ, l’amour de son peuple
ne peut se comparer à aucune des joies de la terre. Simon le pharisien a pu
préparer pour le Seigneur un festin, peut-être somptueux. Mais celle qui n’avait
pas été invitée, cette pécheresse dont le nom n’est pas donné, avait préparé
pour le Seigneur un festin plus grand encore, «car elle a beaucoup aimé» (Luc
7:47).
Le Seigneur prête une attention
particulière aux dispositions du cœur, elles ont plus de prix à ses yeux que nos
travaux, quoiqu’il n’y ait pas d’amour véritable sans œuvres.
Les lèvres, la langue, les
vêtements, proclament aussi l’amour de l’épouse. Tout est un ravissement pour le
roi.
Des méchants, il est écrit: «Il y
a du venin d’aspic sous leurs lèvres» (Ps. 140:3), mais de son épouse, lui peut
dire: «Sous ta langue il y a du miel et du lait».
Les paroles qui tombent des lèvres
des siens sont agréables au Seigneur. Leurs vêtements, symbole de la justice
pratique des saints, ont l’odeur du Liban, du bois de cèdre qui parle de
perfection humaine.
Tu es un jardin
clos, ma sœur, ma fiancée, une source fermée, une fontaine scellée (v. 12).
Tes plants sont un
paradis de grenadiers et de fruits exquis, de henné et de nard, de nard et de
safran (v. 13), de roseau odorant et de cinnamome, avec tous les arbres à
encens; de myrrhe et d’aloès avec tous les principaux aromates (v. 14);
Une fontaine dans
les jardins, un puits d’eaux vives, qui coulent du Liban (v. 15).
Le roi compare maintenant l’épouse
à un jardin clos. Il fait ressortir ainsi combien elle est mise à part pour ses
délices. Au milieu du désert aride, il a son jardin clos où, pour son agrément,
il trouve des fontaines d’eau et des fruits agréables.
Dès le commencement, le propos de
Dieu était d’avoir un jardin dans ce monde pour son propre plaisir. Dans ce but,
il avait placé un jardin en Éden, du côté de l’Orient. On y trouvait des arbres
qui étaient un plaisir pour les yeux, et dont le fruit était bon. Un fleuve
arrosait ce jardin et coulait de là vers le monde environnant. Mais le péché est
entré et le jardin gâté n’a produit que des ronces et des épines.
À nouveau, au cours des temps, le
Seigneur a planté un jardin. Il a choisi Israël parmi les nations et l’a comparé
à «une vigne sur un coteau fertile» (És. 5:1). Il «l’environna d’une clôture»
(Marc 12:1) pour la séparer des nations. Il «en ôta les pierres, et la planta de
ceps exquis... il s’attendait à ce qu’elle produirait de bons raisins», du fruit
pour lui. Mais le péché, une fois encore, a gâté le jardin et il n’a produit que
«des raisins sauvages» (És. 5:2). La vigne, laissée à l’abandon, est devenue un
lieu d’élection pour les ronces et les épines (És. 5:6).
Aujourd’hui le Seigneur a son
jardin sur la terre. L’apôtre peut dire de l’Assemblée: «Vous êtes le labourage
de Dieu», et dans ce jardin, l’un plante et l’autre arrose, mais c’est Dieu qui
donne l’accroissement (1 Cor. 3:6-9). Hélas, le jardin a été gâté, car pendant
que les hommes dormaient, l’Ennemi a semé de «l’ivraie parmi le froment» (Matt.
13:25). Il en résulte que le peuple de Dieu, divisé et dispersé, n’offre plus, à
nos yeux, que de faibles vestiges du jardin de Dieu.
Mais si nous nous tournons du
peuple de Dieu vers la parole de Dieu, nous trouvons dans le Cantique des
cantiques une belle description du jardin, tel qu’il plaît au Seigneur. Et,
tandis que nous nous attardons dans son enceinte, nous réalisons combien peu
nous répondons au désir du Seigneur!
Il faut d’abord nous souvenir que
ce jardin est un jardin clos, ce qui nous parle de
séparation, de soins protecteurs et aussi de sanctification.
Pour Dieu ce monde n’est qu’un
lieu aride, où Jésus est mort, mais ceux que le Seigneur appelle «les siens» s’y
trouvent encore. Aussi, en écoutant les désirs que le Seigneur exprime dans la
prière de Jean 17, nous entrons un peu dans la profonde signification
spirituelle de ce jardin.
Ce jardin clos parle de
séparation du désert environnant, et nous entendons
le Seigneur dire au Père que les siens ne sont pas du monde comme lui n’est pas
du monde (Jean 17:14). Le jardin est clos en vue de protéger des plantes
délicates, et le Seigneur prie pour que son peuple soit gardé du mal (v. 15).
Enfin, le jardin clos implique un lieu mis à part pour la joie de son
propriétaire, et le Seigneur exprime le désir que son peuple soit sanctifié (v.
17). Il veut avoir une Assemblée dans ce monde, définitivement séparée du monde,
préservée du mal qui y règne et mise à part pour être, pour lui, un jardin clos.
Mais ce jardin clos est aussi un
jardin arrosé. Israël sur son déclin est comparé à
«un jardin qui n’a pas d’eau» (És. 1:30). Toutefois, regardant à sa restauration
future, le même prophète peut dire: «Tu seras comme un jardin arrosé, et comme
une source jaillissante dont les eaux ne trompent pas» (És. 58:11). Le jardin du
roi a sa source fermée et sa fontaine scellée. Il ne dépend pas du désert
environnant pour son approvisionnement, la source est à l’intérieur du jardin.
Le peuple de Dieu aussi a sa
source secrète à laquelle il s’abreuve: le Saint Esprit «que le monde ne peut
pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas» (Jean 14:17). Il
est vraiment la source mais elle doit être fermée.
Il est possible d’attrister le Saint Esprit au point de le réduire au silence.
Combien nos âmes sont desséchées, stériles, quand l’Esprit est éteint!
Nous avons besoin de garder la
porte soigneusement fermée contre l’intrusion de la chair, de peur que les
Philistins ne bouchent, une fois encore, les puits, comme après la mort
d’Abraham (Gen. 26:18).
Cette source fermée est aussi
scellée. Une source fournit une eau intarissable;
une fontaine, une eau qui jaillit. Le Saint Esprit est une source inépuisable en
nous; et répondant à tous nos besoins tout au long de la route, il est aussi
dans le croyant une fontaine «jaillissant en vie éternelle» (Jean 4:14). Ici la
fontaine est réservée au roi, elle est scellée.
En tant que source, le Saint
Esprit répond à nos besoins; comme fontaine, il est entièrement occupé de Christ
et engage nos cœurs avec lui.
Le jardin du roi est fertile, ses
plants forment «un paradis de grenadiers et de fruits exquis, ... avec tous les
arbres à encens; de myrrhe et d’aloès, avec tous les principaux aromates». Les
plants peuvent varier en dimension et en beauté, en parfum et en fécondité, mais
ils sont tous pour les délices du roi.
Dans le jardin du Seigneur, il n’y
a pas deux rachetés semblables, mais tous contribuent à son plaisir.
Enfin le jardin est une source de
bénédictions pour les régions d’alentour. C’est comme «un puits d’eaux vives,
qui coulent du Liban», un fleuve d’eau vive qui coule vers les hommes qui
périssent.
Il est bon pour nos âmes de nous
attarder un moment dans le jardin
du roi et de chercher à saisir la
signification spirituelle des murs qui l’entourent, de la source qui l’arrose,
des fruits et des aromates qui y poussent et des ruisseaux qui en sortent vers
les pays arides d’alentour.
Nous avons besoin de toutes ces
leçons, car notre service est souvent pauvre et incomplet. Nous sommes enclins à
nous donner beaucoup de peine dans une partie du jardin, au détriment du reste.
Maintes fois, dans l’histoire du
jardin du Seigneur, certains se sont tant affairés à l’entretien des haies et
des fossés, qu’ils en ont négligé les fleurs et les fruits. De telles personnes
ont presque entièrement limité leurs efforts à maintenir la séparation d’avec le
monde et à exclure le mal du jardin du Seigneur. Ils n’ont eu que peu de temps
pour prendre soin des âmes. Il en est résulté un jardin préservé certes des
influences extérieures, mais dans lequel il y a peu de fruits pour le Seigneur
et peu de bénédiction pour le monde environnant.
D’autres ont oublié de garder la
source fermée. On a laissé la chair agir librement dans le jardin du Seigneur,
si bien que le Saint Esprit a été attristé et empêché d’agir. Le jardin a cessé
alors de produire son fruit précieux pour le Seigneur.
D’autres encore ont été tellement
attirés par les fleurs et le fruit, qu’ils en ont négligé les clôtures et les
fossés. Les murs d’enceinte sont tombés en ruine et le mal est entré par les
brèches, de sorte que le jardin du Seigneur a été étouffé par les mauvaises
herbes et qu’il est devenu stérile.
D’autres encore enfin ont été
tellement absorbés par les ruisseaux qui coulent vers le monde, qu’ils ont
négligé les plants qui grandissent à l’intérieur du jardin et ce jardin a cessé
de produire du fruit à maturité pour le Seigneur.
Il faut nous rappeler que le
jardin ne nous appartient pas, mais qu’il appartient au Seigneur.
Le roi peut dire dans le Cantique:
«Mon jardin» (v. 16). S’il est clos, c’est pour le Seigneur. La source doit
arroser son jardin; les fruits exquis sont pour sa satisfaction. Si des
ruisseaux d’eau vive coulent en dehors du jardin, ils y prépareront une
pépinière de plants pour le jardin et témoigneront aussi des vertus vivifiantes
des eaux que sa bonté offre à tous.
Ayant retenu de telles pensées,
nous devrions veiller à éviter toute négligence qui rendrait le jardin du
Seigneur improductif.
Réveille-toi,
nord, et viens, midi: souffle dans mon Jardin, pour que ses aromates s’exhalent!
(v.16).
Le roi invite la froide bise du
nord et le vent brûlant du sud à souffler dans son jardin, afin que les aromates
s’exhalent.
Ainsi souvent le Seigneur appelle
les vents contraires de ce monde à souffler sur les siens, pour produire en eux
les fruits précieux de sa propre grâce. C’est toujours dans les temps de la plus
ardente persécution que les plants de son jardin se sont le plus développés et
ont le mieux prospéré.
L’épouse (v. 16)
Que mon bien-aimé
vienne dans son jardin, et qu’il mange ses fruits exquis (v. 16).
L’épouse reprenant l’image
employée par le roi, semble dire: si je suis un jardin, et si le roi
voit dans son jardin un paradis de fruits exquis, alors que mon bien-aimé vienne
et mange ses fruits exquis. Aux yeux de l’épouse, le jardin ne serait qu’un lieu
sans intérêt sans la présence du roi. Que serait le ciel sans Christ? le
Paradis, sans le Seigneur? l’Assemblée sur la terre, si lui-même n’en était le
centre?
Dans ce jardin clos où les
disciples étaient assemblés le premier jour de la semaine, les portes du lieu,
par crainte des Juifs, étant fermées, toute la bénédiction a découlé de ce que
«Jésus vint, et se tint au milieu d’eux» (Jean 20:19).Un des disciples «n’était
pas avec eux quand Jésus vint» (v.24). Il devait en éprouver une perte qui, dans
un sens, a été définitive.
L’époux (5:1)
Je suis venu dans
mon jardin, ma sœur, ma fiancée! J’ai cueilli ma myrrhe avec mes aromates, j’ai
mangé mon rayon de miel avec mon miel, j’ai bu mon vin avec mon lait. Mangez,
amis; buvez, buvez abondamment, bien-aimés! (v. 1).
Avec quelle joie l’époux répond à
l’invitation de l’épouse. Christ aime a être contraint par les sollicitations
des siens. Les disciples d’Emmaüs le forcèrent, disant: «Demeure avec nous».
Avec quel empressement le Seigneur répond. «Il entra pour rester avec eux» (Luc
24:29)
Le roi, entré dans son jardin, en
partage les fruits et dresse aussi une table, car il peut dire: «Mangez, amis;
buvez, buvez abondamment, bien-aimés!» Nous pouvons préparer notre petit festin
pour le Seigneur, comme dans la maison de Béthanie; mais quelle abondance de
biens il déploie, lui, à notre intention! S’il a trouvé du plaisir au milieu des
siens, sa présence aussi les a remplis de joie, car nous lisons: «Les disciples
se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur» (Jean 20:20).
Il trouve constamment ses délices
à venir dans son jardin, à l’écart du désert de ce monde. Il soupe avec nous et
nous avec lui, «jusqu’à ce que l’aube se lève, et que les ombres fuient». Alors,
enfin, nous serons assis au banquet des noces de l’Agneau dans la gloire
céleste. Et nous ne sortirons plus jamais dehors.