Premier
Livre des Rois
Chapitres 1 à 11 — Salomon
Chapitre
1er
Révolte d’Adonija
Au moment où commence notre récit,
le roi David était âgé d’environ soixante-dix ans. Il était loin d’avoir atteint
l’extrême vieillesse, mais une vie de souffrances, de combats et de chagrins,
use les forces de l’homme le plus robuste, en sorte que le roi «était vieux,
avancé en âge». À trente-trois ans, le Seigneur lui-même en paraissait cinquante
(Jean 8:57), mais «sa force était en son entier». Il n’était pas, comme David,
usé par les chagrins, mais, homme de douleurs, son
visage était défait plus que celui d’aucun homme. L’amour imprimait ce caractère
à ses traits, car il portait en sympathie toutes les langueurs que le péché
avait amenées sur notre misérable race.
Les serviteurs du roi imaginent un
moyen de le rappeler à la vie (v. 2-4); imitant en cela les souverains des
nations environnantes. Il semble que David ait manqué de volonté pour s’opposer
au plan de son entourage. La Sunamite 1 lui est amenée. Elle
le soigne et le sert. Cette vierge d’Israël «extrêmement belle» sera considérée
plus tard par Salomon comme un des plus précieux joyaux de sa couronne. Elle lui
appartiendra, et quiconque osera lever les yeux sur elle pour la convoiter en
portera le châtiment. Mais n’anticipons pas. Ce que la Parole nous apprend,
c’est qu’elle ne devient pas l’épouse de David, roi de grâce. Il en est ainsi,
actuellement, de Christ. Tout en ayant les yeux sur Israël, il a maintenant une
autre épouse, prise d’entre les gentils. Il la conservera comme roi de gloire,
mais, comme tel, il renouera aussi ses relations avec le résidu d’Israël, les
excellents de son peuple.
1
La Parole ne nous autorise pas à affirmer, comme on l’a prétendu, qu’elle est la
Sulamithe célébrée au Cantique des Cantiques (6:13).
Avant l’entrée en scène de
Salomon, Adonija, fils de Hagguith, cherche à s’emparer du trône de David son
père (v. 5-8). Venu au monde immédiatement après Absalom (v. 6; 2 Sam. 3:3, 4),
quoique d’une autre mère, il pensait, sans doute, avoir les mêmes droits que ce
dernier au royaume. «Il s’éleva, disant: Moi, je serai roi». L’orgueil, une
volonté sans frein qui n’avait jamais été réprimée, et sa haute opinion de
lui-même, le dirigeaient. Il était «un très bel homme». Ces défauts avaient été
nourris, chez lui, par la faiblesse paternelle dont le rôle avait été si grand,
dans les désastres de la vie de David. Ce dernier n’était pas insensible à
l’apparence de ses enfants, comme l’histoire
d’Absalom le démontre, et peut-être avait-il, pour la même raison, ménagé la
verge à Adonija. «Son père ne l’avait jamais chagriné, en disant: Pourquoi
fais-tu ainsi?» Les familles des croyants voient bien souvent leur témoignage
ruiné par la faiblesse des parents. En épargnant la verge à leurs enfants, ils
la préparent pour eux-mêmes, ainsi que du déshonneur pour Christ. Jamais Dieu
n’agit ainsi. La preuve de son amour envers nous est fournie par sa discipline.
La faiblesse des parents n’est pas une preuve de leur amour, mais de leur
égoïsme qui s’épargne en épargnant leurs enfants (Prov. 13:24).
Adonija suit le même chemin
qu’Absalom (2 Sam. 15:1), peut-être avec moins de fourberie, car il manifeste
ouvertement ses prétentions et se procure, comme un souverain, des chars, des
coureurs et des cavaliers. Joab et Abiathar le suivent. Joab, toujours le même,
ne cherche que son propre intérêt, et sentant David près de sa fin, se tourne
vers Adonija, comme jadis, à la toute première heure, vers Absalom. Comment
aurait-il pu se déclarer pour le roi de justice? Les méfaits de sa vie passée
devaient lui faire craindre un contact trop intime avec Salomon. Et puis, il n’y
a rien dans le vrai roi, qui soit un objet d’attraction pour la chair. L’homme
naturel s’oriente et s’orientera sans hésitation vers l’usurpateur et le faux
roi. C’est ainsi qu’on verra plus tard «la terre tout entière dans l’admiration
de la Bête».
Adonija est le type de l’homme qui
cherche à s’élever jusqu’au trône de Dieu (Daniel 11:36): Joab et Abiathar sont
ceux qui en tirent du profit (Dan. 11:39); l’entourage d’Adonija, ceux qui sont
subjugués par son ascendant (Apoc. 13:4).
En ce qui concerne Joab, il faut
tôt ou tard que la chair, quelque habile qu’elle
soit, se produise à découvert et montre son vrai caractère. Joab avait pu
longtemps se maintenir en compagnie de David, l’oint de l’Éternel, et donner le
change sur les mobiles qui dirigeaient et dominaient son cœur, mais il arrive
toujours une occasion où le cœur naturel se montre hostile et
rebelle et manifeste qu’il ne se soumet, ni ne
peut se soumettre à la loi de Dieu.
Abiathar, représentant de la
religion, déjà condamné d’avance, lors du jugement prononcé sur Éli 1,
est aussi du parti d’Adonija. Entouré de si belles apparences, il n’est pas
étonnant que ce dernier devienne un centre de rassemblement pour le grand
nombre. Il ne l’est pas pour la foi. Que peut
trouver la foi, dans la compagnie de l’usurpateur? Tsadok, Benaïa, Nathan et les
hommes forts de David, ne sont pas avec Adonija. Le vrai sacrificateur, le
prophète, porteur de la parole de Dieu, le vrai serviteur, Benaïa, qui marche
sur les traces de son maître 2, qu’avaient-ils à faire avec
lui? Le sacrificateur regarde à Dieu, le prophète à l’Esprit de Dieu, le
serviteur à David, à Christ. Ont-ils besoin d’autre chose? Les hommes forts, eux
qui ont trouvé leur force en David, iraient-ils après Adonija qui ne peut la
leur communiquer?
1
Méditations sur 1 Samuel, par H. R., 2° note du livre.
2
Méditations sur 2 Samuel, par H. R., 3° note du chapitre 23.
Benaïa nous intéresse d’une
manière particulière. Au temps de David, il occupait déjà une place prééminente
de service (1 Chroniques 27:5). N’était-il pas digne, lui qui avait suivi en
tout, et comme pas à pas, les traces de son maître, d’être établi plus tard chef
de toute l’armée? Cependant cet homme n’a d’autre ambition que de rester fidèle
à son roi et de l’imiter. Il n’est pas comme Joab qui prend la forteresse de
Sion pour acquérir le premier rang; non, il est
humble, parce que son seul but est de reproduire David dans sa conduite.
Adonija (v. 9, 10) donne à la
réunion d’En-Roguel une fausse apparence de sacrifice de prospérités. Il marche
sur les traces de son frère Absalom qui disait vouloir offrir un vœu à
l’Éternel. Il invite ses frères, fils du roi, et même les
serviteurs du roi. Ces derniers vont à sa fête; le rebelle n’est pas
inquiet qu’ils lui fassent défaut. On sait ce que vaut le titre de serviteurs du
roi, si le cœur n’est pas réellement attaché à David; ou de serviteurs de Dieu,
si Christ n’est pas l’objet des affections. Combien de ces «serviteurs du roi»
ne voit-on pas courir de nos jours à ceux qui cachent, sous des apparences de
piété, la guerre qu’ils font à Christ? Mais Adonija est trop avisé pour inviter
ceux que leur foi ou leur témoignage gardent dans l’intimité de David. Il invite
tous ses frères, un seul
excepté, le seul qui ait droit au trône de par la volonté de Dieu et de
son père, Salomon, celui qui va devenir le roi de gloire. Il est évident qu’il
doit exclure de sa fête celui dont la présence le jugerait, le condamnerait,
réduirait à néant tous ses plans, toutes ses ambitions. Christ est le dernier
que le monde invite; bien plus, il a horreur de l’inviter. D’autre part, y
avait-il rien à cette fête, à quoi Salomon pût s’associer? Non, s’il y était
apparu, ç’aurait été pour faire tomber ces rebelles sous un châtiment mérité.
Au jour où ce grand danger
menaçait Israël, aucune mesure n’avait été prise pour le conjurer (v. 11-31). Le
roi, affaibli par l’âge, retenu dans son palais, «ne savait pas» ce qui se
passait. Heureusement, Dieu veillait pour lui. Dieu qui a en vue la gloire de
son Fils et son royaume, ne permet pas la réussite des desseins de l’usurpateur.
Dans ce but, il envoie le prophète pour apporter à Bath-Shéba une parole de
sagesse. Soyons certains que nous trouverons toujours dans la parole de Dieu le
moyen par lequel Christ peut être glorifié et nous-mêmes préservés des embûches
de l’Ennemi. Quel contraste entre l’intervention de Nathan et celle de Joab
auprès de David, par la femme thékohite! (2 Sam. 14). Là tout était ruse et
mensonge pour agir sur l’esprit du roi en flattant ses secrets penchants, et
pour substituer finalement à David, un homme fourbe et violent, comme roi sur
Israël. Ici la prudence enseigne ce qu’il y a à faire, mais ne se sépare en
aucune manière de la vérité. Il fallait que le roi eût conscience d’un danger
imminent; il fallait le décider à agir résolument pour Dieu. La pensée de
l’Éternel, en ce qui concernait Salomon, avait été révélée à David qui la
connaissait fort bien. Ce n’était pas sans motif que le Seigneur avait donné au
fils de David le nom de Jedidia, Bien-aimé de l’Éternel (2 Sam. 12:25). David
connaissait si bien la pensée de Dieu à ce sujet qu’il avait «juré
à Bath-Shéba, par l’Éternel, le Dieu d’Israël, disant: Salomon, ton fils,
régnera après moi, et lui s’assiéra sur mon trône, à ma place» (v. 17 et 30). Il
suffisait de rappeler son serment à cet homme de foi, pour qu’il vît le chemin à
suivre.
Adonija avait sans doute compté
sur l’affaiblissement des facultés de son père pour s’emparer du royaume, mais
il avait compté sans Dieu, sans le prophète, sans la vérité dans le cœur du roi.
Bath-Shéba parle avec respect et hardiesse. Elle montre à David qu’il ignore le
danger (v. 18), que son dessein arrêté était d’avoir pour successeur un roi
selon le cœur de Dieu (v. 17); elle lui montre aussi sa responsabilité vis-à-vis
d’elle, de son fils et du peuple, car «les yeux de tout Israël étaient sur
David, pour qu’il déclarât qui devait s’asseoir après lui sur son trône». La
vérité est dans le cœur de cette femme, comme dans celui du prophète, bel
exemple de l’esprit dans lequel nous devons agir les uns vis-à-vis des autres.
Nathan paraît à son tour, et dans un entretien particulier avec le roi, fait
ressortir que non seulement aucun des serviteurs fidèles de l’Éternel n’avait
été invité, mais, par-dessus tout, que Salomon avait été mis volontairement de
côté. Que faut-il attendre de celui qui n’accorde au Seigneur, au vrai roi,
aucune place dans ses projets ou dans sa vie?
Nathan fait encore ressortir que
les vrais serviteurs du roi ignorent ses desseins (v. 27). Certes, il n’en est
pas de même pour nous! Dieu nous a fait «connaître le mystère de sa volonté»
(Éph. 1) qui est de réunir toutes choses sous le Christ. Mais le vieux roi doit
être exhorté à révéler son secret. Aussitôt sa décision est prise; toute son
énergie se réveille quand il s’agit du Bien-aimé. «Ainsi», dit-il, «je ferai ce
jour-ci» (v. 30).
Nous avons vu que, dans ce
chapitre, l’intervention de Nathan était selon Dieu et selon le respect dû au
roi. Il ne s’agit pas ici d’un conseil humain, comme
lorsque ce même Nathan disait à David: «Va, fais tout ce qui est dans ton cœur»
(2 Sam. 7:3); mais d’une sagesse divine qui a pour
but de garder le roi-prophète de chute, et de revendiquer l’honneur de Salomon,
l’oint de l’Éternel, après son père. Il s’agit avant tout de déployer la
bannière de Dieu quand Satan a élevé la sienne. Deux camps se forment; dans le
premier, les masses qui sont pour l’usurpateur; dans le second, et c’est le
petit nombre, les adhérents de David et de Salomon. Sans doute, l’énergie de
David comme porteur et représentant de l’autorité, s’était affaiblie. Il en a
été de même de l’Église de Christ, mais la fidélité de Dieu demeure et restera
toujours; la Parole, dont Nathan est le représentant, demeure; le Christ, dont
Salomon est le type, demeure; de ce côté-là, pas de faiblesse. On raisonne
aujourd’hui comme si la parole de Dieu et le Christ de la Parole avaient fait
leur temps. On parle beaucoup d’un développement subséquent de la vérité, qui
n’est que relative, d’un christianisme qui a vieilli et tire à sa fin. En effet,
le christianisme a vieilli; l’Église, représentante de Dieu ici-bas, s’est
affaiblie, mais la Parole qui est la vérité, est restée la même, mais Christ n’a
pas changé, et c’est ce que les chrétiens oublient. Au lieu de s’attacher à
Christ par le sentiment même de la ruine dont ils sont les auteurs, ils
rejettent un Salomon, pour écouter des Adonija et leur entourage. Le faux roi
attire leurs regards. Adonija était très beau.
N’oublions pas que cette apparence sert de marque au séducteur qui entraîne les
hommes après lui. Ils préfèrent à Christ le règne de l’homme dans la chair, et,
pour la chrétienté, cette préférence finira par l’apostasie ouverte. Adonija,
Joab, Abiathar, se doutaient peu qu’ils trouveraient dans le vieux roi un
obstacle à l’accomplissement de leur complot si savamment ourdi. Cet obstacle
était, malgré l’âge du roi, une autorité que Dieu avait établie entre ses mains
et qu’il emploierait, malgré la faiblesse de David. Voilà ce qui retenait à ce
moment-là le débordement du mal, et c’est aussi ce qui empêche aujourd’hui la
manifestation prématurée de l’homme de péché (2 Thess. 2:6).
Après son entretien avec Nathan,
le roi fait rappeler Bath-Shéba (v. 28-31). Il jure d’établir Salomon et en
appelle au caractère de son Dieu qui «a racheté son âme de toute détresse». La
grâce l’avait accompagné tous les jours de sa vie, rachetant son âme, même des
conséquences de ses fautes. Mais toute cette grâce devait avoir son
couronnement. Elle aboutit en effet toujours à la gloire. «L’Éternel donne la
grâce et la gloire», deux choses inséparables, l’une suivant nécessairement
l’autre.
Salomon se rend à Guihon, monté
sur la mule de son père, et en revient consacré, pour s’asseoir sur le trône du
roi. Comme nous l’avons vu dans l’introduction, son règne, identifié avec celui
de David, le continue sans aucun interrègne: la même monture royale, la même
onction, le même trône. Le trône de gloire de Salomon est, à ce moment, le même
que le trône de grâce de David. Cela est encore bien plus vrai, si nous nous
reportons du type à l’antitype, car on n’y trouve pas, comme ici, deux
personnages successifs sur le même trône, mais un seul. Nos yeux verront, dans
la personne du roi de gloire, Celui qui a traversé les souffrances, l’angoisse
et la détresse, le Sauveur qui a souffert pour nous!
Tous ceux qui sont restés fidèles
au roi de grâce concourent à la proclamation du roi de gloire et forment son
cortège. Il en sera de même du résidu d’Israël au début du règne millénaire de
Christ, mais, à bien plus forte raison, des croyants actuels qui ont suivi le
Sauveur pendant sa réjection, Lui qui, chassé de ce monde par l’homme, s’est
assis dans le ciel sur un trône de gloire. Ce trône, nous l’entourons déjà
maintenant, mais il reste le trône de la grâce, aussi longtemps que notre
Seigneur est rejeté. Quand il sera reconnu, nous serons assis avec Lui sur
son trône, partageant avec Lui son règne et son
gouvernement sur Israël et sur les nations.
En attendant que Salomon
établisse, comme nous le verrons plus tard, son propre trône, son père dit:
«Qu’il s’asseye sur mon trône; et lui régnera à ma place». Benaïa, le fidèle
serviteur, apprécie plus que tout autre ce changement (v. 36, 37); «Amen! que
l’Éternel, le Dieu du roi, mon seigneur, dise ainsi! Comme l’Éternel a été avec
le roi, mon seigneur, qu’il soit de même avec Salomon, et qu’il rende son trône
plus grand que le trône du roi David, mon seigneur!»
Salomon reçoit l’onction royale
(v. 38-40). La «corne d’huile» était «dans le tabernacle». C’était une onction
privée et comme cachée, à laquelle n’assistait que la partie fidèle du peuple.
Il en est de même aujourd’hui. Avant de régner en gloire sur toute la terre, le
Seigneur a reçu l’onction du tabernacle. Il a la royauté céleste sur le trône du
Père, il est haut élevé, avec un nom au-dessus de tout nom. L’huile de l’onction
est une huile de joie qui l’élève au-dessus de ses compagnons. Mais c’est en
même temps une onction sacerdotale, car l’Éternel l’a juré et ne s’en repentira
pas: il est roi et sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec. Dès le début, le
Seigneur était l’Oint de l’Éternel, comme David l’avait été dès sa première
jeunesse. Il était «né pour cela». Au baptême de Jean, il avait été oint du
Saint Esprit pour son ministère (Luc 3:21; 4:18; Actes 10:38; 4:27). Ressuscité,
il est oint de l’huile du tabernacle, comme roi et sacrificateur, pour
communiquer les dons spirituels à ceux qui Lui sont unis. Israël jouira de ces
bénédictions au temps de la fin. En attendant, nous
sommes les compagnons de Christ; l’onction versée sur sa tête est aussi répandue
sur la nôtre et nous permet de partager sa joie en attendant sa gloire.
D’En-Roguel, le parti d’Adonija
pouvait entendre la joie de Jérusalem, mais ce qui se passait à Guihon ne
pouvait atteindre les oreilles de l’usurpateur et de sa bande. La ville tout
entière séparait ces deux localités en apparence assez semblables 1.
Il en est de même aujourd’hui. Le monde suit ses plans pour usurper la dignité
de Christ; l’homme est en voie de se déifier, inconscient de ce qui se passe
tout près de lui.
1
À Guihon sortaient les sources d’eau qui, sous Ézéchias, alimentèrent Jérusalem;
il y avait aussi des sources à En-Roguel, comme ce nom l’indique.
Mais il y a des fidèles qui
honorent le Fils et, en le faisant, honorent le Père qui l’a envoyé. Ils voient,
couronné de gloire et d’honneur, ce Jésus que le monde n’a pas invité à sa fête.
Entièrement étrangers au festin d’Adonija, ils sont en route pour assister à
l’établissement du roi de gloire sur son trône. De tout cela, le monde ne voit
et n’entend rien. Guihon, aux eaux rafraîchissantes, semble ignoré d’Adonija.
Mais quel réveil! Quel trouble
envahit le monde à son festin! Tout à coup, au milieu de la fête, le faux roi,
Joab et tous les invités, entendent le son de la trompette et de tels cris de
joie, que la terre se fendait au bruit du cortège de Salomon. «Pourquoi, dit
Joab, ce bruit de la ville en tumulte?» C’est ainsi que l’établissement public
du règne de Christ surprendra le monde et le troublera profondément. Alors
«Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera... Et
moi, j’ai oint mon roi sur Sion» (Ps. 2:4-6). N’entend-on pas le bruit de cette
scène dans notre chapitre?
De nos jours, nous sommes encore à
Guihon. Notre roi a été oint, mais n’a pas encore pris les rênes de son
gouvernement. Notre joie n’est pas encore publique, et celle de son peuple
Israël attend un jour à venir. Mais quand ils entendront le bruit des
acclamations, quelle terreur saisira les adversaires! Ce sera l’avant-coureur du
jugement qui les atteindra sans dévier ni à droite, ni à gauche!
Jonathan, fils d’Abiathar, paraît
soudain au milieu des convives (v. 41-48). Jadis (2 Sam. 17:17), il était parti
d’En-Roguel en compagnie d’Akhimaats, fils de Tsadok, pour aller, au péril de sa
vie, avertir David de ce qui se tramait contre lui. Maintenant, il y revient
pour avertir Adonija de l’insuccès de sa tentative, bien qu’il ne soit nullement
associé aux révoltés. Il vient, plein de ce qui est pour
lui une bonne nouvelle, car on voit à son langage que son cœur est resté
fidèle à David. «Tu apportes de bonnes nouvelles?» lui dit Adonija. «Oui»,
répond-il, mais elles ne l’étaient pas pour ses auditeurs. Elles sont un
désastre pour Adonija. Cela n’exclut nullement les sentiments filiaux de
Jonathan pour son père, engagé par sa propre faute dans ce chemin sans issue.
Ces sentiments font que Jonathan rapporte avec vérité à cette assemblée, tout ce
qui a eu lieu, ne leur cachant rien. Qu’ils prennent garde!... Quant à lui, sa
joie, on le sent, est avec le successeur de David. Son service n’a pas changé de
caractère depuis le temps des afflictions de son roi. Il est toujours prompt à
donner des nouvelles, comme son compagnon Akhimaats était prompt à courir. Son
caractère a une remarquable unité. Qu’il accomplisse son service envers David
pendant sa réjection, ou envers le monde au jour du triomphe du fils de David,
Jonathan reste le même messager fidèle. Le temps presse; il faut se soumettre
promptement en «baisant le Fils». Il en sera de même à la fin des jours, quand
ceux que le roi appellera ses frères, iront annoncer au loin la nécessité de
reconnaître le règne du vrai Salomon.
Comme autrefois Jacob, le vieux
roi, voyant les désirs de son cœur accomplis, s’était «prosterné sur son lit»
(v. 47). On trouve chez David la lenteur de l’âge à prendre une décision, mais
dès que la parole de Dieu lui est adressée par Nathan, tout change. Il n’hésite
pas, règle et ordonne tout, agit en tout point selon les pensées de Dieu que la
Parole lui rappelle. D’abord il ignorait le complot, maintenant il sait tout; il
sait que l’heure du règne de son fils a sonné. Il n’a ni amertume, ni déplaisir,
ni jalousie, en confiant à d’autres mains les rênes du gouvernement. Une seule
pensée le remplit de bonheur et d’adoration: «Béni soit l’Éternel, le Dieu
d’Israël, qui a donné aujourd’hui quelqu’un qui fût assis sur mon trône, et
mes yeux le voient!»
David n’est plus ici le type de
Christ, mais la figure du croyant qui s’oublie et se fond en actions de grâces,
pour donner toute gloire au vrai roi, le type de ces saints qui, parés de leurs
couronnes glorieuses, s’en dépouillent pour en orner les marches du trône du
«lion de Juda, racine de David». Mais ce lion de
Juda est l’Agneau qui a été immolé. La grâce de
David et la gloire de Salomon se concentrent dans cette personne unique. La joie
d’un Siméon, tenant dans ses bras la grâce et le salut de Dieu représentés par
l’enfant Jésus, se confondra dans le ciel avec la joie d’un David qui voit
resplendir la gloire de Dieu dans la personne du roi.
Aux v. 49-53, tous les convives
d’Adonija, saisis de peur, s’enfuient de côté et d’autre. Ils n’essaient pas
plus de résister que ne le feront les hommes devant la proclamation de la
royauté de Christ, car ils seraient immédiatement brisés. Adonija implore la
bonté du roi et cherche à obtenir de lui la promesse solennelle d’épargner sa
vie. Salomon consent à oublier, à faire grâce encore une fois, mais il place
Adonija sous la responsabilité devant la gloire de son règne: «S’il est un homme
fidèle, pas un de ses cheveux ne tombera en terre; mais si du mal est trouvé en
lui, il mourra» (v. 52).
Il en sera de même sous le règne
futur du Messie. Il épargnera beaucoup de rebelles qui s’approcheront de lui
avec des signes de repentir, mais dès que le mal sera trouvé en eux, il les
retranchera du pays (2 Sam. 22:45; Ps. 101:8). Quand la
justice règne, elle ne supporte plus le méchant. Salomon, figure du roi
millénaire, connaît Adonija et ne modifie pas son jugement quand il le voit
prosterné devant lui. Il sait ce qui se passe dans ce cœur orgueilleux qui n’a
que les dehors de la soumission et du repentir. «Va dans ta maison», lui dit-il.
Paroles brèves et sévères. Adonija devait y prendre garde. Désormais son rôle
était de se taire, comme un homme trouvé coupable et qui reste sous
surveillance. Il bénéficie de ce support, aussi longtemps que le mal ne vient
pas se manifester chez lui.