Second
Livre des Chroniques
Chapitres 1 à 9 — Le règne de Salomon
Chapitre
1er
Un roi
selon les conseils de Dieu
On ne peut assez faire ressortir,
au début de ce livre, que le règne du Salomon des Chroniques a un tout autre
caractère que celui du Salomon des Rois. Sa justice
exercée en jugement envers les ennemis de son père: Adonija qui s’était opposé à
David, Shimhi qui l’avait insulté et bafoué, Joab dont il avait supporté les
violences et l’injustice sans pouvoir les réprimer, tout cela est omis dans les
Chroniques (cf. 1 Rois 1-2). L’épisode des deux femmes prostituées (1 Rois
3:16-28) est aussi complètement passé sous silence, car si cette scène nous
montre la sagesse de Salomon, elle nous la montre au service de la
justice pour gouverner
équitablement. Le roi ne porte pas l’investigation plus loin, et ne
reprend ni ne retranche, même la plus coupable de ces prostituées. Les
Chroniques ne nous présentent pas le règne de Salomon sous les caractères que
nous venons de mentionner. Il est avant tout le règne de
paix, auquel la sagesse préside. Il n’en est pas moins vrai que pendant
le millénium «le méchant sera chaque matin retranché du pays», et que la
prostitution n’y sera ni tolérée, ni même nommée; mais la paix régnera, et c’est
le sujet dont les premiers chapitres de ce livre nous entretiennent.
Dès les premiers mots de notre
chapitre (1:1), Salomon nous est présenté comme s’affermissant
lui-même dans son royaume, tandis qu’en 1 Rois 2:46
le royaume fut affermi dans sa main après le
jugement de tous les ennemis personnels de David. Salomon s’affermit ici de sa
pleine autorité personnelle, mais il n’en reste pas
moins l’homme dépendant, car s’il ne l’était pas il
ne serait pas le type du vrai roi des conseils de Dieu. «Demande-moi»,
est-il dit au Ps. 2, «et je te donnerai... pour possession, les bouts de la
terre». C’est pourquoi nous trouvons dans notre passage: «Et l’Éternel, son
Dieu, fut avec lui et l’agrandit extrêmement». Aussi longtemps qu’il conserve le
royaume, le Seigneur reste l’homme dépendant; quand il en aura terminé
l’administration, il le remettra fidèlement entre les mains de Celui qui le lui
a confié et «alors le Fils aussi lui-même sera assujetti à celui qui lui a
assujetti toutes choses» (1 Cor. 15:28). Aucun empire terrestre aura-t-il jamais
été semblable à ce règne merveilleux où pendant mille ans, sans une défaillance,
sans un déni de justice, sans un amoindrissement de la paix, le Christ régnera
sur son peuple terrestre et sur toutes les nations?
Habituons-nous, cher lecteur
chrétien, à considérer le Seigneur ainsi, pour Lui-même, et non pas seulement
pour les ressources qu’il fournit à nos besoins. C’est la contemplation la plus
élevée à laquelle nous soyons appelés, car nous y sommes placés, pour ainsi
dire, en la compagnie de notre Dieu pour trouver nos délices dans les
perfections de cette personne adorable. Combien sont nombreux les passages des
Écritures où nous est révélé, non pas ce que nous possédons en vertu de l’œuvre
de Christ, mais ce que Christ est pour Dieu, en vertu de ses propres
perfections. Dieu ouvre le ciel sur cet homme et dit: «Celui-ci est mon fils
bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir». Et quand Il est obligé de lui fermer
le ciel au moment où Il expie nos péchés, Il dit: «Mais toi, tu es le même, et
tes années ne finiront point». Et encore: «Ton trône, ô Dieu, est pour toujours
et à perpétuité; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne. Tu as
aimé la justice, et tu as haï la méchanceté; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a
oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons». En vertu de la perfection
de son obéissance et de son abaissement, Dieu «l’a haut élevé et lui a donné un
nom au-dessus de tout nom». Cet homme est «le premier-né de toute création»; il
a toutes les gloires et toutes les suprématies (Col. 1:15-20). C’est parce qu’il
laisse sa vie afin qu’il la reprenne que le Père l’aime. En tout cela nous ne
trouvons rien de ce qu’il a fait pour nous. Mais
nous, en vertu de son œuvre accomplie, nous sommes rendus capables de nous
intéresser à Lui et à toutes ses perfections. Cultivons cette connaissance. Sans
doute, pour notre âme, le trait par excellence de ce caractère adorable est
résumé dans ce mot: «Il m’a aimé et s’est donné Lui-même pour moi»; quelque
connaissance que j’acquière de lui, elle me ramène toujours à son amour. Ainsi,
quand il nous est présenté comme «le prince des rois de la terre», nous nous
écrions: «À celui qui nous aime!» Mais ce que je veux dire, c’est que, ce qu’il
est en Lui-même est une source inépuisable de joie
pour le fidèle. Rien ne le sort davantage de son égoïsme naturel et des
mesquines préoccupations d’ici-bas; il a trouvé dans un objet parfait, avec
lequel il est en relation intime et immédiate, la source de son bonheur éternel.
Aux v. 2 à 6 nous avons la scène
de Gabaon, mais sans les taches qui la déparaient en 1 Rois 3:1-4. Dans notre
passage le «seulement» qui marque un blâme a disparu: «Seulement
le peuple sacrifiait sur les hauts lieux»; «Seulement
Salomon offrait des sacrifices et faisait fumer de l’encens sur les hauts
lieux». Ici la scène est légitime, si je puis m’exprimer ainsi, et Gabaon n’est
plus «le principal haut lieu» (3:4); il est au contraire «le lieu où était la
tente d’assignation de Dieu, que Moïse, serviteur de l’Éternel, avait faite dans
le désert... et l’autel d’airain qu’avait fait Betsaleël, fils d’Uri, fils de
Hur, était là, devant le tabernacle de l’Éternel» (2 Chron. 1:3-5). Pas l’ombre
d’un blâme! Salomon va sacrifier sur l’autel, symbole de l’expiation, où le
peuple pouvait rencontrer son Dieu. Y avait-il là quelque chose à reprendre?
Nullement. Sans doute le lieu n’était que provisoire en attendant l’érection du
temple; sans doute aussi le trône de Dieu, l’arche, ne s’y trouvait pas, car
elle était désormais établie dans la cité de David; mais, dans les Chroniques,
Salomon vient à Gabaon avec son peuple inaugurer le règne de
paix que Dieu pouvait introduire en vertu du
sacrifice. C’est, en effet, comme nous l’avons vu, du règne de paix, bien plus
que du règne de justice que le second livre des Chroniques nous entretient.
Aux v. 7 à 12, Salomon demande la
sagesse à Dieu, et ici encore notre récit diffère notablement de celui des Rois
(1 Rois 3:5-15). Salomon n’est pas, dans notre passage, «un jeune garçon qui
ne sait pas sortir et entrer». Sans doute le premier
livre des Chroniques le mentionne comme jeune garçon, mais, nous l’avons fait
remarquer en étudiant ce livre, au point de vue typique, sa jeunesse correspond
à la position occupée par Christ dans le ciel, sur le trône de son Père, avant
l’inauguration de son royaume terrestre. Dans le livre des Rois, Salomon est
ignorant et n’a pas «le discernement entre le bien et le mal» (3:9). Dans les
Chroniques cette défectuosité a totalement disparu: le Roi dit avoir besoin de
sagesse pour sortir et entrer devant le peuple et pour le gouverner. Il
s’adresse pour cela à Celui qui l’a fait roi et dont il dépend entièrement:
telle sera aussi la relation de Christ, homme et roi, avec son Dieu. Mais ce qui
est plus frappant encore, c’est que, dans notre passage la question de la
responsabilité est complètement omise, à l’opposé de 1 Rois 3:14: «Si
tu marches dans mes voies, gardant mes statuts et mes commandements», dit Dieu,
je prolongerai tes jours». Dans les Chroniques la responsabilité de Salomon
n’est mentionnée qu’une seule fois (1 Chron. 28:7-10), pour représenter la
dépendance du Christ comme homme, et nullement avec la supposition qu’il puisse
être trouvé en faute. Tout autre est le livre des Rois (voyez 1 Rois 3:14; 2:2,
6, 9; 6:11). Remarquons encore qu’en 1 Rois, Dieu dit à Salomon: «Parce que tu
as demandé cela... voici, je t’ai donné un cœur sage et
intelligent» (3:11, 12). En 2 Chroniques, Dieu lui donne la sagesse et la
connaissance, «parce que c’était cela qui était dans son
cœur». Type de Christ, il reçoit ces choses comme homme, mais son cœur
n’a pas besoin d’être façonné pour les recevoir.
Nous ne cesserons de voir à chaque
pas de nouvelles preuves de la merveilleuse exactitude avec laquelle la Parole
inspirée poursuit son dessein.
Versets 14-17. Dans le fait que
Salomon amassa beaucoup d’argent et d’or à Jérusalem, et que ses marchands
tiraient pour lui les chevaux d’Égypte et en procuraient de la même manière à
«tous les rois des Héthiens et aux rois de Syrie», on a cru voir une preuve de
l’infidélité de Salomon aux prescriptions de la loi en Deut. 17:16-17. L’étude
des Chroniques fait repousser une telle interprétation. L’Égypte est ici
tributaire de Salomon qui la traite d’une manière équitable. Il fait profiter
les nations étrangères des mêmes avantages, et il en sera ainsi sous le règne
futur de Christ. La même remarque s’applique, comme nous le verrons au chap. 8,
à la fille du Pharaon (8:11).