Second
Livre des Rois
Chapitre
5
Naaman
La scène change. Pendant
l’apostasie de la nation, Élisée s’occupe des gentils et devient le moyen de
leur salut et de leur purification. Si le chapitre 2 est comme le résumé typique
de toute l’histoire future d’Israël, ne perdons jamais de vue que les récits
subséquents, si pleins d’actualité pour nos cœurs et nos consciences, sont en
même temps des «écrits prophétiques», dont l’application typique ne peut être
négligée. À un moment donné, quand l’Esprit prophétique aura réuni autour du nom
du Messie, le résidu fidèle d’Israël, les nations, représentées ici par Naaman,
seront forcées de rechercher le peuple de Dieu qu’elles avaient opprimé. Elles
n’auront pas d’autre ressource que le Dieu d’Israël, pour être guéries de leur
lèpre et de leur souillure. Les croyants de la fin, ces captifs des nations,
comme la petite fille d’Israël, dont parle notre chapitre, leur montreront le
chemin de la guérison, les adresseront au prophète, aux oracles de Dieu donnés
au peuple, leur feront connaître l’Éternel, Dieu d’Israël, comme leur unique
moyen de salut. Cet immense événement prophétique nous est présenté sous l’image
d’un seul homme. Naaman, comme jadis, lors de la conquête de Canaan, une seule
femme, Rahab, était l’image de l’admission des gentils parmi le peuple de Dieu.
La raison en est que ce sujet n’est encore dévoilé qu’incidemment, et pour ainsi
dire mystérieusement, dans l’histoire du peuple d’Israël et de ses rois. Les
prophètes le développent plus tard en son entier. Pour le moment, il est
intercalé à sa place dans le récit de la carrière d’Élisée. Le rôle futur des
nations n’étant qu’indiqué ici, nous n’y insisterons pas davantage 1.
1
Indiquons aussi qu’en Luc 9:27, Naaman est un exemple de la grâce dépassant les
limites étroites d’Israël, ne reconnaissant plus les droits de l’ancien peuple
de l’Éternel, et agissant envers les gentils sur le pied de l’élection,
L’histoire de Naaman correspond donc aussi à nos bénédictions
actuelles.
Reprenons maintenant en détail ce
récit, si souvent commenté, si précieux pour présenter l’Évangile aux âmes, mais
où nous nous appliquerons à faire ressortir les vérités qui nous ont frappés
personnellement.
«Naaman, chef de l’armée du roi de
Syrie, était un grand homme devant son seigneur, et considéré, car par lui
l’Éternel avait délivré les Syriens; et cet homme était fort et vaillant, mais
lépreux». Naaman était un héros selon le monde; ses grandes qualités lui avaient
acquis un nom parmi les hommes. Ceux-ci dressent des statues aux hommes qui les
dépassent. Il était en haute estime auprès de son roi et jouissait de la
considération de son peuple. Sa vaillance et sa force étaient connues de tous;
bien plus, il avait été un instrument providentiel entre les mains de l’Éternel,
comme libérateur de sa nation. Que lui manquait-il? Rien, dirait le monde; tout,
répond le croyant. Les dons les plus remarquables de l’homme, la position la
plus élevée qu’il puisse atteindre, les avantages les plus grands auxquels il
puisse prétendre, sont gâtés, annulés par une seule chose, le péché. Cet homme
était lépreux; sa personne portait une souillure manifeste. À quoi lui servaient
les insignes de sa dignité, toute la gloire extérieure de sa puissance, sinon à
faire ressortir l’abjection dans laquelle sa maladie l’avait plongé? Des
vêtements somptueux sur un cadavre mettent en relief la corruption qu’ils
recouvrent. Pouvait-il avoir un moment de vraie satisfaction avec la lèpre qui
rongeait ses chairs et le vouait, en fin de compte, à une mort certaine? Heureux
ceux qui, comme Naaman, ont conscience de leur état devant Dieu! Trop souvent
les hommes se contentent de se cacher à eux-mêmes et aux autres, en couvrant
leur souillure de vains oripeaux, et vont ainsi, fermant les yeux sur leur état,
au-devant d’un sort inexorable.
Quel contraste entre la petite
fille d’Israël (v. 2) et cet homme! Pauvre être insignifiant aux yeux du monde,
séparée de ses appuis naturels et de toutes les bénédictions appartenant au
peuple de Dieu, captive et esclave de la femme de Naaman, se tenant, dans cette
humble position, devant sa maîtresse, tandis que lui pouvait lever la tête avec
orgueil devant son roi! Qu’avait donc cette enfant? Le monde dit: Rien; le
croyant répond: Tout! Elle connaissait le prophète et la puissance de la parole
de Dieu dont il était la bouche. «Oh», dit-elle, «si mon seigneur était
devant le prophète qui est à Samarie!» Se
plaint-elle de son sort? Elle n’y pense même pas, possédant un trésor que son
bonheur est de pouvoir communiquer. Sa foi ne connaît aucune incertitude, et
c’est toujours le caractère de la foi. Que Naaman puisse être mis en contact
avec le prophète, elle sait «qu’il le délivrera de
sa lèpre». Cette enfant est une vraie évangéliste. L’évangéliste ne peut sauver
un pécheur, mais il peut lui montrer le chemin du salut; il s’intéresse à son
sort, et l’amour est son mobile pour agir. Il n’a pas d’yeux pour lui-même,
quelque méprisables que puissent être ses propres circonstances, mais, possédant
un bonheur qu’il met au-dessus de tout, il comprend la misère des autres et leur
offre avec une entière conviction ce qui peut les rendre heureux. «Plût à Dieu»,
disait l’apôtre au roi Agrippa, «que tu devinsses de toute manière tel que je
suis, hormis ces liens».
Bien plus encore que cette petite
fille dont il se servait, Dieu lui-même s’intéressait à Naaman. Ne l’avait-il
pas employé à son insu (v. 1), pour accomplir ses desseins? Seulement jusqu’ici
Naaman ne connaissait pas Dieu, il avait donc tout à apprendre. Mais les paroles
de l’enfant trouvent un écho dans son cœur, répondent à sa misère secrète,
éveillent un désir dont peut-être il se rendait compte à peine, tout en
n’ignorant pas son état. Sa première pensée est de s’adresser à son seigneur qui
saura peut-être lui ouvrir le chemin de la délivrance.
«Va», dit le roi de Syrie, «et
j’enverrai une lettre au roi d’Israël». Le monarque, complètement étranger aux
ressources divines, veut traiter de roi à roi le salut de son serviteur; exemple
frappant de l’inintelligence du monde. Il ne lui vient pas même à la pensée que
Dieu puisse faire quelque chose; comme il est sans Dieu dans le monde, sa seule
ressource est l’homme. La lettre qu’il écrit au roi d’Israël en fait foi.
«Voici, je t’ai envoyé Naaman, mon serviteur, afin que tu
le délivres de sa lèpre» (v. 6).
Naaman lui-même ignore
complètement le moyen par lequel il peut être guéri: «Il alla, et prit en sa
main dix talents d’argent, et six mille pièces d’or, et dix vêtements de
rechange». Tout cela n’a rien qui doive étonner, venant d’un gentil idolâtre,
mais que dire du roi d’Israël, aussi étranger que ceux des nations aux
ressources qui sont à sa portée dans son royaume? Joram, comme nous l’avons vu,
possédait une espèce de religion nationale qui, sans être le culte de Baal, ne
valait guère mieux. La religion du vrai Dieu n’avait pas plus de prise sur sa
conscience, qu’elle n’en avait sur son collègue de Syrie. Élisée n’avait pas
égard à lui, et le lui avait fait savoir dans une occasion précédente (3:14).
Joram lit la lettre, déchire ses vêtements, et s’écrie: «Suis-je Dieu, pour
faire mourir et pour faire vivre, que celui-ci envoie vers moi pour délivrer un
homme de sa lèpre?» Dieu a la main en cela et met le témoignage dans la bouche
de ce roi impie, que Celui qui fait mourir et vivre, Dieu
seul peut accomplir une telle œuvre. Que peut l’homme, en effet, contre
la puissance de la mort, ou pour donner la vie? La preuve que l’Éternel
possédait ces deux pouvoirs avait été déjà livrée au milieu d’Israël; la
Sunamite avait appris à le connaître sous ces deux caractères, par le moyen du
grand prophète Élisée. Il en est de même aujourd’hui. Ce monde a été le théâtre
d’une puissance qui abolit la mort, conséquence du péché, et communique une vie
de résurrection par l’homme envoyé du ciel à cet effet.
Pas plus que le roi de Syrie, le
pauvre roi d’Israël ne sait adresser Naaman au prophète qui a fait de si grandes
choses dans son propre pays. Une petite fille esclave en savait beaucoup plus
que lui; elle s’intéressait à Naaman, ce que Joram ne pouvait faire;
sympathisant à son misérable état, auquel le roi était indifférent, elle
connaissait la ressource, ignorée du roi qui l’avait cependant à sa portée.
Élisée apprend que le roi a
déchiré ses vêtements en signe de désespoir. C’est alors et pas avant, que Dieu
intervient, car, pour manifester sa gloire, il veut que l’impuissance de l’homme
soit bien constatée. «Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements? Qu’il vienne, je te
prie, vers moi, et il saura qu’il y a un prophète en Israël»; parole propre à
atteindre la conscience du roi en le condamnant. Savait-il à qui adresser
Naaman? Se doutait-il qu’il y eût un prophète en Israël, et n’était-il pas
responsable de cette ignorance? Sa profession sans vie l’exposait bien plus au
jugement de Dieu que l’ignorance d’un monarque idolâtre. Mais la parole du
prophète va à une autre adresse et donne la connaissance du vrai Dieu à un
malheureux qui l’ignore et y trouvera son salut. Elle condamne le roi d’Israël
et apporte la grâce à Naaman. «Il saura», dit
Élisée.
Ce grand homme ne sait rien
encore. Il vient au prophète «avec ses chevaux et avec son char», témoins de la
puissance de l’homme, et se tient «à l’entrée de la maison d’Élisée», attendant
de lui les signes d’une déférence à laquelle il a droit selon le monde. Mais ni
sa puissance, ni sa dignité, ni ses mérites, n’ont aucune valeur, s’il s’agit
d’entrer en rapport avec Dieu, et c’est la première leçon qu’il lui faut
apprendre.
«Et Élisée envoya vers lui un
messager, disant: Va, et lave-toi sept fois dans le Jourdain, et ta chair
redeviendra saine, et tu seras pur» (v. 10). Le prophète, au lieu de venir en
personne, lui envoie un message; il en est de même aujourd’hui de la Parole
écrite. Ce message est pleinement suffisant pour guérir la lèpre. La Parole,
étant la révélation de toutes les pensées de Dieu, contient mille autres choses
que ce message, mais celui-ci, adressé à l’homme pécheur, n’en contient qu’une
et des plus simples, le remède contre le péché, et il n’y en a pas d’autre. «Va,
et lave-toi sept fois dans le Jourdain». Cet ordre réduit à néant toutes les
pensées de Naaman. Il se met en colère, s’en va... peu s’en faut qu’il ne rentre
dans son pays aussi lépreux qu’il en était sorti. C’est qu’il pensait que le
prophète ferait de grandes choses pour le chef de l’armée de Syrie. «Il sortira
sans doute, et se tiendra là, et invoquera le nom de l’Éternel, son Dieu, et il
promènera sa main sur la place malade et délivrera le lépreux». Combien d’actes
successifs n’accomplirait-il pas, selon Naaman, pour arriver au résultat désiré!
Rien de semblable; le message est de la plus grande simplicité. Le prophète n’a
pas besoin de venir en personne; sa parole a la même valeur que lui, car elle
est la parole de Dieu. Bien plus, le remède n’est pas à trouver: il existe.
C’est le fleuve du pays de Canaan dont la vertu coule toujours sans
interruption, et qui est à la disposition d’un lépreux qui s’y plonge. Naaman
pensait: «Le prophète fera»; Élisée lui envoie dire:
«Dieu a fait». «Va, et lave-toi»: il ne fait appel
qu’à la foi. Naaman doit croire ce que Dieu lui dit... Est-ce parce que la chose
est compréhensible? Elle ne l’est pas. — Parce qu’elle est possible? pas
davantage, mais parce que Dieu l’a dite. Cela déroute toutes les idées de
l’homme quant au salut. N’en était-il pas de même quand Jésus disait à
l’aveugle-né: «Va, et te lave au réservoir de Siloé»?
Qu’est-ce donc que ce Jourdain,
dans lequel on est purifié et où l’on acquiert comme une nouvelle naissance?
Nous l’avons vu dans le cours de nos méditations, le Jourdain, c’est la mort,
mais la mort avec Christ, par laquelle il nous faut passer pour être délivrés du
péché. Il faut que toute la plénitude de cette mort (de là, se laver sept fois),
nous soit appliquée dans ce but; il nous faut y avoir trouvé la fin de
nous-mêmes, en sorte que nous puissions dire avec l’apôtre: «Je suis crucifié
avec Christ». Naaman désirait autre chose, mais si Dieu avait fait ce que
pensait Naaman, il aurait donné du crédit à un lépreux. Voici donc un salut pour
lequel dix talents d’argent, six mille pièces d’or, dix vêtements de rechange,
et toutes les dignités que pouvait porter ce grand capitaine, avaient moins de
valeur qu’une obole, un salut tout fait, auquel il ne fallait pour l’acquérir,
que l’obéissance de la foi!
La mort!... mais, dit Naaman, il y
a des rivières à Damas, l’Abana et le Parpar; ne sont-elles pas meilleures que
le Jourdain? Non, la mort qui ne coule pas dans le pays des promesses de Dieu,
est impuissante à purifier un pécheur. Bien loin d’être sa délivrance, elle
serait sa condamnation, car ce qui attend les hommes, c’est de mourir une fois
et après cela le jugement. Le Jourdain, lui, n’est pas l’image de cette mort-là,
mais de la mort de Christ, de notre mort portée par Lui pour nous en délivrer,
et que nous n’aurons jamais à subir. Et c’est aussi notre vie, car, comme nous
sommes unis avec Lui dans sa mort, nous le sommes aussi dans sa résurrection.
Il s’en est peu fallu, que le sort
de ce malheureux ne fût irrémédiablement fixé. L’Écriture nous dit deux fois
qu’il se tourna et s’en alla en colère. Mais Dieu qui a tout dirigé jusqu’ici,
veut le sauver; il emploie à cet effet l’exhortation
des serviteurs de Naaman. Leur parole est juste: Dieu pourrait nous ordonner de
faire de grandes choses, et si nous avons, comme Naaman, l’ardent désir d’être
délivrés, ne les ferions-nous pas? Pourquoi Dieu ne les ordonne-t-il point?
C’est qu’elles n’ont aucune valeur pour Lui. Il lui a plu de se faire connaître
par les, choses viles et méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler
celles qui sont. C’est la faiblesse de la croix, mais c’est la puissance de
Dieu!
Dès que, par la simple foi en la
parole divine, Naaman a éprouvé cette puissance, la reconnaissance l’amène
devant le prophète. Il est mis en rapport direct, non plus avec l’œuvre, mais
avec la personne qui l’a accomplie; il est amené à Dieu. «Voici», dit-il, «je
sais qu’il n’y a point de Dieu en toute la terre, sinon en Israël». Il connaît
Dieu, et, remarquons-le, il le connaît dans un temps et dans un milieu où tout
est ruiné du côté de l’homme. Tout avait changé dans l’histoire d’Israël, mais
Dieu ne change pas; sa puissance et ses ressources sont aussi intactes qu’aux
temps les plus prospères. La foi de Naaman reconnaît le Dieu d’Israël quand
Israël lui-même le méconnaît. Il s’approche et voudrait lui donner quelque
chose, lui offrir un présent. C’est le dévouement d’un cœur comprenant qu’il
doit tout au Dieu qui l’a délivré; mais, malgré ses instances, le prophète
refuse. Au commencement, Naaman voulait donner pour recevoir, maintenant il veut
donner parce qu’il a reçu, mais cela ne se peut; il doit apprendre que, lorsque
Dieu donne, c’est pour donner encore, car ses richesses sont inépuisables. Son
œuvre étant entièrement gratuite, il ne souffre rien qui ait même l’apparence de
lui attribuer un autre caractère. Naaman, éclairé par la foi, le comprend bien
vite. «Si cela ne se peut, qu’on donne, je te prie,
de cette terre à ton serviteur la charge de deux mulets. Car ton serviteur
n’offrira plus d’holocauste ni de sacrifice à d’autres dieux, mais seulement à
l’Éternel». Il demande une petite chose, mais d’une grande importance pour lui,
un don bien en accord avec celui qu’il avait reçu, car Dieu lui avait proposé
une petite chose qui lui avait procuré un grand salut! Ne pouvant rester en
Canaan, il désire emporter avec lui tout juste assez du pays de la promesse pour
y ériger l’autel des sacrifices et y établir le culte du vrai Dieu. Dans cette
«charge de deux mulets», il prend Canaan avec lui et y trouve une place pour le
culte et l’adoration, car le monde éloigné de Dieu ne lui offrirait pas la
moindre place où le vrai culte pût être rendu. Ainsi, Dieu sera avec lui comme
«un petit sanctuaire». Il en est de même aujourd’hui pour les enfants de Dieu
réunis à la table du Seigneur; quoique laissés dans le monde, ils peuvent
réaliser le ciel, leur Canaan, l’autel, le souvenir du sacrifice et le culte.
C’est là que Naaman pourra rendre enfin quelque chose à Dieu; c’est là que nous
offrons le fruit des lèvres qui bénissent son nom.
Naaman n’est cependant pas encore
délivré de toute question. «Quand mon seigneur entrera dans la maison de Rimmon
pour s’y prosterner, et qu’il s’appuiera sur ma main, et que je me prosternerai
dans la maison de Rimmon, que l’Éternel, je te prie, pardonne à ton serviteur en
ceci, quand je me prosternerai dans la maison de Rimmon!» La vie du croyant ne
peut être sans progrès ni travail de conscience; il sent à bon droit sa
faiblesse dans ses rapports avec le monde, et combien il pourrait y déshonorer
son Dieu par ses inconséquences et les difficultés de sa position. Nous ne
trouvons pas ici, sans doute, une grande foi, mais il y a intégrité de cœur chez
ce nouveau converti. Il lui faudra apprendre que les difficultés qu’il prévoit
n’existent pas pour Dieu et, quant à sa conduite, l’Éternel veillera sur lui,
lui fournissant journellement, pour chaque pas, la lumière nécessaire. C’est une
affaire de foi. Dieu ne nous instruit pas d’avance de chaque difficulté que nous
rencontrerons. Souvent ce qui nous paraissait un obstacle inévitable, s’évanouit
devant nous; à Dieu de diriger les circonstances, et il n’en est aucune que ne
puisse surmonter une foi simple et dépendante. «Va en paix», lui dit le
prophète. Ne te préoccupe pas, ne te laisse pas enlever ta joie par la pensée de
ce qui pourrait t’arriver. Dieu est puissant pour pourvoir à tout. L’important,
aujourd’hui, c’est de t’en aller en paix, sans une question entre toi et le Dieu
qui t’a sauvé. Laisse à demain sa tâche. Quelle sagesse divine, quel réconfort
pour l’âme, dans cette simple réponse: «Va en paix!»
À peine Naaman a-t-il reçu le
salut, la connaissance du vrai Dieu et la paix, que l’ennemi se met à l’œuvre
pour détruire ce que Dieu a édifié. L’instrument qu’il emploie est Guéhazi, le
serviteur même du prophète. Caractère haïssable! Cet homme n’avait donc rien
appris à l’école de son maître! L’exemple de ce dernier n’avait produit aucun
fruit dans son cœur! Il avait accompagné Élisée, comme celui-ci, autrefois,
Élie, lui rendant les mêmes services. Élisée avait trouvé, dans ce chemin de
dévouement et d’abnégation, la communion avec Dieu, la connaissance, la
puissance, la double mesure du Saint Esprit. Et Guéhazi? Cependant son maître
s’était servi de lui, comme d’un instrument pour la bénédiction de la Sunamite,
l’introduisant même dans l’intimité de son conseil, au sujet du bien qu’il
voulait faire à cette femme; il avait porté le bâton d’Élisée, avait été témoin
de la résurrection de l’enfant, avait préparé le repas des prophètes, avait
servi d’intermédiaire, comme plus tard les disciples de Jésus, pour nourrir le
peuple. Tout cela était oublié, par les mêmes motifs qui poussèrent Juda à
trahir le Seigneur. Les intérêts du monde, la cupidité, l’avarice, s’étaient
emparés de lui. Jusque-là, ayant à faire surtout aux pauvres, ses convoitises
n’avaient pas été sollicitées par la tentation des richesses, mais la vue de ce
haut personnage et des trésors qu’il offrait si libéralement, devint le point de
départ ou plutôt la manifestation des choses enfouies jusqu’à ce jour dans le
secret de son cœur. À toutes les bénédictions précédentes, à celles qui auraient
nécessairement suivi les premières, car Dieu ne manque jamais, quand nous sommes
fidèles, de nous accorder un surcroît de richesses spirituelles, à toutes ces
choses il préfère l’argent, la richesse, sans penser un moment que sa convoitise
attirera sur lui le jugement divin.
Mais là n’est pas encore le côté
le plus sérieux de sa conduite. Il risque de déshonorer, aux yeux de ce jeune
croyant encore inexpérimenté et tout à la joie de sa guérison, ainsi qu’aux yeux
de sa suite, le caractère du Dieu que le prophète représente. C’est là, tout
chrétien soucieux de la gloire de Christ le sentira profondément, le caractère
le plus odieux de l’acte de Guéhazi. Il compromet le serviteur de l’Éternel, et
compromet aussi la grâce gratuite de Dieu; il pourrait, s’il ne tenait qu’à lui,
ramener ce nouveau-né à la pensée légale de l’obligation, à un joug de
servitude, en lui ôtant la jouissance gratuite de son salut. Guéhazi préfère la
séduction des richesses au bien éternel d’une âme; il est de ceux qui mettent
une occasion de chute devant un de ces petits et dont il est dit: «Il serait
avantageux pour lui qu’on lui eût pendu au cou une meule d’âne et qu’il eût été
noyé dans les profondeurs de la mer». Songeons-nous assez, que la mondanité de
notre marche peut faire un mal irrémédiable aux petits enfants dans la foi?
Comme cette pensée devrait nous rendre attentifs à toute notre conduite!
«Voici, mon maître a épargné
Naaman, ce Syrien, en ne prenant pas de sa main ce qu’il avait apporté;
l’Éternel est vivant, si je ne cours après lui, et si je ne prends de lui
quelque chose!» Ce malheureux invoque l’Éternel, pour s’emparer des richesses,
avec les mêmes paroles que son maître avait employées (v. 16) pour les refuser.
Il ment pour s’approprier le bien d’autrui (v. 22). Mais si le doute aurait pu
s’élever dans le cœur de Naaman au sujet du désintéressement d’Élisée et du
caractère gratuit du don de Dieu, celui-ci montre qu’il a soin des petits
enfants, et le résultat désastreux ne se produit pas. La cupidité et le mensonge
de Guéhazi font au contraire ressortir la générosité de cet homme et son désir
de servir la famille de Dieu, les fils des prophètes. «Consens», dit-il à
Guéhazi, «à prendre deux talents» [90 kg?]. Guéhazi cache toute cette richesse;
c’est le résultat d’une mauvaise conscience engagée dans des voies tortueuses
que l’on cherche à dissimuler aux hommes, mais réussit-on à les cacher à Dieu?
Guéhazi entra et «se tint devant
son maître», comme Naaman s’était tenu devant Élisée (v. 15), comme Élisée
lui-même se tenait devant Dieu (v. 16). Audace inexplicable, s’il avait eu la
moindre conscience d’être connu et sondé par l’Éternel. Il n’avait pas senti ni
réalisé que de loin les yeux du prophète suivaient chacun de ses mouvements et
voyaient ses pensées. Bien plus, le cœur d’Élisée était allé, «quand l’homme
s’était retourné de dessus son char». Ce qui importait plus que tout le reste au
cœur de l’homme de Dieu, c’était le danger que courait l’âme de celui qui venait
de le quitter en paix. On peut en conclure que si son cœur était allé, c’est
qu’il avait supplié ardemment l’Éternel de préserver ce nouveau-né dans la foi.
Il avait été exaucé.
Et maintenant, se tournant vers
Guéhazi, il lui adresse ces paroles solennelles: «Est-ce le temps de prendre de
l’argent, et de prendre des vêtements, et des oliviers, et des vignes, et du
menu et du gros bétail, et des serviteurs et des servantes?..». Oui, était-ce le
temps, au milieu de la ruine d’Israël, quand déjà le jugement final était
suspendu sur le peuple; était-ce le temps, à la veille de la destruction de
cette nation, d’acquérir quelque chose pour soi? Était-ce donc le caractère que
devait revêtir un serviteur du Seigneur? Question solennelle qui s’adresse aussi
à nos consciences, car aujourd’hui la ruine de la chrétienté correspond au temps
de la ruine d’Israël. Si nous réalisons ce fait, quels hommes ne serons-nous pas
en sainte conduite, désintéressés comme Élisée, afin que la gratuité du don de
Dieu n’en soit pas diminuée et, comme lui, connaissant le temps, et n’acquérant
pas des avantages dans ce monde, parce que nous savons que la fin de toutes
choses est proche.
Le jugement de Guéhazi ne se fait
pas attendre: «La lèpre de Naaman s’attachera à toi et à ta semence pour
toujours» (v. 27). C’est la lèpre de Naaman! La souillure de la chair qui
caractérisait l’homme idolâtre, étranger à Dieu, est la même souillure dont
l’Éternel charge le serviteur infidèle du prophète. Il n’y a pas de différence
entre eux. L’horreur du péché n’est pas mitigée par le fait qu’on appartient au
peuple d’Israël, que l’on a une position de proximité et des relations spéciales
avec l’Éternel, tout en étant moralement éloigné de Lui. Il en est de même de la
profession chrétienne sans la vie. Au lieu de la bénir, Dieu la marque, pour
ainsi dire, de son exécration, et toute sa descendance en est souillée.