Second
Livre des Rois
Chapitres 6 (v. 24) à 7
Le siège
de Samarie
Jamais l’ennemi du peuple de Dieu
ne se tient pour battu. Si les bandes syriennes, convaincues de la puissance du
Dieu d’Israël, cessent de faire leurs incursions dans le pays, Ben-Hadad, en revanche, rassemble toute son armée pour assiéger Samarie, et ce siège amène à sa
suite une grande famine. Telles sont les conséquences du péché d’Israël.
L’ennemi, sans le savoir, était envoyé de Dieu en jugement contre ce peuple,
mais il est en même temps l’image du prince de la mort, auquel l’homme pécheur
ne peut échapper. La famine est la conséquence de la présence de l’ennemi qui,
certes, ne songera jamais à nourrir ceux qu’il opprime. Elle est comme une autre
forme de la mort qui pèse sur ce peuple coupable. Dans tout ce chapitre, c’est
donc la mort qui domine, sort terrible et inévitable, mérité par l’homme
pécheur. Mais Dieu a des ressources contre la mort même; il le fait proclamer
par le prophète et, s’il annonce qu’il supprimera la famine, nous verrons que
c’est en supprimant l’ennemi, instrument de son jugement. Cela nous introduit
dans le domaine de la grâce et de l’Évangile.
Après ce court résumé, examinons
en détail le contenu de cet intéressant chapitre.
Samarie était la capitale et le
centre d’un monde religieux, qui gardait encore l’apparence de conserver le
culte de l’Éternel, mais qui l’avait corrompu. Ce monde-là, nous le retrouvons
de nos jours sous une autre forme, et c’est précisément à cause de sa prétention
religieuse qu’il est l’objet du jugement de Dieu. Tous les sacrifices étaient
tolérés à Samarie, et la famine, au lieu de faire rentrer en eux-mêmes le peuple
et son roi, ne servait qu’à faire ressortir l’épouvantable égoïsme du cœur des
hommes qui, pour éviter de mourir de faim, sacrifiaient même leurs enfants, au
lieu de se sacrifier pour eux. Si de telles choses pouvaient se rencontrer dans
ce milieu, ce n’est pas que les dehors religieux en fussent bannis. Le roi même,
portait en signe de deuil et de mortification, probablement dans l’espoir
d’écarter le danger, «un sac sur sa chair», mais sans que sa conscience fût
atteinte ou son cœur changé. Nous voyons les mêmes faits se produire dans la
chrétienté, quand les nations sont frappées de calamités publiques.
Le roi se mortifiait au moment
même où, rempli de haine, il cherchait la vie du prophète de l’Éternel. «Et le
roi dit: Ainsi Dieu me fasse, et ainsi il y ajoute, si la tête d’Élisée, fils de
Shaphath, demeure sur lui aujourd’hui!» (v. 31). Lui qui était obligé de dire à
la femme en détresse: «Si l’Éternel ne te sauve pas, comment te sauverais-je?»
et qui déchirait ses vêtements devant l’horrible réalité, rejette avec violence
le seul homme par lequel un moyen de salut lui est offert. Comment avait-il donc
oublié que le prophète lui avait sauvé la vie «non pas une fois, ni deux fois»,
et que l’Éternel, avec une patience sans bornes, lui avait tendu une main
secourable? Tout cela était non avenu pour lui, parce que la seule chose qu’il
ne voulût pas admettre, et précisément la seule importante, était que ses péchés
lui avaient mérité le jugement et la mort.
Pendant que ces choses se passent,
le prophète est assis dans sa maison, s’entretenant en paix avec les anciens;
mais, comme «voyant», il n’a pas besoin que Dieu lui ouvre les yeux pour
connaître les intentions de l’homme, ou réaliser la protection de Dieu. Fidèle à
son serment, le roi envoie un messager avec l’ordre de décapiter Élisée et,
altéré de vengeance, suit sur ses talons l’exécuteur de sa sentence. Avant qu’il
arrive, le prophète l’a vu: «Voyez-vous que ce fils d’un meurtrier (Achab)
envoie pour m’ôter la tête?» L’homme, trouvant la porte barricadée, ne peut
accomplir sa mission et retourne auprès de son maître. Déjoué dans ses desseins,
le roi dit: Je renonce à me confier en Dieu! «Voici, ce mal est de par
l’Éternel; pourquoi m’attendrais-je encore à l’Éternel?» (v. 33). Combien de
fois l’homme, dans son état de révolte contre Dieu, raisonne comme Joram!
Puisque Dieu ne m’accorde pas ce que je désire, ne me donne pas la guérison d’un
être cher, ne me sort pas de mes difficultés matérielles, je me débarrasse de
mes obligations envers lui; il n’existe plus pour moi! Ah! c’est que, pas plus
que Joram, le cœur des hommes ne veut remonter à la racine de notre mal qui est
le péché et admettre ses conséquences. Il ne veut pas se repentir; son orgueil
refuse de se mettre à la merci de son juge, en reconnaissant qu’il a raison de
le condamner. Les appels même de Dieu lui fournissent une nouvelle occasion de
s’endurcir.
Comment Dieu répondra-t-il à tant
de méchanceté et de révolte?... Il fait annoncer sa grâce par l’homme même dont
le roi cherche la vie! «Et Élisée dit: Écoutez la parole de l’Éternel...: Demain
à cette heure-ci, la mesure de fleur de farine sera à un sicle, et les deux
mesures d’orge à un sicle, à la porte de Samarie» (7:1). Oui, Dieu proclame pour
le jour qui va suivre qu’il donnera l’abondance et rassasiera les pauvres
affamés, alors même que leur péché fût la cause de la famine.
À la proclamation de cette bonne
nouvelle, un des assistants se moque de Dieu. «Et le capitaine, sur la main
duquel le roi s’appuyait, répondit à l’homme de Dieu, et dit: Voici, quand
l’Éternel ferait des fenêtres aux cieux, cela arriverait-il?» (v. 2). Le roi
était incrédule à ce message, cela se voit dans la suite (v. 12); il gardait
intactes dans son cœur sa haine et sa révolte, et cependant son état était moins
terrible que celui de ce moqueur, quand la bonne nouvelle de la grâce de Dieu
est proclamée par son prophète. Ce dernier lui dit: «Voici, tu le verras de tes
yeux, mais tu n’en mangeras pas». Dieu supporte tous les pécheurs avec une
immense patience, mais ceux qui se moquent de lui et de sa Parole sont
irrémédiablement perdus. Nous verrons à la fin du chapitre que cet homme est le
seul qui, dans une scène de délivrance et d’abondance, soit retranché sans y
avoir aucune part.
Le caractère des moqueurs n’est
pas, de nos jours, aussi rare qu’on le pense; on peut dire, au contraire, qu’il
caractérise les temps où nous vivons. Pierre dit: «Sachant tout d’abord ceci,
qu’aux derniers jours des moqueurs viendront,
marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises et disant: Où est la
promesse de sa venue? car, depuis que les pères se sont endormis, toutes choses
demeurent au même état dès le commencement de la création. Car ils ignorent
volontairement ceci, que, par la parole de Dieu, des cieux subsistaient jadis,
et une terre tirée des eaux et subsistant au milieu des eaux, par lesquelles le
monde d’alors fut détruit, étant submergé par de l’eau. Mais les cieux et la
terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour
du jugement et de la destruction des hommes impies» (2 Pierre 3:3-7). Ne pensons
pas que les moqueurs soient des gens qui rient de toute piété. L’incrédulité
d’il y a un siècle et demi revêtait peut-être ce caractère, mais les temps sont
changés. Les moqueurs d’aujourd’hui étalent très
sérieusement leur incrédulité; ils raisonnent. La parole de Dieu est pour
eux nulle et non avenue, comme pour le capitaine de Joram, et n’ayant pas
confiance en elle, ils se confient en la stabilité des choses visibles, et
affirment qu’elle ne prendra jamais fin. Ils ignorent
volontairement — et c’est le caractère de leur moquerie — ce que Dieu
leur a révélé par sa Parole. Leur jugement est à la porte.
Et maintenant Dieu nous montre que
si l’homme ne veut pas de lui, non seulement il prépare, comme dans le chapitre
précédent, un grand festin à ses ennemis, mais qu’il prépare aussi des âmes en
vue de la jouissance de ce festin.
«Et il y avait à l’entrée de la
porte quatre hommes lépreux, et ils se dirent l’un à l’autre: Pourquoi
sommes-nous assis ici jusqu’à ce que nous mourions?» Ces quatre hommes étaient
souillés, car la lèpre est l’emblème du péché qui souille l’homme. Comme tels,
ils ne pouvaient demeurer avec le peuple; leur souillure les plaçait hors de la
porte de Samarie. Ils étaient, du même coup, comme tout lépreux, exclus de la
présence de Dieu. De plus, leur condition était telle, qu’ils ne pouvaient
l’ignorer; leur maladie offrait cette particularité qu’elle était dûment
constatée en Israël, qu’on ne pouvait la cacher à Dieu, ni aux autres, ni à
soi-même. Enfin, sinon par une intervention directe de Dieu, hors de toute
ressource humaine, elle conduisait fatalement à la mort.
Tel était donc l’état personnel de
ces quatre hommes, à l’entrée de la porte de Samarie. Ce qui le rendait plus
terrible, c’est que la mort les environnait de toute part. «Si nous disons:
Entrons dans la ville, la famine est dans la ville, et nous y mourrons; et si
nous restons assis ici, nous mourrons. Et maintenant, venez, et passons dans le
camp des Syriens: s’ils nous laissent vivre, nous vivrons; et s’ils nous font
mourir, nous mourrons» (v. 4). S’ils avaient pu rentrer en ville, ils y auraient
trouvé la famine et la mort. Rester où ils étaient, était sans contredit la
mort. Se rendre à l’ennemi, représentant du jugement de Dieu et qui en tenait
l’épée, n’était-ce pas encore la mort? Mais, de ce côté-là, du moins, il y avait
une lueur d’espoir. «S’ils nous laissent vivre, nous vivrons». Leur vie
dépendait de la bonne volonté de l’ennemi. Peut-être ne prononcerait-il pas la
sentence?...
Ne traversons-nous pas aujourd’hui
les mêmes circonstances? Le pécheur, convaincu de péché, ne peut trouver de
secours et de délivrance auprès du monde, même sous son aspect religieux. Il n’y
rencontre que la famine et la mort. Il ne peut rester dans son état actuel;
c’est encore la mort. Il a devant lui la menace du jugement de Dieu, et c’est la
mort, la mort terrible et fatale... mais peut-être le juge aura-t-il pitié de
lui... Qu’il aille donc se jeter aux pieds du juge! Qu’il aille; il apprendra
que ce Dieu juge est le Dieu d’amour, le Dieu Sauveur!
Mais notre récit ne va pas aussi
loin. Ces lépreux ne se lèvent pas pour rencontrer Dieu. Ils s’avancent,
incertains et craintifs, arrivent «au bout du camp des Syriens, et voici,
il n’y avait personne». Qu’était-il arrivé? «Le
Seigneur avait fait entendre dans le camp des Syriens un bruit de chars et un
bruit de chevaux, le bruit
d’une grande armée» et, croyant à une attaque des alliés d’Israël, ils s’étaient
enfuis, abandonnant tentes, ânes et chevaux, et le camp tel quel, pour sauver
leur vie.
L’ennemi lui-même, instrument du
jugement de Dieu, avait disparu. Le jugement était tombé sur lui.
Il n’y avait plus de jugement. Comment cela avait-il
pu se faire? Un bruit de grande armée s’était fait entendre, mais ce n’était
qu’un bruit, chose en réalité faible et insignifiante, nullement comparable aux
chevaux et aux chars de feu de Dothan, mais, chose des plus puissantes, parce
qu’elle provenait du Seigneur lui-même. Lui était
dans ce bruit, et cela suffit pour anéantir toute la puissance de Ben-Hadad.
Pour nous, cher lecteur chrétien,
ce bruit s’est fait entendre à la croix, où le Fils de Dieu eut à faire à toute
la puissance du prince de la mort et de son armée. Il l’a vaincu par ses propres
armes, mais sans aucun déploiement de forces. Dans la mort d’un seul homme,
crucifié en faiblesse, se trouvait la puissance de Dieu pour vaincre, anéantir,
annuler cet ennemi terrible. Telle a été la mort de Christ. Satan tenait l’homme
captif sous la crainte de la mort, et il a été vaincu par ses propres armes,
comme la tête de Goliath fut tranchée jadis par le faible David avec l’épée même
du géant.
La mort était vaincue, le jugement
annulé pour ces quatre lépreux. Ils allaient, tremblants, au-devant de ces
choses; ils trouvent à leur place la vie, une abondance de biens et de
richesses, et de quoi assouvir leur faim, toutes les dépouilles de l’ennemi,
sans qu’il leur en coûte rien. Ils récoltent le
fruit de la victoire qui pour nous est celle du Seigneur. La paix est dans le
camp; personne ne s’oppose à eux; ils sont rassasiés, découvrent des trésors
qu’ils s’approprient. Mais peuvent-ils se taire et les garder pour eux? Non, la
joie du salut est communicative; ces hommes deviennent pour d’autres des
messagers de bonnes nouvelles. «Ce jour est un jour de bonnes nouvelles, et nous
nous taisons».
Ce qui caractérise ce chapitre, ce
n’est pas un Dieu qui ôte la souillure du péché, sinon ces lépreux, comme
Naaman, ne seraient pas restés ce qu’ils étaient; mais un Dieu qui ôte le
jugement dans la personne de l’ennemi et détruit en même temps la puissance de
la mort, afin que de pauvres êtres souillés puissent vivre et jouir des
bénédictions dont ils étaient privés.
Remarquons encore un des
caractères de l’Évangile, dans ce récit. Quand Élisée annonce pour «demain» que
la famine aura cessé, il dit: «Écoutez» (v. 1). Cette parole s’adresse
indistinctement à tous: peuple, roi, capitaine moqueur, comme la semence du
semeur tombe indifféremment sur chaque terrain. Il en est de même de la victoire
remportée. Tous y sont invités; ses résultats sont offerts indistinctement à
tous. Le peuple, la ville tout entière, le roi et ses serviteurs, sont conviés
au festin. Ce fameux «demain», annoncé par le prophète, s’est changé en un
«aujourd’hui». Tous viennent, se repaissent et s’enrichissent, mais sont loin de
partager la joie des lépreux. Ceux-ci, en présence des merveilles de leur salut,
ne peuvent rester muets; il faut qu’ils parlent: «Nous nous taisons». On voit
comment le roi et ses serviteurs reçoivent l’annonce de la délivrance (v.
12-15). Pour eux, ce salut qui ne leur coûte rien, cache un piège. Faisons au
moins, disent-ils, quelque chose de notre côté, et ils se mettent à poursuivre
l’ennemi avec deux chars et cinq chevaux fourbus! Tout ce qu’ils peuvent faire,
c’est de retarder l’heure de la délivrance, en cherchant à constater ce que la
foi des lépreux avait saisi avant leur enquête. Leur pensée, en présence de la
bonne nouvelle, est pure incrédulité. Le roi dit: «Je veux vous dire ce que les
Syriens nous ont fait: ils savent que nous avons faim, et ils sont sortis du
camp pour se cacher dans les champs, disant: Ils sortiront hors de la ville, et
nous les prendrons vivants, et nous entrerons dans la ville» (v. 12). Puis, sur
la proposition d’un de ses serviteurs, il ajoute: «Allez et voyez». La vue, pour
eux, remplace la foi, et, s’ils ont part comme les autres aux résultats de la
délivrance, la vue ne les sauve pas; elle n’a jamais sauvé personne. Le
capitaine en est un exemple effrayant. Le prophète lui avait dit: «Voici, tu le
verras de tes yeux, mais tu n’en mangeras pas» (v. 19). «Et il lui en arriva
ainsi: le peuple le foula aux pieds dans la porte, et il
mourut». La vue fut pour lui le prélude
immédiat de la mort!