Second
Livre des Chroniques
Chapitres 10 à 36 — Les successeurs de Salomon. L’ère des prophètes
Le chap. 10 marque la seconde
division des Chroniques, la première comprenant l’histoire de David et de
Salomon. Jusqu’à la fin de notre livre nous avons l’histoire de la
royauté de Juda, contrepartie de celle d’Israël
traitée dans les livres des Rois. Mais, avant d’étudier les successeurs de
Salomon, il nous faut exposer brièvement ce que leur histoire a de spécial.
Nous avons dit que les Chroniques
présentent le tableau des conseils de Dieu au sujet de la royauté. Ces conseils
ont été accomplis en type, mais seulement en type,
sous les règnes de David et de Salomon. David, roi souffrant et rejeté, est
devenu, dans son Fils, le roi de paix, le roi de gloire qui s’assied sur le
trône de l’Éternel. Cependant, quoique les Chroniques aient soin d’omettre
entièrement les fautes de Salomon, il n’était pas le
vrai roi des conseils de Dieu. Ces mots: «Je lui serai pour Père, et lui me sera
pour Fils» (2 Sam. 7:14) ne pouvaient avoir leur plein accomplissement à son
égard. Le décret: Tu es mon Fils; aujourd’hui,
je t’ai engendré» (Ps. 2:7), ne le concernait pas et
faisait espérer un plus grand et plus parfait que lui. Mais, pour que ce Fils
futur pût être «la postérité de David» il fallait que la lignée de David fût
maintenue jusqu’à son apparition; c’est pourquoi Dieu avait dit à David «qu’il
lui donnerait une lampe, à lui et à ses fils, à toujours» (21:7). Or cette
lampe, comment allait-elle briller dans la maison royale, jusqu’à l’apparition
du Fils promis? Comment traverserait-elle l’air empoisonné et les ténèbres
morales de l’homme sans s’éteindre, rendant ainsi impossible l’apparition du
vrai héritier de David? C’est ce que Satan a compris. Qu’il réussît à éteindre
la lampe, tous les conseils de Dieu à l’égard du «juste dominateur des hommes»
auraient été réduits à néant. Mais, en dépit de tous les efforts de l’Ennemi
pour supprimer cette lumière, le fils de David parut dans le monde, remporta la
victoire sur Satan, et devint pour l’Église le oui et l’amen de toutes les
promesses de Dieu. Toutefois ce n’est pas de ce sujet révélé dans le Nouveau
Testament qu’il est question ici; comme nous l’avons vu, il ne s’agit dans les
Chroniques que de la royauté terrestre de Christ sur Israël et les nations.
Cette royauté fut combattue jusqu’au bout par Satan. Quand le roi que les mages
adorent paraît comme petit enfant, l’Ennemi cherche à le supprimer par le
meurtre des enfants de Bethléem. À la croix où il pense en finir avec lui, il ne
peut empêcher qu’il ne soit déclaré roi des Juifs, à la vue de tous, par
l’écriteau de Pilate; et, quand l’Ennemi se croit victorieux, Dieu ressuscite
son Oint et l’établit Seigneur et Christ aux yeux de toute la maison d’Israël.
Revenons à notre livre. Si pour
les raisons données plus haut, il ne nous montre pas les manœuvres de Satan
pendant le règne de Salomon, il en parle d’une manière d’autant plus frappante
pendant les règnes subséquents. L’Ennemi séduit le roi et son peuple pour les
pousser à l’idolâtrie, il use de violence, pour détruire et anéantir la race
royale. Mais Dieu veille pour atteindre la conscience du peuple et, quand tout
semble perdu, le souffle de l’Esprit vient ranimer le lumignon qui s’éteint. Des
cas surgissent où un Joram, un Achazia, un Achaz, sont assez réprouvés pour être
livrés au feu consumant, car Dieu lui-même, toujours attentif aux «bonnes
choses», ne peut plus reconnaître aucun bien chez ces rois et tout,
absolument tout, doit tomber sous le jugement. La
lampe est éteinte, c’est le règne des ténèbres les plus profondes; Satan
triomphe, mais seulement en apparence. Dieu conserve un faible rejeton de ce
tronc réprouvé, dans la personne d’Achazia — oui, mais ce seul rejeton épargné
dans le meurtre de la race royale, se trouve être lui-même un sarment sec
destiné au feu. Nouvel anéantissement de toute la race. Est-elle bien détruite
maintenant? Non, la voici qui renaît en Joas, et l’Esprit de Dieu peut de
nouveau trouver chez lui «de bonnes choses». De cette manière la succession
royale se continue, en sorte que la lignée de David n’est pas anéantie par ces
réprouvés (voyez Matthieu 1). Aussi la lutte entreprise contre Dieu par Satan
tourne à la confusion de ce dernier. Quel est donc le secret de sa défaite? Une
chose l’explique, la seule à laquelle Satan qui en sait tant n’a jamais pensé ni
pu penser. Le secret qu’il ignore c’est la
grâce, car son intelligence si subtile est
complètement inaccessible à l’amour. Toute cette seconde partie des Chroniques
pourrait donc être intitulée l’histoire de la grâce en
rapport avec la royauté de Juda. Quand la grâce peut ranimer la flamme
pour entretenir la lumière du témoignage, elle ne manque pas de le faire; quand,
vis-à-vis de l’endurcissement volontaire des rois elle ne peut rien produire,
elle leur suscite encore une descendance dont elle puisse attendre quelque
fruit.
C’est donc à la lutte acharnée de
Satan contre les conseils de Dieu que nous allons assister, en même temps qu’au
triomphe de la grâce. Toute cette période est résumée dans la parole du
prophète: «Qui est un Dieu comme toi, pardonnant l’iniquité et passant
par-dessus la transgression du reste de son héritage? Il ne gardera pas à
perpétuité sa colère, parce qu’il prend son plaisir en la
bonté. Il aura encore une fois compassion de nous, il mettra sous ses
pieds nos iniquités; et tu jetteras tous leurs péchés dans les profondeurs de la
mer» (Michée 7:18-19).
Il arrive cependant un temps où la
ruine paraît irrémédiable, où, dans la lutte, le triomphe de Satan semble
assuré. La royauté sombre dans les flots du jugement; quand même, comme nous
l’avons vu dans les généalogies (1 Chron. 3:19, 24), de faibles représentants de
la race royale, sans titres, sans prérogatives, sans autorité et sans royaume
subsistent encore. Après eux la race toujours plus obscure et abaissée, se
perpétue dans le silence jusqu’à un pauvre charpentier qui devient le père
putatif de la «Semence de la femme». Le Christ est né!
Rien donc n’a pu annuler les
conseils de Dieu, ni l’effort de Satan, ni l’infidélité des rois. Sans doute ces
conseils ont été cachés pour un temps jusqu’à la
venue du Messie, dépeint par anticipation dans la personne de Salomon. Le trône
était resté vide, mais vide seulement en apparence, jusqu’à ce que le roi de
justice et de paix pût venir s’y asseoir. Le voici! Ce petit enfant, humilié,
rejeté à son apparition, possède tous les titres à la royauté. Mais voyez-le,
écoutez-le! Les foules le cherchent pour le faire roi; il se cache et se dérobe;
il défend à ses disciples de parler de son royaume. C’est qu’avant de le
recevoir il a une autre mission, un autre service à accomplir. Il se déclare roi
devant Pilate et cela le conduit au supplice, mais il va prendre un royaume qui
n’est pas de ce monde. Il abandonne entre les mains de ses ennemis tous ses
droits sans en garder aucun; il est muet comme la brebis devant ceux qui la
tondent. C’est qu’il lui faut remplir une tout autre tâche, l’œuvre immense de
la rédemption qui le conduit à la croix.
Cette œuvre accomplie il reçoit,
en résurrection, la sphère céleste du royaume. Comme jadis Salomon, il est assis
sur le trône de son Père en attendant de l’être sur son propre trône. Ce moment
viendra pour Lui, le vrai roi d’Israël et des nations, mais il n’est pas encore
arrivé. Lui n’attend plus qu’un signe de son Père pour prendre en mains les
rênes du gouvernement terrestre.
Dès le moment de son apparition
comme petit enfant, plus n’est besoin d’une succession royale 1.
Le roi existe, le roi vit, le roi trône aujourd’hui dans le ciel, il sera
proclamé bientôt Seigneur de toute la terre et postérité de David pour son
peuple d’Israël. Mais jusqu’à son apparition, pour maintenir sa lignée, il n’y
a, nous l’avons dit, qu’un seul moyen, la grâce. De là cette particularité
remarquable que, dans les Chroniques, tout ce qui peut être, chez les plus
mauvais rois, le fruit de la grâce, est soigneusement enregistré. Partout où
Dieu peut le faire, il le signale. Aussi ce récit n’est pas, comme dans le livre
des Rois, le tableau de la royauté responsable, mais celui de l’action de la
grâce dans ces hommes. L’Esprit de Dieu travaille même dans le cœur affreusement
endurci d’un Manassé pour prolonger un peu la lignée royale dans un rejeton
(Josias) qui gouverne selon le cœur de Dieu. Malgré ces réveils momentanés, la
ruine s’accentue de plus en plus. C’est à peine si les Chroniques, en cela
différentes des Rois et du prophète Jérémie, daignent enregistrer en quelques
versets les successeurs de Josias, ayant hâte d’arriver à la fin, au retour de
la captivité, preuve éclatante de la grâce de Dieu envers ce peuple.
1
Nous disons «succession» parce que nous n’oublions pas que le «prince» ou
vice-roi d’Ézéchiel fait partie de la semence royale (cf. Ézéchiel 46:1-18;
48:21).
Pour accomplir l’œuvre de la grâce
qui amènera enfin le triomphe de la royauté dans la personne de Christ, il
fallait que la dispensation de la loi, sans être abolie, subît une importante
modification. Sous les rois, le régime de la loi subsistait, car il ne trouve sa
fin qu’en Christ; le régime de la grâce n’était pas encore inauguré, car il
trouve sa pleine expression à la croix; mais, dans la période des rois, Dieu
intervient d’une manière toute nouvelle, pour manifester ses voies de grâce sous
le régime de la loi, et cela par l’apparition des
prophètes.
Non que cette apparition soit
restreinte au régime inauguré par les rois, car elle se manifeste dès le moment
où l’histoire d’Israël est caractérisée par la ruine. Aussi nous voyons les
premiers prophètes (pour ne pas mentionner Énoch, puis Moïse) apparaître lorsque
la ruine est complète en Israël. Au livre des Juges, quand le peuple tout entier
a failli, nous voyons surgir la prophétesse, Debora (Juges 4:4) et, plus tard,
un prophète (6:7-10). Plus tard, la sacrificature étant ruinée, Samuel est
suscité comme prophète (1 Sam. 3:20). Aux livres des Rois et des Chroniques,
enfin, lors de la faillite de la royauté, les prophètes paraissent et se
multiplient à ne pouvoir les compter 1. Ils inaugurent une
nouvelle dispensation de Dieu, devenue nécessaire quand tout est ruiné, quand la
loi s’est montrée impuissante à régler et à contenir la nature corrompue de
l’homme, quand, même mélangée de miséricorde (lorsque les tables de la loi
furent données une seconde fois à Moïse), elle n’a aucunement amélioré cet état.
C’est alors que Dieu envoie ses prophètes. En certaines occasions ils
n’annoncent que le jugement imminent, dernier effort de la miséricorde divine
pour sauver le peuple comme à travers le feu; en d’autres occasions, beaucoup
plus nombreuses, ils sont envoyés pour exhorter, ramener, consoler, fortifier,
appeler à la repentance tout en faisant ressortir les conséquences judiciaires
sur ceux qui n’écoutent pas. Le prophète a donc à la fois un ministère de grâce
et de jugement, de grâce parce que l’Éternel est un Dieu de bonté, de jugement
parce que le peuple est placé sous la loi et que la prophétie n’abolit pas la
loi. Elle s’appuie au contraire sur la loi, tout en proclamant à haute voix
qu’au moindre retour vers Dieu, le pécheur trouvera miséricorde. Elle est sans
doute un adoucissement de la loi, Dieu concédant à l’homme pécheur tout ce qui
est compatible avec sa sainteté, mais, d’autre part, ne pouvant renier son
caractère en face de la responsabilité de l’homme. La prophétie ne supprime pas
un iota de la loi, mais accentue, plus que Dieu ne l’avait fait jusque-là, le
grand fait qu’Il se plaît à la miséricorde et au pardon et tient compte du
moindre symptôme de retour vers Lui. «Quand les prophètes», a dit un frère,
«entrent sur la scène, la grâce commence à reluire de nouveau». Le seul fait de
leur témoignage était déjà une grâce envers un peuple qui avait violé la loi.
S’ils venaient chercher du fruit et ne trouvaient que du verjus, ils annonçaient
néanmoins aux élus les promesses de Dieu en grâce, la grâce comme réparation des
choses que le peuple avait gâtées. L’Évangile, survenu après cela, parle d’une
nouvelle création, d’une vie nouvelle et non d’une réparation. En Ésaïe 58:13-14
on voit le caractère différent de la loi et de la prophétie, dans la manière
dont elles présentent le sabbat: «Si tu appelles», dit le prophète, «le
sabbat tes délices, et honorable le saint jour de l’Éternel, si tu
l’honores en t’abstenant de suivre tes propres chemins, de chercher ton plaisir
et de dire des paroles vaines, alors tu trouveras tes
délices en l’Éternel».
1
Liste des prophètes cités dans le second livre des Chroniques:
Nathan
(9:29); Akhija,
le Silonite (9:29; 10:15).
Iddo (ou Jehdo), le voyant (9:29; 12:15; 13:22).
Shemahia,
homme de Dieu (11:2; 12:5, 15).
Azaria,
fils d’Oded (15:1), et Oded
(v.8).
Hanani,
le voyant (16:7).
Michée,
fils de Jimla (18:7).
Jéhu,
fils de Hanani, le voyant (19:2; 20:34).
Jakhaziel, fils de Zacharie
(20:14).
Éliézer,
fils de Dodava (20:37).
Élie,
le prophète (21:12).
Plusieurs prophètes et
Zacharie, fils de Jehoïada (24:19, 20).
Un homme
de Dieu
(25:7). Un prophète
(25:15).
Zacharie,
le voyant (26:5).
Ésaïe,
fils d’Amots (26:22; 32:32).
Oded (28:9).
Michée,
le Morashtite (Jér.26:18).
Des
prophètes
(33:18-19; cf. 2 Rois 21:10).
Hulda, la prophétesse (34:22).
Jérémie
(35:25; 36:12, 21).
Messagers et prophètes (36:15, 16; cf. Urie, fils de Shemahia
(Jér. 27:20).
Un caractère particulier de Dieu
est donc exprimé par les prophètes. Ce n’est pas la loi, donnée au Sinaï, c’est
encore moins la grâce révélée dans l’Évangile. C’est un Dieu qui, tout en
montrant son indignation contre le péché, ne prend pas plaisir au jugement et
dont le vrai caractère, la grâce, triomphera toujours à la fin; un Dieu qui dit:
«Consolez, consolez mon peuple» quand il a «reçu le double pour tous ses
péchés». Sous la loi pure le jugement triomphe de l’iniquité; sous la prophétie,
la grâce et la miséricorde triomphent quand le jugement a été exécuté; sous
l’Évangile enfin, la grâce s’élève par-dessus le jugement parce que l’amour et
la justice se sont entre-baisés à la croix. Le jugement exécuté sur Christ a
fait triompher la grâce. Le jugement était contre lui au lieu d’être contre
nous; — la grâce tout entière, l’amour, Dieu lui-même, a été pour nous.
Tout le rôle de la prophétie est
exprimé dans le prophète Michée cité plus haut (7:18-19). Il est impossible, et
c’est ce qu’annonce ici le prophète, que Dieu se désavoue lui-même, soit quant à
ses jugements, soit quant à ses promesses de grâce.
Tel est le rôle des prophètes dans
les Chroniques. S’ils apparaissent d’abord isolément, comme dans les Juges, puis
sous le règne de Saül, de David, de Salomon, ils se multiplient ensuite à mesure
que l’iniquité grandit dans le royaume. C’est ce qu’exprime le Seigneur en Matt.
21:34-36. Après les quelques esclaves du début dont les vignerons battent l’un,
tuent l’autre et lapident le troisième, le maître de maison envoie d’autres
esclaves en plus grand nombre que les premiers, et
les vignerons leur font de même. Enfin il leur
envoie son Fils.
Chapitres 10 à 12
Roboam
Nous arrivons ici à la ligne de
démarcation tracée dans les Chroniques entre le règne de David et de Salomon, et
celui de leurs successeurs. Le sujet que nous allons aborder va nous présenter,
comme nous l’avons dit plus haut, non plus les conseils de Dieu quant à la
royauté, mais l’œuvre de la grâce pour la maintenir jusqu’à l’apparition du
Messie dans lequel ces conseils seront réalisés. Nous avons donc ici l’histoire
ordinairement affligeante, parfois consolante des rois de Juda, car ceux
d’Israël ne sont plus mentionnés que dans leurs rapports avec Juda et Jérusalem.
C’est exactement la contrepartie du récit des Rois.
Fait remarquable, et qui confirme
tout ce que nous avons dit spécialement au sujet de David et de Salomon, types
de la royauté selon les conseils de Dieu, la Parole n’omet pas seulement ici les
péchés de Salomon à la fin de sa carrière, mais jusqu’à
leurs conséquences, comme elle l’a déjà fait pour les châtiments qui
atteignirent David au sujet d’Urie, dans le premier livre des Chroniques; preuve
évidente que David et Salomon occupent dans ces livres une place à part.
L’avènement de Jéroboam et la division du royaume sont présentés ici comme la
conséquence du péché de Roboam et non de celui de
son père; de même la prophétie d’Akhija à Jéroboam s’accomplit, non pas parce
que Salomon a péché, mais parce que «Roboam n’écouta pas le peuple» (10:15). Et
cependant on voit, dans ce même passage qui s’en réfère à 1 Rois 11:31-33, que
Dieu n’a pas le dessein de cacher les fautes de
Salomon, mais que le but de l’Esprit Saint est de les
omettre.
L’établissement de Jéroboam, fils
de Nebath, sur le trône d’Israël est aussi passé sous silence, ce qui importe,
l’histoire étant uniquement celle de Juda et non pas celle d’Israël (cf. 1 Rois
12:20). Pour la même raison notre récit omet l’établissement de l’idolâtrie par
Jéroboam, l’histoire du vieux prophète, la maladie d’Abija, fils de Jéroboam, et
à cette occasion la prophétie d’Akhija (1 Rois 12:25; 14:20).
L’histoire de Roboam comprend les
chap. 10 à 12, alors que les Rois la résument en quelques versets (1 Rois
14:21-31); mais, détail caractéristique, ce dernier passage fait le plus sombre
tableau de l’état du peuple, tandis que nos chapitres enregistrent le bien que
la grâce produit dans le cœur du roi, quoiqu’il soit dit de lui (12:14): «Mais
il fit le mal; car il n’appliqua pas son cœur à rechercher l’Éternel». Le chap.
11 nous fait connaître deux faits importants. Roboam avait eu la pensée de
ramener les dix tribus sous le joug de l’obéissance, mais en le faisant il se
serait opposé au gouvernement de Dieu envers Juda. Le prophète Shemahia le
détourne d’une décision qui l’aurait conduit à sa perte et aurait eu les plus
graves conséquences pour la tribu de Juda, sur laquelle les yeux de l’Éternel
reposaient encore, malgré ses jugements. La grâce agit dans le cœur du peuple;
il écoute l’exhortation et ne donne pas suite à son dangereux dessein. Désormais
le seul devoir de Roboam était d’élever des travaux de défense contre les
ennemis du dehors, ennemis qui étaient son propre peuple dont le gouvernement
lui avait été jadis confié. Roboam environne de forteresses le territoire de
Juda et de Benjamin (11:5-12). Son seul devoir était de préserver ce qui lui
restait, mais comment le faire quand déjà le mal était au-dedans et y exerçait
ses ravages? Cependant la responsabilité de préserver le peuple n’était
nullement diminuée par l’existence d’un mal déjà irréparable. Ce principe est
pour nous d’une grande importance. L’état de ruine irrémédiable de la chrétienté
ne change absolument rien à notre obligation de défendre les âmes contre les
principes délétères qui y sont à l’œuvre. Nous avons le triste devoir d’élever
des forteresses contre un monde pareil aux dix tribus, qui invoquaient le nom de
l’Éternel tout en s’adonnant à l’idolâtrie, contre un monde qui se pare du nom
de Christ tout en se livrant à ses convoitises. Nous avons à faire comprendre et
sentir à la chrétienté qu’il y a séparation entre les vrais chrétiens et les
professants que Dieu met au rang de ses ennemis. Cette inimitié amenait le
conflit entre Juda et Israël, et se liait au culte idolâtre établi et imposé aux
dix tribus par Jéroboam. Le maintien public et officiel du culte de Dieu en Juda
eut des conséquences très bénies: «Les sacrificateurs et les lévites qui étaient
dans tout Israël, se joignirent à Roboam de toutes leurs contrées; car les
lévites abandonnèrent leurs banlieues et leurs possessions, et vinrent en Juda
et à Jérusalem... et à leur suite, ceux de toutes les tribus d’Israël qui
avaient mis leur cœur à chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, vinrent à
Jérusalem pour sacrifier à l’Éternel, le Dieu de leurs pères» (11:13-16). Tous
ceux qui avaient un cœur non partagé pour Dieu, bien qu’ayant été englobés pour
un moment dans la révolte des dix tribus, comprennent que leur place n’est pas
au milieu d’elles et quittent ce terrain souillé pour venir s’établir en Juda.
C’est ainsi qu’un témoignage fidèle, qu’une sainte séparation du monde, produit
des fruits chez les croyants retenus jusqu’ici par leurs circonstances dans un
milieu que le Seigneur ne reconnaît plus, et qu’ils sont poussés à se joindre à
leurs frères qui se réunissent autour du Seigneur. Si ce rassemblement perdit
bientôt son caractère, ne fût-ce pas parce que Juda et ses rois abandonnèrent le
terrain divin pour sacrifier eux-mêmes aux idoles? En effet, ce témoignage de
séparation du mal dura peu de temps: «Ils marchèrent dans le chemin de David et
de Salomon pendant trois ans»,
et durant cette période «ils fortifièrent le royaume de Juda» (v. 17).
Pendant trois ans! Que n’ont-ils continué! C’est là qu’était la bénédiction pour
Juda et son roi, et n’en est-il pas de même pour nous? Elle pouvait être
complète au milieu même de l’humiliation définitive infligée à Israël. Elle ne
fut que temporaire.
Cette bénédiction momentanée, par
laquelle «le royaume de Juda fut fortifié et Israël affermi», devint elle-même
un piège pour Roboam. La chair s’empare même des grâces de Dieu pour s’éloigner
de Lui. «Et il arriva que, quand le royaume de Roboam fut affermi, et qu’il se
fut fortifié, il abandonna la loi de l’Éternel, et tout
Israël avec lui» (12:1). Il suffit qu’un seul homme, préposé par
l’Éternel pour paître son peuple, se détourne: son exemple sera suivi par tous.
Quelle responsabilité pour lui! Le châtiment ne se fit pas attendre: «Parce
qu’ils avaient péché contre l’Éternel, il arriva, en la cinquième année du roi
Roboam, que Shishak, roi d’Égypte, monta contre Jérusalem avec 1200 chars et
60000 cavaliers... et il prit les villes fortes qui étaient à Juda, et vint
jusqu’à Jérusalem» (12:2-4). Juda ne devint pas la proie de son frère Israël,
contre la religion duquel il se défendait légitimement; il tomba, chute bien
plus profonde, entre les mains d’un monde dont autrefois Dieu l’avait racheté à
main forte et à bras étendu — et, comme jadis, il fut asservi au roi d’Égypte.
Le but de Dieu en le châtiant est proclamé dans la prophétie de Shemahia: «Ils
connaîtront ce que c’est que mon service, et le service des royaumes des pays»
(v. 8). Ils pouvaient désormais comparer leurs trois ans d’affranchissement et
de libre bénédiction, avec la servitude de l’Égypte. Il y eut, à la suite des
paroles de Shemahia, le prophète: «Vous m’avez abandonné, et moi je vous ai
aussi abandonnés aux mains de Shishak» un vrai travail de conscience dans le
cœur du roi et des chefs, car «ils s’humilièrent, et dirent: l’Éternel est
juste», et cette humiliation préserva Juda d’une entière destruction. «Quand
l’Éternel vit qu’ils s’étaient humiliés, la parole de l’Éternel vint à Shemahia,
disant: Ils se sont humiliés, je ne les détruirai pas; je leur donnerai un peu
de délivrance, et ma fureur ne se déversera pas sur Jérusalem par le moyen de
Shishak; mais ils lui seront asservis» (v. 7). C’est la grâce, mais, je le
répète, Juda, pour avoir abandonné la parole de Dieu, est obligé d’en subir les
conséquences. Tout ce travail de repentance, fruit de la
grâce, manque — et pour cause — en 1 Rois 14. Nous verrons le même fait
se renouveler constamment au cours de ce livre.
Quelle honte pour Roboam! Le beau
temple de Salomon n’a pas plus de 30 ans d’existence, qu’il est dépouillé de ses
ornements et de tous ses trésors. Le culte a perdu sa splendeur passée; Shishak,
nous est-il dit, prit tout. Tout! et cependant une
chose reste encore: l’autel est là, Dieu est là. Pour la foi c’était, au milieu
de la désolation et de l’humiliation, beaucoup plus que tout l’or emporté par le
roi d’Égypte. N’en est-il pas de même aujourd’hui? Les chrétiens sont appelés à
constater tout ce qui leur manque, par suite de l’infidélité de l’Église; et
doivent ajouter: l’Éternel est juste, mais ils peuvent dire aussi: Dieu est un
Dieu de grâce et ne s’est point détourné de nous. Nous trouvons ici une parole
bien touchante pour nos cœurs: Quand Roboam «s’humilia, la colère de l’Éternel
se détourna de lui, et il ne le détruisit pas entièrement;
et aussi il y avait en Juda de bonnes choses» (v. 12). Peu de choses,
peut-être, et c’est bien ce que ce terme nous fait comprendre, mais enfin,
quelque chose que Dieu pouvait reconnaître. Le jugement final était suspendu à
cause de ces quelques détails favorables qui plaisaient à Dieu. Appliquons-nous,
chacun individuellement, à maintenir ces bonnes choses devant ses yeux. Que ceux
qui nous entourent aperçoivent quelque dévouement pour Christ, quelque amour
pour lui, quelque crainte en présence de sa sainteté, quelque activité pour son
service. Soyons certains qu’il en tiendra compte et qu’aussi longtemps que cela
subsistera il n’ôtera pas le chandelier de son lieu.
Combien notre Dieu est équitable
dans ses jugements, même en présence d’un état dont il dit: «Il
fit le mal; car il n’appliqua pas son cœur à rechercher l’Éternel» (v.
14). Merveilleuse grâce, en effet, que celle qui, ne supportant aucun mal, se
plaît à reconnaître le bien, à le discerner quand l’œil de l’homme est incapable
de le voir, soit en lui-même, soit au-dehors. Mettez cela en regard de 1 Rois
14:22-24: «Juda fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel; et ils le
provoquèrent à la jalousie plus que tout ce que leurs pères avaient fait par
leurs péchés qu’ils commirent. Et ils bâtirent, eux aussi, pour eux-mêmes, des
hauts lieux, et des statues, et des ashères, sur toute haute colline et sous
tout arbre vert; il y avait aussi dans le pays des hommes voués à la
prostitution. Ils firent selon toutes les abominations des nations que l’Éternel
avait dépossédées devant les fils d’Israël». En lisant ces paroles nous sommes
d’autant plus émerveillés de cette infinie bonté de Dieu qui, à cause de
quelques justes, ne voulait pas détruire entièrement ce peuple comme il avait
jadis anéanti Sodome.
Mentionnons encore un détail avant
de terminer ces chapitres. Le grand nombre des femmes et concubines de Roboam
est une imitation du péché de Salomon qui entraîna la ruine de son royaume. Il
semblerait que le rapport entre la conduite du fils et du père dût être
mentionné. Il n’en est rien. En 2 Chroniques, Salomon, nous l’avons dit souvent,
est considéré comme étant sans faute et le jugement porte sur Roboam seul.
Cependant, même au milieu de ce désordre et quand Roboam élève au premier rang
la fille d’Absalom, le révolté, et Abija, le fils de cette femme, Dieu aime à
reconnaître que Roboam «agit avec intelligence» en dispersant ses fils par
toutes les contrées de Juda pour éviter la discorde dans le royaume (11:18-23).
C’est quelque chose comme la louange «de l’économe injuste parce qu’il avait agi
prudemment» (Luc 16:8).