Livre du Prophète Abdias
Henri
Rossier
Avant-propos
Tous les chrétiens, réellement soumis à la parole de Dieu, ne
peuvent se tromper quant à l’avenir du monde religieux qui les entoure. Ils
savent que la chrétienté marche à grands pas vers l’apostasie finale et vers le
règne de l’Antichrist; aussi, sentant le sérieux de leur témoignage, au milieu
de cette ruine morale grandissante, ils ont de plus en plus le devoir de retenir
«la simplicité quant au Christ» (2 Cor. 11:3), la doctrine qu’une âme fidèle,
enseignée par l’Esprit de Dieu doit conserver, comme étant de Lui, en contraste
avec l’enseignement des hommes.
Au sujet de cet enseignement, un enfant de Dieu, étranger aux études
scientifiques qui, du reste, obscurciraient son intelligence des livres saints,
plus souvent qu’elles ne l’éclaireraient, est bientôt convaincu, en étudiant la
Bible, que la seule clef pour l’ouvrir et la comprendre est
son
texte lui-même,
son texte intégral, enseigné, reçu et compris par le Saint Esprit. La
paléontologie, l’ethnographie, les explorations scientifiques et les découvertes
qu’elles amènent, les recherches historiques, en un mot toutes les branches de
la science, si intéressantes qu’elles soient,
n’éclairent pas la parole de
Dieu.
Si
elles la confirment parfois, elles ne peuvent jamais, un seul instant, en
infirmer la valeur aux yeux du chrétien. Quand les découvertes de la science
appuient les choses qui nous ont été transmises «avec une pleine certitude» par
les saintes Écritures, le croyant se réjouit de voir réfutées les objections aux
documents sacrés, soulevées par les incrédules; cependant, malgré l’aide
qu’elles peuvent lui apporter dans la lutte, elles ne sont jamais pour lui le
commentaire indispensable à la connaissance du saint Livre, mais, bien plus,
elles deviennent souvent un obstacle véritable pour le comprendre. Voici
pourquoi: les hommes de science ont la
tendance
de rabaisser la connaissance de la Bible au niveau de ce que la raison humaine
peut admettre. Même quand ils ne vont pas jusqu’au rationalisme proprement dit,
auquel cependant, en vertu de ses études, le théologien le plus orthodoxe, le
plus sincère dans sa foi, ne peut entièrement se soustraire, ils introduisent un
élément rationnel
dans l’interprétation biblique.
Nous ne contestons nullement à la science son domaine propre. Nous ne
méconnaissons pas la valeur des sciences ou disciplines purement scientifiques,
excellentes à leur place. Nous estimons dignes d’estime les méthodes
scientifiques, quand elles n’élèvent pas la prétention de contrôler et de juger
la révélation de Dieu dans les saintes Écritures. Le chrétien est infiniment
redevable, en particulier, aux divers hommes de science qui se sont appliqués à
bien éditer les textes sacrés, à les traduire avec exactitude, à mieux connaître
les langues dans lesquelles ont été écrits leurs originaux. Il accepte avec
reconnaissance certains renseignements que l’exégèse biblique ordinaire met au
service de la foi; mais lui n’a qu’une source certaine: les Écritures; qu’une
ressource pour les comprendre: l’Esprit de Dieu. Pour le chrétien, c’est
l’Esprit seul qui connaît les choses de Dieu, qui les enseigne et les
communique, qui les fait recevoir et comprendre, indépendamment de toute science
humaine; c’est lui seul enfin qui nous rend capables de les exposer.
Le danger de la
tendance rationnelle
saute aux yeux quand il s’agit de la
prophétie.
Des hommes, dirigés par le raisonnement humain, sont bien obligés de reconnaître
chez les prophètes l’annonce d’événements historiques
avant
leur accomplissement, et ce fait est pour eux la plus étonnante expression de ce
qu’ils appellent l’inspiration; mais ils ont à peine quelque soupçon d’une
vision prophétique des
temps de la fin,
et s’ils l’admettent, c’est pour attribuer aux prophètes un messianisme «plus ou
moins clair, selon les temps où ils vivaient», ou l’annonce d’un vague «règne de
Dieu», résultat graduel et triomphe final du christianisme sur le paganisme dans
le monde. C’est ainsi qu’ils interprètent d’habitude le règne de Dieu. Ils
refusent de voir que la Parole nous enseigne exactement le contraire, en nous
montrant que la venue du Seigneur pour enlever son Église dans le ciel, mettra
fin au
christianisme
sur la terre, et que la
chrétienté apostate,
laissée ici-bas, deviendra la grande Babylone, mère d’une idolâtrie d’autant
plus odieuse, qu’elle sera entée sur le tronc chrétien. Les nations païennes ne
pourront donc pas être converties par la chrétienté; mais, en revanche, une
multitude d’entre elles recevra
l’Évangile du royaume
(qui n’est pas l’Évangile de la grâce) par le ministère du Résidu juif futur.
Ces mêmes hommes voient dans la prophétie de l’Ancien Testament des événements
maintenant
accomplis, en sorte que, pour eux, l’histoire explique la prophétie: c’est une
grave erreur. Nous ne nions aucunement qu’il n’y ait un accomplissement
historique partiel des prophéties de l’Ancien Testament (et c’est même ce qui
les distingue de celles du Nouveau Testament qui nous introduit d’emblée dans
les temps de la fin), mais cet accomplissement partiel n’est
jamais
le dernier mot de la prophétie, car ce serait, comme dit l’apôtre, lui donner
«une interprétation particulière» (2 Pierre 1:20). C’est un axiome élémentaire
dans l’étude de la prophétie que, tout en ayant souvent une réalisation
partielle dans le passé, elle ne «s’interprète pas elle-même». On ne trouve pas
son sens dans un passage isolé portant en lui-même sa propre solution. Elle ne
peut être comprise que selon la pensée de l’Esprit de Dieu qui l’a dictée par la
bouche «des saints hommes de Dieu». Si elle nous parle de ce qui est
aujourd’hui
le passé, jamais elle ne s’arrête là, et ne signale dans les événements
prochains que des analogies avec les choses à venir. Quelque perspective qu’elle
ouvre devant nous, la prophétie aboutit
toujours
à Christ. Elle annonce «la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ»
(2 Pierre 1:16). En révélant d’avance «les souffrances qui devaient être la
part de Christ», elle proclame «les gloires qui suivront». Et, comme les
jugements font partie des gloires de Christ, la prophétie nous les révèle aussi:
ils font
connaître sa justice
aux habitants du monde (Ésaïe 26:9).
En parlant ainsi nous ne prétendons pas avoir défini le champ de la prophétie,
mais avoir montré où elle aboutit toujours. De fait, le prophète commence par
constater l’état moral d’Israël (et dans le Nouveau Testament de l’Église de
Christ); et fait ressortir sa ruine totale et irrémédiable, malgré les appels
pressants qui le poussent à la repentance; il annonce les jugements qui
atteindront ce peuple dans le présent et dans l’avenir, et la restauration
finale d’un Résidu fidèle sous le sceptre glorieux de Christ. Quant aux nations,
auxquelles Dieu a confié le pouvoir à la suite de la faillite de son peuple et
qu’il emploie comme verge contre lui, le prophète montre leur jugement prochain,
afin d’encourager la foi des fidèles; mais, comme la restauration d’Israël
n’aura lieu que lors du règne glorieux du Messie, le jugement des nations ne
sera pleinement accompli que lors de l’établissement de ce règne.
La prophétie doit donc aboutir, comme nous l’avons dit, à la puissance et à la
venue de Christ dans son royaume. Le royaume est en effet son but spécial. Elle
n’est pas, comme dans le christianisme, la révélation des
conseils
célestes de Dieu quant à l’Église,
mais celle
de son royaume ici-bas et des
voies par lesquelles Il l’introduira.
Cela est si vrai que même le prophète Amos qui, plus que tout autre prophète, ne
parle que d’événements prochains et à brève échéance, son sujet étant les voies
du gouvernement actuel de Dieu envers les hommes, Amos, dis-je, fait aboutir ces
voies au
jour de l’Éternel
(Amos 9:11-15). Il mentionne sans doute ce dernier brièvement, en quelques
versets, mais cela suffit pour nous prouver que le règne glorieux de Christ est
le but final contemplé par le prophète.
Il en est de même pour le prophète Abdias, sujet de cette étude. Les derniers
mots de sa courte prophétie sont: «Le royaume sera à l’Éternel.» Mais en outre
Abdias présente une particularité commune à la plupart des prophètes, sauf Amos.
Un événement passé n’y est que l’image et comme le prélude des événements
futurs. Il
suffit pour s’en convaincre de comparer Édom dans le premier chapitre d’Amos et
dans Abdias. Amos annonce, au sujet d’Édom (1:11, 12), des événements qui
eurent lieu moins de deux siècles après sa prophétie, et ne va pas au-delà.
Abdias, contemplant un événement qui vient de se produire, la prise de Jérusalem
par Nebucadnetsar, y voit une analogie avec le rôle d’Édom dans les événements
de la fin qui précéderont l’établissement définitif du règne de Christ.
Ce dernier fait est absolument nié par les commentateurs dont nous avons parlé,
leur
raison
s’opposant à la réapparition, sur la scène du monde, de nations qui semblent
aujourd’hui complètement éteintes. C’est pourquoi, nous le répétons, les pensées
de Dieu, contenues dans sa Parole, et la prophétie en particulier, sont
inexplicables pour la raison humaine. Aussi
les simples
sont bienheureux, car il est dit d’eux: «L’entrée de tes paroles illumine,
donnant de l’intelligence aux simples» (Ps. 119:130). Qu’ils se laissent donc
enseigner par la Parole, et ne cherchent qu’en elle -seule la lumière pour la
comprendre: «En ta lumière, nous verrons la lumière» (Ps. 36:9). Qu’ils ne
cherchent pas même à combler, par les sciences, les lacunes apparentes (mais
nullement réelles) de la parole de Dieu, ou à compléter ce sur quoi les
Écritures ont gardé le silence. Quand Dieu parle, qu’ils disent comme Samuel:
«Parle, Éternel, car ton serviteur écoute» (1 Sam. 3:9); et, quand Dieu se
tait, qu’ils disent avec le Psalmiste: «Veille sur l’entrée de mes lèvres» (Ps.
141:3). Peut-être Dieu leur révélera-t-il la cause de son silence, quand leur
confiance en Lui aura été mise à l’épreuve et ils trouveront alors, dans ce
silence même, des instructions nouvelles. Enfin, qu’ils ne cherchent pas à tout
connaître, à tout expliquer
à la fois.
Les richesses de Christ se communiquent à nous graduellement par le Saint Esprit
qui nous révèle Dieu dans Sa Parole. Le mineur, poursuivant un filon d’or, en
rassemble graduellement le produit. Pour en acquérir beaucoup, il ne doit pas
perdre de vue le filon précieux qui, dans un moment d’inattention, pourrait
échapper à ses regards. Un jour, il est vrai, la récolte sera petite, un autre
jour, la découverte d’un riche lingot remplira le mineur de joie, mais, qu’il
découvre peu ou beaucoup, c’est toujours le même noble métal, dont toute la
valeur sera mise en lumière à la fin de l’exploitation. Il en est de même pour
nous, quand nous nous appliquons à étudier la Parole sous la direction de
l’Esprit Saint. En ne perdant jamais Christ de vue, nous ne nous égarerons
point. Toujours nous ferons quelque découverte nouvelle de Ses gloires. Les unes
auront un caractère plus étendu que d’autres, car les gloires de Christ peuvent
être célestes ou terrestres, mais les unes comme les autres concourent à former
l’incomparable couronne que Dieu veut poser un jour sur la tête de son
Bien-aimé, quand Il entrera dans son règne comme Fils de l’homme, Roi d’Israël,
Roi des nations et Roi de gloire.