Second
Livre des Rois
Chapitres 23 (v. 31) à 25 — La ruine finale
Ch. 23
v. 31-35 — Joakhaz
Toute la faveur de Dieu sous le
règne de Josias, la bénédiction et la joie dont l’Éternel a rempli le cœur du
peuple, n’ont aucun résultat pour les successeurs de ce roi. Joakhaz, élu et
proclamé par le peuple, à la place de son père, «fit ce qui est mauvais aux yeux
de l’Éternel, selon tout ce que ses pères avaient fait» (v. 32). Il se relie,
non pas à Josias, mais à ses pères incrédules et idolâtres, et ne compte pas
dans la lignée de la foi. Il n’est pas possible d’avoir Josias ou Abraham pour
père, sans produire des fruits convenables à la repentance. Ici, la cognée était
mise à la racine de l’arbre, et la royauté allait traverser ses dernières
convulsions pour être enfin retranchée de Juda. Les mères issues du peuple de
Dieu sont désormais sans influence, soit qu’il n’y ait plus d’oreilles pour les
écouter, soit qu’elles participent elles-mêmes à la ruine. Hamutal, femme de
Josias et mère de Joakhaz, était fille de Jérémie de Libna et, apparemment, de
race sacerdotale (cf. Jos. 21:13). Son fils ne régna que trois mois, et trouva
cependant le temps de faire le mal et de contredire, par sa conduite envers
Dieu, ce que Josias avait établi. Le Pharaon Neco se venge sur lui de
l’opposition de Josias qui avait follement soutenu l’Assyrien en voulant
empêcher la marche de l’armée égyptienne. Lié de chaînes, Joakhaz est emmené en
Égypte et y meurt. Le Pharaon ne tient aucun compte de cette royauté établie par
le peuple. Jérémie prophétise sur lui: «Ne pleurez pas celui qui est mort, et ne
vous lamentez pas sur lui. Pleurez, pleurez celui qui s’en va, car il ne
reviendra plus, ni ne reverra plus le pays de sa naissance! Car ainsi dit
l’Éternel quant à Shallun (Joakhaz), fils de Josias, roi de Juda, qui régna à la
place de Josias, son père, et qui s’en est allé de ce lieu: Il n’y reviendra
plus; car il mourra dans le lieu où on l’a transporté, et ne verra plus ce pays»
(Jér. 22:10-12). Neco prend Éliakim, fils de Josias, et l’établit «à la place de
Josias, son père», changeant son nom en Jehoïakim.
Ce dernier devient serviteur et tributaire du roi d’Égypte, et donne au Pharaon
l’or et l’argent qu’il a recueilli des taxes (v. 35).
Ch. 23 (v.
36) à 24 (v. 7) — Jehoïakim
Même remarque pour sa mère que
pour celle de Joakhaz. Elle s’appelait Zebudda, fille de Pedaïa, de Ruma. Elle
appartenait (probablement) à l’une des villes de Juda. Jehoïakim, d’abord
tributaire du Pharaon, le devient ensuite de Nebucadnetsar, dont le règne
commence la quatrième année de Jehoïakim. Les avertissements de l’Éternel lui
sont prodigués par Jérémie (Jér. 22:13-19) et d’autres prophètes; ils ne sont
pas écoutés. Il met à mort Urie, le prophète qui prophétisait contre Jérusalem
et contre Juda, mais qui, manquant de foi en présence des desseins meurtriers du
roi, s’était enfui en Égypte (Jér. 26:20-23). Jérémie aussi court les mêmes
dangers, mais cet homme de Dieu s’appuie sur la parole de l’Éternel: «Voici, je
t’établis aujourd’hui comme une ville forte, et comme une colonne de fer, et
comme des murailles d’airain, contre tout le pays, contre les rois de Juda, ses
princes, ses sacrificateurs, et le peuple du pays. Et ils combattront contre
toi, mais ils ne prévaudront pas sur toi, car moi je suis avec toi, dit
l’Éternel, pour te délivrer» (Jér. 1:18-19. Voyez encore 6:27; 15:20-21).
L’Éternel veille sur lui, selon
cette parole. Lorsque, dans son incrédulité, le roi, après avoir lacéré avec un
canif et jeté au feu le rouleau de la prophétie de Jérémie, cherche encore à
saisir le prophète et son fidèle compagnon Baruch, il nous est dit que
«l’Éternel les cacha» (Jér. 36, spéc. 23:26).
Jérémie avait commencé à
prophétiser depuis la treizième année du fidèle Josias, alors que le peuple
jouissait encore de la prospérité que lui procurait la fidélité du roi, mais le
peuple n’avait pas écouté. Alors le prophète annonça la captivité de 70 ans sous
le joug de Babylone (25:11), puis le sort de toutes les nations, à la tête
desquelles il plaçait Jérusalem, l’assimilant aux peuples idolâtres, et
finalement le sort de Babylone elle-même (25:17-29). Cette énumération fait
comprendre ce que fut la monarchie universelle inaugurée par Babylone, quelque
courte qu’ait été la domination de cette dernière, en regard de la longue
domination assyrienne; mais jamais l’Assyrie ne forma un royaume compact, assis
et universellement reconnu, comme celui de Babylone.
Jehoïakim avait changé de maître.
Il lui en cuisit de se révolter contre Nebucadnetsar. Après que son pays eut été
en détail la proie de tous ses voisins (24:2), ce monarque monta contre lui et
le lia de chaînes d’airain pour le mener à Babylone (2 Chron. 36:6). Nous
apprenons par Jérémie quelle fut la parole prononcée par l’Éternel à son égard:
«C’est pourquoi, ainsi dit l’Éternel touchant Jehoïakim, roi de Juda: Il n’aura
personne qui s’asseye sur le trône de David, et son cadavre sera jeté dehors, de
jour à la chaleur, et de nuit à la gelée» (Jér. 36:30).
Tout cela «arriva par le
commandement de l’Éternel contre Juda, pour l’ôter de devant sa face, à cause
des péchés de Manassé, selon tout ce qu’il avait fait, et aussi à cause du sang
innocent qu’il avait versé, car il avait rempli Jérusalem de sang innocent; et
l’Éternel ne voulut pas lui pardonner» (24:3-4). Depuis Manassé, le décret
irrévocable était parti d’auprès de l’Éternel; il avait été suspendu sous Josias
et le serait resté sous ses successeurs, s’ils avaient voulu écouter (Jér.
25:1-11). Il y avait deux causes à ce jugement final: l’idolâtrie, et le sang
innocent, et Jehoïakim, comme Manassé, avait répandu ce dernier selon son
pouvoir, dans Jérusalem qui tuait ses prophètes et lapidait ceux qui lui étaient
envoyés.
Dès lors, le Pharaon ne sortit
plus de son pays (v. 7), l’empire de Babylone l’ayant privé de toutes ses
possessions, depuis le Nil jusqu’à l’Euphrate.
Ch. 24
(v. 7-17) — Jehoïakin (ou Jéconias, ou Conia)
Jehoïakin, autrement Conia,
continue dans la voie de son père. Sa mère était Nehushta, une fille de
Jérusalem. Il paraît de plus en plus évident que les mères de ces derniers rois
avaient elles-mêmes, comme leurs fils, oublié l’Éternel. Au temps de Conia, les
serviteurs de Nebucadnetsar font le siège de Jérusalem. Ce grand roi lui-même
vient ensuite y prendre part en personne. Jehoïakin se rend à lui. Il est emmené
captif à Babylone, ainsi que sa mère, selon la
prophétie de Jérémie: «Je suis vivant, dit l’Éternel, que quand même Conia, fils
de Jehoïakim, roi de Juda, serait un cachet à ma main droite, je t’arracherai de
là! Et je te livrerai en la main de ceux qui cherchent ta vie, et en la main de
ceux dont tu as peur, et en la main de Nebucadnetsar, roi de Babylone, et en la
main des Chaldéens. Et je te jetterai, toi et ta mère
qui t’a enfanté, dans un autre pays, où vous n’êtes pas nés; et là vous
mourrez. Et, dans le pays où ils désirent ardemment de retourner, ils ne
retourneront point. Cet homme, Conia, est-il un vase d’argile méprisé et mis en
pièces? un ustensile auquel on n’a point de plaisir? Pourquoi ont-ils été jetés
loin, lui et sa postérité, et lancés dans un pays qu’ils ne connaissent point?
Terre, terre, terre, écoute la parole de l’Éternel! Ainsi dit l’Éternel:
Inscrivez cet homme comme privé d’enfants, comme un homme qui ne prospérera pas
pendant ses jours; car, de sa semence, nul ne prospérera, assis sur le trône de
David, ou dominant encore en Juda» (Jér. 22:24-30).
Tous les trésors du roi et ceux du
temple sont emportés dans la capitale de la Chaldée, et tout le peuple, noble ou
valide, hommes de guerre, princes, artisans, emmené captif (v. 14-16).
Cette transportation effectuée,
Jérémie voit en vision deux paniers de figues posés devant le temple de
l’Éternel (Jér. 24), comme le seul endroit où l’état réel du peuple pût être
apprécié. Un de ces paniers était rempli, aux yeux de Dieu, de très bonnes
figues, comme celles de la première saison, l’autre de très mauvaises figues. Ce
que les hommes voyaient était exactement le contraire de ce que Dieu révélait à
Jérémie. Pour le monde, les bonnes figues étaient le peuple restant à Jérusalem
sous Sédécias, pour le cœur de Dieu, elles étaient les transportés de Juda. Leur
bonté dépendait de ce qu’ils avaient subi le jugement de Dieu dû à leur
iniquité. Ce même principe est vrai pour nous, seulement, grâce à Dieu, nous
avons subi le jugement dans la personne de Christ, condamné sur la croix, à
notre place. La sentence exécutée, Dieu pouvait regarder avec faveur ceux qui en
étaient les objets. «Je mettrai mes yeux sur eux pour leur bien, et je les ferai
retourner dans ce pays; et je les bâtirai, et je ne les renverserai pas, et je
les planterai, et je ne les arracherai pas» (Jér. 24:6); il pouvait les établir
à toujours en sa présence. Il faut être parfait pour cela, et c’était sous ce
caractère que le Seigneur voyait ce pauvre résidu captif. Il en est de même pour
nous: en vertu du jugement de Christ, Dieu nous voit parfaits en Lui, quelque
misérables que nous soyons en nous-mêmes.
L’Éternel annonce la restauration
du peuple: «Je les ferai retourner dans ce pays»; mais il proclame en même temps
qu’il leur donnera dans l’avenir une perfection morale devant lui, résultat
d’une nouvelle alliance où tout viendra de Lui. Lui seul en sera l’auteur; ce
sera une alliance de grâce, non de responsabilité. «Je leur donnerai un cœur
pour me connaître,... et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu; car
ils retourneront à moi de tout leur cœur» (v.7).
Les «figues mauvaises qu’on ne
peut manger, tant elles sont mauvaises» (v.8), et dont Dieu lui-même ne peut
rien faire, sont ceux qui, n’ayant pas subi le premier jugement sous Jehoïakin,
devront en subir un second, cette fois définitif. Tandis que Dieu déclarait que
tout était perdu, eux, se confiant en eux-mêmes, se vantaient d’être les
représentants du peuple de Dieu. Le pays d’Égypte, figure du monde, sous
l’empire de Satan, leur convenait fort bien. Au lieu d’accepter le jugement de
Dieu, ils se révoltaient contre lui, comme nous allons le voir dans l’histoire
de Sédécias.
Au milieu de la ruine, Dieu
ouvrait une porte d’espérance à son peuple, et c’est d’entre les transportés,
qu’au temps assigné, Dieu voulait susciter un résidu, noyau du futur Israël, sur
lequel régnera le roi de justice, l’oint de l’Éternel, après que tous les fils
de David eurent entièrement failli à leur responsabilité. Les paroles de Jérémie
sur la fin des désolations de Jérusalem, consolèrent et affermirent plus tard le
cœur de Daniel, quand la captivité de Babylone touchait à sa fin (Dan. 9:1-3).
Ces mêmes paroles de consolation pour le peuple de la transportation sous
Jehoïakin, nous les retrouvons en Ézéchiel: «Et la parole de l’Éternel vint à
moi, disant: Fils d’homme, tes frères, tes frères, les hommes de ta parenté, et
toute la maison d’Israël, eux tous, sont ceux auxquels les habitants de
Jérusalem disent: Éloignez-vous de l’Éternel, ce pays nous est donné en
possession. C’est pourquoi dis: Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel: Bien que je
les aie éloignés parmi les nations, et bien que je les aie dispersés par les
pays, toutefois je leur serai comme un petit sanctuaire, dans les pays où ils
sont venus. C’est pourquoi dis: Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel: Aussi je vous
rassemblerai d’entre les peuples, et je vous recueillerai des pays où vous êtes
dispersés, et je vous donnerai la terre d’Israël. Et là ils viendront, et ils en
ôteront toutes ses choses exécrables et toutes ses abominations. Et je leur
donnerai un seul cœur, et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau; et
j’ôterai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair,
— afin qu’ils marchent dans mes statuts, et qu’ils gardent mes ordonnances et
les pratiquent; et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu» (Ézéch.
11:14-20).
Mentionnons encore, au sujet de
Jehoïakin, un fait relaté par Jérémie (chap. 28), et qui se passa sous Sédécias.
Un prophète, comme il y en eut tant en cette période, Hanania, fils d’Azzur,
prophétisa devant Jérémie dans la maison de l’Éternel. Selon lui, au bout de
deux années, le joug du roi de Babylone, que Jérémie portait comme symbole sur
son cou devant tout le peuple, devait être brisé. Au bout de deux années, les
transportés de Juda (ils l’avaient été sous Jehoïakin) devaient être ramenés à
Jérusalem, et les vases sacrés restitués à la maison de l’Éternel. Là-dessus, il
brisa le joug porté par le prophète. Il faisait ce que faisaient les princes qui
donnaient conseil à ceux de la transportation de ne pas bâtir des maisons, à
l’encontre de ce que leur avait dit Jérémie (Ézéch. 11:3). La parole de
l’Éternel vient alors à Jérémie: Le joug de bois, que Hanania avait brisé,
allait devenir un joug de fer sur toutes les nations, et le faux prophète était
condamné à mort, parce qu’il avait «parlé de révolte contre l’Éternel» (Jér.
28:16). Deux mois après sa prophétie, la sentence de Dieu reçut son exécution.
Cette petite scène nous montre
quels étaient les sentiments du peuple et de ses conducteurs au milieu des
jugements de Dieu. Ils n’acceptaient point ces jugements et ne s’y soumettaient
pas. Leur orgueil national ne supportait pas l’humiliation; ni eux, ni leur foi
n’avaient à faire avec Dieu, pour chercher sa volonté.
Ainsi, tout du long, nous avons eu
l’occasion de constater par les prophètes que le cœur du peuple était
désespérément mauvais, et que son état appelait nécessairement le jugement de
Dieu.
Comme il fallait accepter le
jugement, il était nécessaire de le porter patiemment, jusqu’au terme de 70
années, assigné par l’Éternel. Aussi Jérémie écrit-il aux transportés sous
Jéchonias (Jehoïakin): «Bâtissez des maisons et habitez-y; plantez des jardins
et mangez-en les fruits; prenez des femmes et engendrez des fils et des filles,
et prenez des femmes pour vos fils, et donnez vos filles à des maris, et
qu’elles enfantent des fils et des filles; et multipliez-vous là et ne diminuez
pas. Et cherchez la paix de la ville où je vous ai transportés, et priez
l’Éternel pour elle; car dans sa paix sera votre paix» (Jér. 29:5-7). Au temps
voulu, il devait y avoir une restauration, «car moi je connais les pensées que
je pense à votre égard, dit l’Éternel, pensées de paix et non de mal, pour vous
donner un avenir et une espérance» (v. 11).
Ch. 24
v. 18 à ch. 25 v. 21 — Sédécias
Sédécias était oncle de Jehoïakin
et avait été établi par le roi de Babylone, qui avait changé son nom de
Matthania en celui de Sédécias. Sa mère, Hamutal, était une fille de Juda; nous
ne répéterons pas à son sujet des remarques faites précédemment.
Nebucadnetsar, en instituant
Sédécias, comptait avoir un roi dépendant de lui et qui ne fomenterait pas de
nouvelles révoltes. Les deux prédécesseurs de Sédécias avaient obligé le roi de
Babylone à faire deux expéditions contre Jérusalem, et il entendait maintenant
avoir la paix avec cette nation orgueilleuse et remuante, soumise à son sceptre.
Le prophète Ézéchiel (chap. 17) décrit, dans une parabole, la politique et les
desseins de Nebucadnetsar. Le grand aigle babylonien avait arraché Jehoïakin, la
plus haute des jeunes pousses du cèdre du Liban, et l’avait transporté à
Babylone. Il avait ensuite pris de la semence du pays (Sédécias) et l’avait
plantée près des grandes eaux comme un saule. Elle était devenue une vigne,
s’étendant, mais pas en hauteur, car le roi de Babylone voulait avoir, sous sa
dépendance, en Juda, une royauté abaissée. Cette vigne s’était tournée vers un
autre grand aigle, le Pharaon d’Égypte, au lieu de rester soumise au premier.
Dieu déclare, par le prophète, ce qui en résultera.
«Sédécias se révolta contre le roi
de Babylone» (24:20). Ce fait était une infamie et un sacrilège aux yeux de
l’Éternel, et voici pourquoi: Nebucadnetsar avait fait
jurer par Dieu à Sédécias (2 Chron. 36:13). Et Ézéchiel nous dit qu’il
«avait fait alliance avec lui et lui avait fait prêter un
serment d’exécration». Ainsi ce roi ajoutait à toutes ses autres
transgressions la rupture d’un serment fait au nom de l’Éternel, devant les
nations idolâtres, prouvant ainsi devant elles qu’il ne faisait aucun cas du
Dieu auquel il prétendait appartenir. Les Chroniques enregistrent quatre causes
du jugement de ce roi. Il fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel. Il ne
s’humilia pas devant Jérémie, le prophète, qui lui parlait de la part de
l’Éternel; c’est la rébellion contre la parole et l’Esprit de Dieu. Il se
révolta contre Nebucadnetsar qui lui avait fait jurer par Dieu. Il roidit son
cou et endurcit son cœur pour ne pas retourner à l’Éternel (2 Chron. 36:12-13).
Quant au premier point, si souvent répété au sujet de ces derniers rois de Juda,
il ne nous est pas dit, à propos de ceux qui précédèrent immédiatement Sédécias,
que leur idolâtrie fût aussi criante que celle de Manassé, ou du moins les
détails ne nous en sont pas donnés, mais pour Sédécias, nous sommes renseignés
d’abord par les Chroniques (2 Chron. 36:13-14), où il nous est dit qu’avec tous
les chefs du peuple, il «rendit impure la maison de l’Éternel qu’il avait
sanctifiée à Jérusalem»; et le prophète Ézéchiel, dans sa vision (chap. 8), nous
donne les détails de ces abominations: «L’idole de jalousie», cette Astarté
instituée par Manassé, et qui «provoque l’Éternel à jalousie», était là à
l’entrée du temple; en dedans du parvis, dans les «cabinets d’images», toutes
sortes d’idoles peintes, devant lesquelles les anciens d’Israël faisaient fumer
l’encens; à l’entrée de la porte nord de la maison, des femmes pleurant Thammuz
(probablement Adonis); à l’entrée du temple, entre le portique et l’autel, des
hommes prosternés vers le soleil levant. Les pensées du cœur du peuple n’étaient
pas meilleures. Au lieu de reconnaître que le jugement de Dieu les atteignait à
cause de leur infidélité, ils disaient: «Nous serons comme les nations, comme
les familles des pays, en servant le bois et la pierre» (Ézéch. 20:32). Ce même
prophète nous présente également l’état moral des prophètes, des sacrificateurs
et des princes. Partout la violence, la profanation, le gain déshonnête,
l’extorsion et la rapine (Ézéch. 22:23-31, et encore Jér. 32:30-35).
La révolte de Sédécias pouvait
avoir, aux yeux du monde, des motifs politiques plausibles. Comme cela arrive de
nos jours, elle trouvait des sympathies parmi tous ceux qui étaient impatients
du joug de Babylone. Mais ce joug était selon Dieu, et l’Éternel le proclamait
d’une manière visible par son prophète Jérémie qui marchait par la ville,
portant un joug de bois sur son cou. Le roi de Juda aurait dû le savoir et s’en
souvenir, s’il avait eu le moindre souci de servir l’Éternel. Mais cet homme, si
brave pour se révolter, était au fond plein de frayeur, ayant peur de se
compromettre vis-à-vis des princes de son peuple. Il était sans doute soutenu
dans son action par les nations environnantes, comme nous le voyons en Jér.
27:3, où les rois de Moab, d’Édom, des fils d’Ammon, de Tyr et de Sidon, lui
avaient envoyé leurs messagers pour l’encourager à secouer avec elles le joug de
Babylone. Les chefs de Juda étaient dans les mêmes pensées, et se faisaient
soutenir dans leurs idées de résistance par les prophètes qui usaient de leur
don pour induire le peuple en erreur et le conduire dans un chemin de rébellion
contre l’Éternel (Jér. 27:12-22).
On comprend le courroux de
Nebucadnetsar qui, en trois fois, sous trois règnes successifs, fut obligé de
retourner contre Jérusalem pour l’assiéger, et la rage de ce despote, auquel
tout était soumis de la part de Dieu (l’Éternel le lui avait ouvertement
proclamé, Dan. 2:37-38), en se voyant méconnu et bafoué par une faible peuplade
abaissée du royaume d’Israël. Il ne tarda pas à se mettre en chemin pour punir
la révolte. Ézéchiel nous décrit son incertitude quant à l’exécution de sa
vengeance: commencera-t-il par Rabba des fils d’Ammon ou par Jérusalem? Il
pratique la divination pour le savoir. La main de l’Éternel, sans qu’il s’en
doute, le conduit contre Juda. «J’en ferai», dit l’Éternel, «une ruine, une
ruine, une ruine» (Ézéch. 21:26-31).
Nebucadnetsar bâtit une
circonvallation tout autour de Jérusalem, entreprend le siège qui dure environ
huit mois. La famine se renforce dans la ville, selon la parole de Jérémie: «Et
je leur ferai manger la chair de leurs fils et la chair de leurs filles; et ils
mangeront chacun la chair de son prochain, dans le siège et dans la détresse
dont les enserreront leurs ennemis et ceux qui cherchent leur vie» (Jér. 19:9).
Pendant tout ce temps, malgré les innombrables dangers qui le menacent, Jérémie
tient bon pour l’Éternel, selon sa parole: «Je te ferai être à l’égard de ce
peuple une muraille d’airain bien forte; ils combattront contre toi, mais ils ne
prévaudront pas sur toi; car je suis avec toi pour te sauver et pour te
délivrer, dit l’Éternel; et je te délivrerai de la main des iniques et te
rachèterai de la main des violents» (Jér. 15:20-21). Sa parole, toujours
répétée, est: «Soumettez-vous au joug du roi de Babylone». «Rendez-vous à lui».
Il donne le même avis aux nations confédérées avec Juda (27:3-11), à Sédécias et
à son peuple (v. 12-15). Les chefs persécutent le prophète et cherchent à le
faire mourir, prétextant qu’il rend lâches les mains du peuple. Sédécias a peur
des chefs (38:24). À un moment donné, le Pharaon vient au secours de Jérusalem
avec son armée (Ézéch. 17:17; Jér. 37:5). Les Chaldéens, apprenant cette
nouvelle, se retirent de Jérusalem. Jérémie détrompe le peuple: C’est, dit-il,
l’armée du Pharaon qui retournera au pays d’Égypte et les Chaldéens reviendront.
Au moment où ces derniers se retirent, le prophète sort de Jérusalem, pour s’en
aller dans le pays de Benjamin, au milieu du peuple, pour avoir là sa part
(37:12). Il est fait prisonnier, accusé d’être transfuge, persécuté, jeté dans
une basse fosse où il enfonce dans la fange. Les princes du peuple sont les plus
acharnés contre lui. Ébed-Mélec, l’Éthiopien, parle au roi en sa faveur et le
retire de la fosse (38). Au jour de la prise de la ville, cet homme est sauvé,
selon la parole du prophète (39:15). Sédécias lui-même persécute Jérémie et
l’enferme dans la cour de la prison (32:2-3), mais, de fait, c’est le roi qui
est le captif de ses capitaines et de ses princes, et n’ose leur résister, car,
dans le fond, il ne hait pas Jérémie, mais est dominé par la crainte des hommes,
au lieu de l’être par celle de l’Éternel qu’il a méprisé et méconnu (38:24-28).
Le prophète, avec une hardiesse qui s’appuie sur la parole et la promesse de
Dieu, ne cache rien au roi de ce qui va arriver, destruction, pillage,
incendies. À mesure que le jugement approche, il en crie tous les détails aux
oreilles de tous et à celles du roi. Il dit: «Sédécias, roi de Juda, ne sera pas
délivré de la main des Chaldéens, car certainement il sera livré en la main du
roi de Babylone, et il lui parlera bouche à bouche, et ses yeux verront ses
yeux» (32:4); et encore: «Tes yeux verront les yeux du roi de Babylone» (34:3).
Et Ézéchiel: «Le prince qui est au milieu d’eux portera son bagage sur l’épaule,
dans l’obscurité, et sortira; on percera le mur, pour le faire sortir par là; il
couvrira sa face, afin qu’il ne voie pas de ses yeux le pays. Et j’étendrai sur
lui mon filet, et il sera pris dans mon piège; et je l’amènerai à Babylone, dans
le pays des Chaldéens; mais il ne le verra point, et là il mourra» (Ézéch.
12:12-13). Ces deux prophéties s’accomplissent à la lettre. Quand Sédécias, à
l’occasion du départ momentané de l’armée chaldéenne, proclame un jubilé et
ordonne que tous les serviteurs et servantes israélites soient mis en liberté,
tous «les princes de Juda, et les princes de Jérusalem, les eunuques, et les
sacrificateurs, et tout le peuple du pays» passent entre les pièces d’un veau
divisé, pour confirmer l’alliance qu’ils font devant l’Éternel (Jér. 34:18-19;
cf. Gen. 15:9), mais, à peine la promesse faite, ils la transgressent,
reviennent en arrière, et reprennent leurs serviteurs et leurs servantes pour
les assujettir de nouveau. Aussi le jugement sur eux est-il prononcé avec la
plus grande énergie par le prophète (34:20-22).
Seul, un petit résidu qui avait
accepté le message de l’Éternel et s’était livré aux Chaldéens, a la vie sauve
(2 Rois 25:11). Ils sont les figues excellentes du chap. 24 de Jérémie.
Jérusalem est prise. Sédécias
s’enfuit avec son armée dans la direction du Jourdain. Son cortège est dispersé;
il est pris, amené à Nebucadnetsar, jugé comme nous l’avons vu, et emmené à
Babylone, où on «le met sous garde, en prison, jusqu’au jour de sa mort» (Jér.
52:11). Seulement, selon la parole du prophète, il ne meurt pas de mort violente
(Jér. 34:4-5), l’Éternel ayant égard au moindre signe de retour, chez ce pauvre
roi qui avait eu un moment de pitié pour le serviteur de l’Éternel, et avait
écouté sa parole, quoiqu’il manquât de courage pour la suivre et de foi pour
s’humilier devant Dieu.
Le peuple est transporté à
Babylone; les sacrificateurs et ceux qui avaient aidé à la résistance meurent de
mort violente à Ribla. Les derniers vestiges de la puissance et de la prospérité
de Juda disparaissent à la suite de cette attaque. Même les deux colonnes du
temple sont brisées en morceaux et emportées à Babylone, ainsi que tout
l’airain, l’or et l’argent de la maison de Dieu. L’Éternel avait été méprisé.
Qu’avaient encore à faire Jakin et Boaz à Jérusalem? La
force qui était en l’Éternel s’en était allée par l’infidélité de Juda,
et Dieu l’avait détruit au lieu de l’établir.
C’était ainsi que se terminait l’histoire de l’homme, placé sous sa
responsabilité devant Dieu. Dieu devait l’abandonner
— mais ses promesses sont sans repentance. Il rétablira le règne de son Oint sur
ces deux colonnes merveilleuses, et ce règne ne pourra jamais être ébranlé.
Ch. 25
(v. 22-26) — Guedalia
Nebucadnetsar établit Guedalia,
fils d’Akhikam, sur le peuple, laissé dans le pays pour y être vignerons et
laboureurs. Cet Akhikam avait sauvé Jérémie aux jours de Jehoïakim, lorsque,
semblable à Urie, le prophète, il avait prophétisé contre Jérusalem (Jér.
26:24). Sans doute, ce fait avait influé sur l’esprit du roi de Babylone qui
respectait et protégeait Jérémie. Guedalia demeurait à Mitspa, ville forte
qu’Asa, roi de Juda, avait bâtie avec les pierres de Rama (1 Rois 15:22). C’est
là que se rendit Jérémie, et que tous les réchappés des contrées environnantes,
avec la pauvre population qui était restée, vinrent chercher la protection de
Guedalia, ce noble lieutenant du roi de Babylone. Il rassura le peuple, lui
jurant qu’il n’avait rien à craindre en acceptant la servitude des Chaldéens.
Il y eut pour ce pauvre résidu un
répit de quelques mois. Ils récoltèrent du vin et des fruits d’été en grande
abondance (Jér. 40:12). Le culte de l’Éternel paraît même avoir été remis en
honneur, dans un temps où le temple était complètement détruit et ruiné. Du
moins y avait-il une «maison de l’Éternel», où ceux qui menaient deuil sur
l’état d’Israël pouvaient monter (Jér. 41:4-5). Ce qui restait encore de chefs
des forces se réunit autour de Guedalia, Ismaël, fils de Nethania, de la race
royale, à leur tête. Ce dernier venait avec de mauvais desseins, envoyé par
Baalis, roi des fils d’Ammon, et poussé, sans doute, par sa propre ambition.
Guedalia, averti de la trahison projetée, par Jokhanan, l’un des chefs, se
refuse à y croire et à prêter la main au meurtre d’Ismaël (Jér. 40:13-16).
Ismaël le frappe lâchement, se révoltant, une dernière fois, contre l’autorité
du roi de Babylone. Il massacre les adhérents du gouverneur et les guerriers
chaldéens qui se trouvaient là. Le second jour, il tue les hommes qui étaient
venus, ignorants peut-être, et non exempts de pratiques païennes, mais le cœur
brisé, pour chercher l’Éternel, et emmène captif chez les fils d’Ammon tout le
reste du peuple qui était à Mitspa, avec les filles du roi (Jér. 41:4-10).
Jokhanan et les chefs des forces le poursuivent, l’atteignent près des eaux de
Gabaon, le défont et lui reprennent les captifs, tandis qu’il réussit à
s’échapper avec huit hommes et à se rendre auprès de Baalis.
Ces captifs délivrés, remplis
d’appréhension et désirant se rendre en Égypte, consultent l’Éternel par
Jérémie, pour obtenir une réponse selon leurs désirs, mais, dans le fond, ils
sont décidés à ne pas obéir si cette réponse n’est pas favorable à leur projet.
Le prophète leur donne un avertissement solennel. S’ils demeurent, c’est le
salut, car la bénédiction accompagne toujours l’acceptation du jugement de Dieu,
quand l’âme s’y soumet humblement, et, malgré tout, compte sur Lui pour bénir.
Descendre en Égypte, où ils pensaient trouver la sécurité, c’était aller au
devant d’un jugement inévitable (Jér. 42).
Dans leur orgueil, les chefs ne
veulent pas accepter l’humiliation, et traitent de mensonge la parole de Dieu.
N’en est-il pas toujours ainsi, quand Dieu présente sa Parole qui condamne le
monde et la volonté de l’homme, à des âmes qui ont choisi le monde et leur
propre volonté? Ils disent devant les sentences les plus claires: L’Éternel ne
t’a pas envoyé pour dire cela. C’est un mensonge (Jér. 43:2). Ils n’écoutèrent
donc point la parole de l’Éternel, fidèles jusqu’au bout à une seule chose, leur
révolte contre Dieu, et ils emmenèrent avec eux Jérémie et le fidèle Baruc, ne
voulant pas laisser en arrière ces témoins de leur désobéissance et de leur
incrédulité. Ils n’oublient qu’une chose, c’est qu’ils emmènent avec eux la
Parole qui les condamne. Jérémie continue jusqu’au bout l’exercice fidèle du don
de prophétie que Dieu lui a confié. À Takhpanès, comme à Jérusalem, il est le
témoin de la vérité de Dieu. Il annonce l’invasion future de l’Égypte par
Nebucadnetsar qui, alors, se souviendra de ces révoltés (Jér. 43).
Ces misérables recommencent à
servir d’autres dieux dans le pays d’Égypte où ils se sont enfuis. Leur état
nous est décrit en ces mots: «Ils ne se sont pas humiliés jusqu’à ce jour, et
ils n’ont pas eu de crainte, et ils n’ont pas marché dans ma loi et dans mes
statuts, que j’ai mis devant vous et devant vos pères» (Jér. 44:10). Aussi Dieu
déclare que de tous ceux qui sont descendus en Égypte, sauf «un fort petit
nombre» de réchappés (v. 28), il n’y aura «ni réchappé, ni résidu pour retourner
dans le pays de Juda» (v. 14).
Le peuple déclare ouvertement
vouloir continuer ses sacrifices à «la reine des
cieux», et lui attribue la prospérité dont il avait joui autrefois à Jérusalem
(Jér. 44:17-18). La calamité prédite l’atteint en Égypte, dont l’Éternel livre
le Pharaon Hophra entre les mains du roi de Babylone (v. 30).
Ch. 25
(v. 27-30) — La fin
En la trente-septième année de la
transportation, Évil-Merodac, roi de Babylone, sort Jehoïakin (Jéconias) de
prison et l’entretient à sa cour, tous les jours de sa vie. La lampe qui
semblait éteinte, recommence à jeter une faible lueur, preuve que l’Éternel a
toujours égard aux promesses faites à David, son oint, et que, malgré tout, sa
grâce veille sur cette race coupable. Il allait arriver, en effet, un jour, et
il n’était pas éloigné, où, selon Ésaïe, l’Esprit de l’Éternel, annoncerait aux
prisonniers l’ouverture de la prison et proclamerait l’année de la faveur de
l’Éternel, l’an agréable du Seigneur. Le peuple en voudrait-il alors? Hélas! il
rejette l’Oint de l’Éternel, comme il a rejeté Jérémie et-tous les prophètes
avant lui, mais, malgré tout, les promesses de Dieu s’accompliront à son égard,
et son Jubilé définitif se lèvera, quand l’épée du jugement aura fait son œuvre
étrange en la terre, et que les portails éternels se hausseront pour laisser
entrer le Roi de gloire!