Second
Livre de Samuel
Chapitre
1er
V. 1-16 —
L’Amalékite
Deux faits signalent le règne de
David à son aurore: le jugement d’Israël et de son prince sur les montagnes de
Guilboa; la victoire remportée sur Amalek par celui qui sera roi demain. Le
règne de Christ aura les mêmes caractères: il ne peut être établi que par le
jugement de l’antichrist et des juifs apostats et par une victoire réduisant à
l’impuissance le grand ennemi de Dieu, de son Oint et des hommes. C’est en
effet, pour l’introduction du règne millénaire de Christ, que Satan sera lié
(Apoc. 19:19 - 20:3).
À peine la victoire sur Amalek
est-elle remportée, qu’un messager vient du camp de Saül, «ses vêtements
déchirés et de la terre sur sa tête», avec les marques de la sympathie, du deuil
et de la douleur, et avec les hommages dus à la royauté présumée: Arrivé auprès
de David, il tombe contre terre et se prosterne. Tout autre que l’homme de Dieu
eût été touché de ces marques de déférence, mais la simple communion avec le
Seigneur, jointe à la prudence du serpent, quand il s’agit de relations avec le
monde, lui fait éviter ce piège. Nous-mêmes, en pareille occasion, nous aurons
peut-être aussi quelque peine à démêler les intentions de l’ennemi, mais évitons
toute décision précipitée. C’est ce que fait David. «D’où
viens-tu?» «Je me suis échappé du camp d’Israël».
«Que s’est-il passé? raconte-le moi, je te prie».
«Comment sais-tu que Saül et Jonathan, son fils, sont morts?» Ce n’est
qu’à la troisième question que le menteur se révèle. David, l’homme spirituel,
peut déjà soupçonner l’invraisemblance du récit: «Je passais
par aventure sur la montagne de Guilboa». Comment!
par aventure, au fort de la bataille! «Et voici, Saül s’appuyait sur sa
lance, et voici, les chars et
les gens de cheval le serraient de près». Ici, la Parole elle-même
convainc cet homme de mensonge. Saül s’appuyait sur son
épée et ce n’étaient pas les cavaliers, mais les
archers qui le menaçaient (1 Sam. 31:3, 4). Tout le reste du récit est la
fausseté même. Saül ne pouvait prier l’Amalékite de l’achever, car celui qui
portait les armes du roi ne se tua que lorsqu’il eut
constaté sa mort (v. 5). Alors je me suis tenu sur lui, et je l’ai mis à
mort» (1:10).
Cet esprit de mensonge émane du
grand ennemi qui ne pouvait comprendre le cœur du fils d’Isaï. Comment aurait-il
supposé, lui, le Méchant, que David était plein de grâce, d’amour pour ses
ennemis, que leur défaite remplissait son cœur d’une affliction dépourvue de
feinte? Mais il voulait, avant tout, amener David à recevoir
de sa main la couronne de Saül, signe
d’investissement du royaume. Sa ruse est déjouée. Plus tard, quand, transportant
le Messie, fils de David, sur une fort haute montagne, il lui offrira tous les
royaumes du monde, à la condition de lui rendre hommage, il essuiera une
nouvelle et suprême défaite.
Le premier sentiment de David,
apprenant la ruine de la royauté et d’Israël, est le deuil. Que son attitude est
touchante! «David saisit ses vêtements et les déchira; et tous les hommes qui
étaient avec lui firent de même; et ils menèrent deuil, et pleurèrent, et
jeûnèrent jusqu’au soir sur Saül et sur Jonathan, son fils, et sur le peuple de
l’Éternel, et sur la maison d’Israël, parce qu’ils étaient tombés par l’épée»
(v. 11, 12). L’homme de Dieu a tout oublié, haine, embûches, persécutions,
danger continuel menaçant sa propre vie; il ne se souvient que d’une chose,
c’est que l’Éternel avait confié son témoignage à Saül et l’avait oint, et qu’il
avait conduit jadis Israël à la victoire. Il mène deuil aussi sur Jonathan et,
quelque coupable que fût le peuple de Dieu, il ne s’en sépare pas, comme s’il
n’en faisait point partie, et pleure sur ses calamités.
Sérieuse leçon pour nous! Le
jugement est déjà prononcé, près de tomber sur cette chrétienté qui hait et
méprise et souvent persécute les vrais témoins de Christ. Avons-nous envers elle
et ses conducteurs les vrais sentiments de David? Menons-nous deuil, au lieu de
nous réjouir, déchirant nos vêtements, au lieu de la condamner? La pensée que
Satan trouve son compte à l’anéantissement de ce qui porte le nom de Christ, ou
fait profession de lui appartenir, remplit-elle nos cœurs d’affliction? Il
devrait toujours en être ainsi: ces larmes sur la ruine, cette grâce, cette
pitié pour ceux qui sont égarés, parlent plus au cœur des brebis du Seigneur
mêlées à cet état de choses, que les plus justes critiques, et leur ouvre les
yeux sur la nécessité de chercher leur refuge auprès du Berger d’Israël, quand
déjà l’épée est levée pour détruire.
Le porteur de nouvelles assiste
silencieux à ce spectacle d’affliction, sans en comprendre le sens et sans se
douter du sort suspendu sur sa tête. C’est seulement alors que David lui adresse
sa dernière question: «D’où es-tu?» Lorsque Satan
qui sait se déguiser en ange de lumière, cherche à nous tenter, obligeons-le à
nous répondre sur ses origines, à nous donner son vrai nom. Si nous sommes avec
Dieu, il se trahira toujours à la fin. Déjà le nom de son peuple avait échappé à
ce menteur, quand il rapportait l’entretien supposé avec Saül, lui qui,
probablement, n’était venu à Guilboa que pour dépouiller les morts. Maintenant
il ne pourrait se contredire. «Je suis fils d’un homme étranger, d’un Amalékite»
(v. 13). «Comment n’as-tu pas craint», dit David, «d’étendre ta main pour tuer
l’oint de l’Éternel?... Ta bouche a témoigné contre toi» (v. 14-16). Non, il ne
peut y avoir rien de commun entre David et Amalek, et jamais David ne recevra la
couronne de sa main. Si nos cœurs peuvent être pleins de miséricorde quand il
s’agit des nécessités, des tribulations du peuple de Dieu infidèle et de ceux
qui, rejetés comme Saül, ont néanmoins porté son témoignage, ils doivent être
sans merci pour les instruments envoyés par Satan en vue de nous tenter; ils
doivent, sans aucune hésitation, appeler le mal, mal, et l’ennemi un ennemi.
V. 17-27 — Le
chant de l’Arc
«David prononça cette complainte
sur Saül et sur Jonathan». Il y exprime sa douleur sur le désastre des chefs
d’Israël et de leur armée, mais ce chant de l’Arc doit être appris par les fils
de Juda (v. 18). Il est un enseignement pour eux.
Témoins du désastre d’Israël, ils devaient savoir comment l’éviter eux-mêmes à
l’avenir. Saül avait été vaincu par les archers (1 Sam. 31:3), quand lui-même
était privé de cette arme. Nous apprenons en effet par 1 Chron. 12:1-7, qu’avant
la défaite de Saül le corps des archers, appartenant à la tribu de Benjamin et,
en grande partie, à la famille du fils de Kis, s’était rallié à David et l’avait
rejoint à Tsiklag. De là cette «très grande peur» de Saül devant les archers.
Ce chant de l’Arc a un refrain
poignant: «Comment les hommes forts sont-ils tombés?» (1:19). «Comment les
hommes forts sont-ils tombés au milieu de la bataille?» (v. 25). «Comment sont
tombés les hommes forts, et sont péris les instruments de guerre!» (v. 27). Que
leur avait-il donc manqué? L’arc par lequel aussi Saül avait été vaincu!
Partout, dans l’Écriture, l’arc
est l’emblème de la force pour vaincre l’ennemi.
Avec l’épée, on l’attaque corps à corps; avec l’arc, on le combat à distance, en
s’opposant à son approche. L’archer voit venir l’ennemi de loin, se rend compte
de ses mouvements et de ses desseins et le couche à terre avant qu’il ait
attaqué. L’arc est une arme plus intelligente que l’épée, mais elle est
avant tout le symbole de la force, car il faut des
mains et des bras puissants pour le bander et s’en servir.
Les hommes forts d’Israël, Saül en
tête, avaient rencontré l’arc d’un ennemi qui était plus fort qu’eux. L’erreur
qui les avait conduits à la ruine était d’avoir estimé leur force suffisante.
Mais la force ne va pas sans la dépendance, car elle
n’est pas en nous-mêmes, mais en Celui qui la possède infaillible pour nous.
Jésus Christ homme en est l’exemple. Il n’a voulu chercher sa force qu’en Dieu
et n’aurait pas été l’homme parfait sans cela. Percé par les archers (Gen.
49:23, 24), sa force ne l’a pas abandonné. Lorsqu’en apparence sa faiblesse
succombait sous la puissance de l’ennemi, son arc était demeuré ferme, sa force
en son entier. Elle n’existait que dans la dépendance:
Les bras de ses mains étaient souples «par les mains du
Puissant de Jacob».
Dans sa vie,
n’avait-il pas déjà manifesté la
puissance de Dieu par une dépendance complète de Lui? Tous ses actes en
faisaient foi. C’est ainsi qu’au tombeau de Lazare, montrant sa force par la
résurrection d’un mort, il ajoute: «Père, je te rends grâces de ce que tu m’as
entendu» (Jean 11:41).
Dans sa mort,
quoique crucifié en faiblesse, il
fut néanmoins la puissance de Dieu. Devant la croix,
toute la force de l’homme et de Satan furent réduites à néant. Par la mort, il a
vaincu celui qui avait la puissance de la mort. C’est là surtout que son arc est
demeuré ferme, que les bras de ses mains furent souples par les mains du
Puissant de Jacob.
Sa résurrection
est la démonstration publique de
cette puissance de Dieu, dans laquelle il se confiait. Dieu l’a déclaré Fils de
Dieu, en puissance, en le ressuscitant d’entre les morts. Il avait le pouvoir de
reprendre sa vie, comme de la laisser, mais, même pour sa résurrection, son âme
dépendante s’attendait à la puissance de Dieu: «Tu
n’abandonneras pas mon âme au shéol, tu ne
permettras pas que ton Saint voie la corruption» (Ps. 16:10). «Tu
m’as répondu d’entre les cornes des buffles» (Ps. 22:21). «Il
m’a fait monter hors du puits de la destruction, hors d’un bourbier fangeux; et
il a mis mes pieds sur un roc» (Ps. 40:2). Il a été
«ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père»
(Rom. 6:4). «L’excellente grandeur» de la puissance de
Dieu... a été «opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les
morts» (Éph. 1:19, 20).
Ce n’est pas tout. Son arc
demeurera ferme, sa force en son entier, à toujours.
Quand le Fils de l’homme viendra pour juger les peuples, l’arc d’airain qui
atteindra les pécheurs sera dans sa main. Là encore, ce sera son Dieu qui le
ceindra de force, qui enseignera ses mains à combattre (Ps. 18:32, 34). C’est
dans cette dépendance qu’il transpercera ses ennemis, sans qu’ils puissent se
relever (v. 38). Ses flèches seront aiguës et atteindront le cœur des ennemis du
roi (Ps. 45:5).
Oui, son arc demeure ferme et les
bras de ses mains sont souples par les mains du Puissant de Jacob, jusqu’à ce
qu’il vienne s’asseoir à toujours sur le trône de sa puissance.
L’homme peut avoir un arc, mais,
entre ses mains, il fait défaut au moment de s’en servir. «Les fils d’Éphraïm,
armés et tirant de l’arc, ont tourné le dos le jour du combat» (Ps. 78:9), et
quant aux ennemis du Seigneur, «l’arc des puissants est brisé» (1 Sam. 2:4; Ps.
46:9; Jér. 49:35; Osée 1:5; 2:18).
Quant à nous, chrétiens, notre arc
peut rester en son entier à condition que nous mettions notre confiance en Dieu
qui nous communique sa force. «Va avec cette force que tu as», dit l’Éternel à
Gédéon (Juges 6:14), et l’apôtre lui-même faisait l’expérience que, quand il
était faible, alors il était fort (2 Cor. 12:10). Rien
n’est plus faible qu’un chrétien qui a abandonné Christ comme sa force.
Sachons donc nous servir de notre arc et, semblables à Christ, les bras de nos
mains seront souples par les mains du Puissant de Jacob. Apprenons le chant de
l’arc, en nous exerçant à le bander, à y ajuster la flèche pour atteindre le
but. Plus nous nous en servirons, plus nous deviendrons forts contre l’ennemi.
Les archers de Benjamin qui s’étaient réfugiés auprès du fils d’Isaï, fidèles de
la onzième heure, peu avant la défaite d’Israël, montraient par là qu’ils ne se
confiaient pas en leur arc, avec Saül pour maître, mais dans la force de David
méprisé. Faisons comme eux; entourons le roi rejeté. Ne gémissons pas sur notre
faiblesse, comme si elle était sans ressource; ce ne serait ni la foi, ni la
confiance en Christ. Comptons, avec une très humble dépendance, sur sa force qui
affermira nos mains, afin de combattre pour Lui, jusqu’au jour où, la lutte
terminée, nous entrerons dans son repos éternel.
La complainte de David est
l’expression touchante des affections de cet homme
de Dieu. Un cœur rempli d’amour n’a pas de place pour le ressentiment et les
griefs. S’il avait autrefois gémi sous les accusations injustes de la haine, il
a maintenant tout oublié. Pas un mot de reproche contre celui dont les os
reposaient sous le tamarisc de Jabès. Mais oublier n’est pas assez pour ce cœur
admirable; il aime à se souvenir; il se rappelle que Saül a été l’oint de
l’Éternel, le porteur de son témoignage, qu’il a conduit son peuple à la
victoire; il reconnaît les dons naturels qui le rendaient aimable pendant sa vie
et attiraient sur lui l’amour d’Israël; il le voit revêtant magnifiquement les
filles de son peuple. Son chant exprime le respect et la douleur au sujet de
celui qui l’avait toujours haï et persécuté. S’agit-il d’Israël, qu’en un jour
de faiblesse il avait pensé combattre en se joignant aux Philistins, David
s’identifie maintenant avec lui et pleure avec ses larmes. La joie peut être la
part des filles des incirconcis, David ne la partagera jamais. Que les montagnes
de Guilboa, témoins de la défaite du peuple de Dieu, soient maudites!
Son angoisse au sujet de Jonathan
est sans bornes. Ah! comme le cœur tendre du fils d’Isaï estimait l’affection de
son ami! «Je suis dans l’angoisse à cause de toi, Jonathan, mon frère! Tu étais
pour moi plein de charmes; ton amour pour moi était merveilleux, plus grand que
l’amour des femmes» (v. 26) affection entièrement désintéressée, ce que serait
difficilement celle d’un autre sexe. En effet, Jonathan s’était dépouillé de ses
dignités et de sa gloire et de l’arc de sa force, pour en parer David, au jour
de sa victoire sur Goliath, puis, avec toute la chaleur de ses convictions, il
avait plaidé la cause de son ami; enfin, son admiration pour le fils d’Isaï
n’avait pas diminué dans l’opprobre et l’exil où il l’avait visité, sans avoir,
il est vrai, le courage de l’y suivre. Sur ce dernier point, David ne dit pas un
mot. Il couvre la mémoire de son ami d’une ineffable tendresse. Il ne parle pas
de son amour à lui, mais il le prouve en exaltant l’amour de Jonathan.
Oh! comme toutes ces paroles ont
la saveur et le parfum du cœur de Christ! Seulement David avait dû être formé
par la discipline à de pareilles effusions; le cœur de Christ n’en avait nul
besoin. Sa vie tout entière n’est qu’amour et grâce. «Je vous ai appelés amis»,
dit-il à ceux qui étaient sur le point, soit de le renier, soit de fuir en le
laissant seul. «Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations»,
dit-il (Luc 22:28) à ceux qui, peu de temps après, ne pouvaient pas même veiller
une heure avec Lui! Prenons exemple sur ce modèle parfait!